Il y a 99 enfants qui peuvent vivre au Centre de réadaptation pour les jeunes Val-du-Lac. Les jeunes sont séparés dans différentes ailes en fonction de leurs besoins, leur âge et leur sexe.

Val-du-Lac doit agrandir

Le Centre de réadaptation pour les jeunes Val-du-Lac subira une cure de jeunesse de 15 M$ au cours des trois prochaines années. Les besoins sont pressants, surtout dans certaines unités où les salles de retrait ne correspondent plus aux méthodes d’intervention qui sont utilisées actuellement. Le centre d’hébergement pour les jeunes compte 99 lits à son permis, mais il se retrouve régulièrement en situation de débordement, comme c’est le cas actuellement.

« Nous avons aussi besoin d’espace pour les débordements. Nous trouvons de la place pour les jeunes qui nous sont confiés en les déplaçant dans certaines unités qui ne sont pas toujours utilisées complètement, mais ce n’est pas la meilleure façon de travailler parce que ça demande plus de personnel et que ça ne permet pas la vie en groupe », explique Alain Trudel, directeur des programmes jeunesse au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Quant aux salles de retrait, elles sont essentielles dans un centre jeunesse où vivent des jeunes en situations difficiles. Des salles aussi essentielles que désuètes en ce moment. « Nous voulons en faire des salles plus apaisantes. Quand on retire un enfant, il faut trouver un endroit où on va réussir à le calmer pour qu’il reprenne le contrôle sur ses émotions et pour éviter que ça désorganise tout le groupe », ajoute M. Trudel.

Ce projet de rénovation et de construction d’une nouvelle aile a été déposé cette semaine au conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui a donné l’aval à la mise en œuvre de ce plan triennal. Ce projet évalué à environ 15 M$ permettra d’offrir un milieu de vie plus sécuritaire, plus accueillant, plus stimulant et « surtout plus apaisant » pour les jeunes enfants qui y transitent pour un court moment parfois ou pendant plusieurs années dans certains cas.

Le seul souvenir d’enfance

« Ces dernières années, on a beaucoup parlé d’investissements dans les CHSLD et dans les hôpitaux, mais très peu pour les services offerts à la jeunesse. C’est notre tour. À mon avis, les enfants, c’est l’affaire de toute une communauté », lance Alain Trudel.

« Le centre de réadaptation de Val-du-Lac est un milieu de vie significatif pour les enfants les plus vulnérables de l’Estrie. Ce milieu de vie représentera le seul souvenir d’enfance de plusieurs enfants qui souffrent de troubles de l’attachement ou de troubles anxieux, entre autres, et qui ne sont pas fonctionnels dans un milieu normatif. Pour certains enfants, le centre jeunesse est l’endroit le plus sécurisant parce qu’ils ne sont pas obligés de s’attacher aux intervenants, contrairement à ce qui se passe quand ils se trouvent dans une famille d’accueil où souvent, malgré eux, les enfants provoquent le rejet des adultes », image Alain Trudel.

« On ne réalise pas que certains enfants vont rentrer au centre jeunesse à six ans et en ressortir seulement à 18 ans. Les enfants qui vont rester au centre jeunesse toute leur enfance sont des exceptions, mais il y en a. C’est pour ça que je souhaite être en mesure de leur offrir un milieu de vie sécuritaire, beau et apaisant. Si on peut leur offrir un milieu de vie apaisant, on leur offre aussi la chance de voir que leur vie ne se passera pas toujours dans un contexte de négligence, de violence ou d’abus », ajoute-t-il.

Alain Trudel, directeur des programmes jeunesse au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le casse-tête de la transition

Le Centre de réadaptation Val-du-Lac a été construit dans les années 1960. Il y a eu différentes phases de rénovations au fil des années, mais les étapes les plus importantes sont freinées depuis 2014 pour une raison bien simple : il n’y a pas d’endroits sécuritaires où relocaliser les jeunes pendant les différentes phases de travaux.

Que faire alors pour venir à bout de ces rénovations? Une sorte de casse-tête s’enclenchera au cours des prochains mois pour venir à bout du projet morceau par morceau si le ministère de la Santé et des Services sociaux donne son aval au projet.

D’abord, on réaménagera et on agrandira le bâtiment à vocation sécuritaire afin d’y aménager 18 lits qui serviront de lieu de transition pour les enfants pendant le reste des travaux. Une classe sera aménagée dans le secteur de la cuisine qui est présentement vacant. Il y aura un réaménagement du pavillon Bureau afin d’y accueillir de façon permanente la clientèle du pavillon Morin, et pendant les rénovations du pavillon Lantagne, les jeunes filles seront hébergées dans le pavillon Bureau, qui aura alors été rénové.
« C’est compliqué, mais on n’a pas le choix. Il faut que ces travaux soient faits », assure Alain Trudel, directeur des programmes jeunesse au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Pistes de financement »

Un problème demeure : le financement n’est toujours pas attaché, surtout pour le nouveau pavillon qui sera agrandi.

« Nous avons évalué plusieurs pistes de financement, comme la vente d’une partie des terrains de Val-du-Lac que nous n’occupons pas, différentes enveloppes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, de même que l’aide de nos fondations », énumère notamment l’ancien directeur de la Direction de la protection de la jeunesse.

Quand tous les travaux seront exécutés, il y aura plus d’espace à Val-du-Lac, mais pas davantage de lits que les 99 autorisés au permis.

Au bout du processus, le nouveau bâtiment servira à l’unité de détention pour les jeunes contrevenants de 13 à 21 ans qui s’y trouvent après avoir commis un crime.

« Certains vont nous demander : mais pourquoi investir pour améliorer les conditions de détention de jeunes contrevenants? Au Québec, on vise à ce que ces enfants, qui ont souvent des lourds passés traumatiques, ne vivent pas seulement dans un milieu contrôlant, mais que ce milieu contrôlant soit aussi apaisant et qu’il favorise la réadaptation pour que ces jeunes puissent retrouver le contrôle sur leur vie et qu’ils puissent retourner dans la société ensuite », ajoute Alain Trudel.

Dans tous ces morceaux de projets qui s’enclencheront cet hiver, des acteurs importants seront consultés : les comités de résidents de Val-du-Lac. « Ces comités, ce sont nos jeunes. On veut savoir comment ils voient leur environnement, et ce qu’on pourrait faire pour qu’ils se sentent mieux dans cet environnement. »