La patineuse de vitesse Kim Boutin.

Vaincre ses peurs

On raconte chaque jour l’histoire d’Estriens et Estriennes relevant avec panache les défis que la vie leur réserve, ou qu’ils se sont parfois même donné par plaisir ou par devoir. En cette fin d’année, La Tribune salue l’apport de certains d’entre eux en laissant la parole à cinq personnalités de 2017, des hommes et des femmes qui s’imposent et qui inspirent. Fin de la série.

Si l’année 2016 avait été très difficile pour la patineuse de vitesse courte piste Kim Boutin, 2017 aura été tout le contraire. La Sherbrookoise s’est tout d’abord imposée en terminant au premier rang des sélections olympiques canadiennes avec huit victoires en neuf courses avant de remporter sept médailles individuelles, dont deux d’or sur le circuit de la Coupe du monde.

Ces succès, Kim Boutin les savoure d’autant plus parce qu’ils n’ont pas toujours été au rendez-vous. En 2016, elle s’absentait pendant six mois de la compétition et son avenir dans le patin de vitesse était incertain.

« Je voulais toujours en faire plus et toujours progresser dans mon sport, raconte-t-elle en entrevue avec La Tribune. Je ne m’étais jamais demandé pour quelle raison j’étais dans cet univers de compétition. Les blessures commençaient à s’accumuler. Il y avait des matins où je n’étais même pas capable de me lever de mon lit. On m’a prescrit des antidouleurs et des antidépresseurs qui agissent sur les blessures chroniques. Ç’a enlevé toute la douleur dans mon dos, mais je ne me sentais pas bien, je n’étais pas moi-même durant les courses. Oui, mon dos allait mieux, mais je n’avais plus le goût de patiner et j’avais de la difficulté à terminer les entraînements. J’ai donc arrêté la médication. Surtout que dans le patinage on doit être allumé et prendre plusieurs décisions très rapidement. »

Une pause de six longs mois s’imposait donc pour guérir ses blessures et remettre sa vie en perspective. Avec le recul, il s’agit d’une décision qu’elle ne regrette pas du tout.

« J’ai toujours patiné pour devenir meilleure et faire ma place, mais depuis que je suis revenue j’arrive à me satisfaire avec mes résultats, bons ou moins bons, admet celle qui étudie en éducation spécialisée au collège Marie-Victorin. Je suis capable de voir le positif. J’ai aussi trouvé un certain équilibre entre ma vie personnelle, l’école et le patin. J’ai grandement appris. Je me suis inscrite dans quelque chose qui me représente à l’école et je suis capable d’amener cette personne à l’aréna. Je suis beaucoup mieux avec moi-même. Je n’aimais pas la personne que j’étais en train de devenir, car je devenais égocentrique parce que veux ou veux pas, on pense à soi en premier lorsqu’on fait du sport de haut niveau. »

Après un retour à la compétition en 2016, Kim Boutin est maintenant l’une des meilleures patineuses de vitesse au monde. Mais même à ce niveau des craintes subsistent. Pour Kim, il s’agit de la vitesse...

« Je me suis développée beaucoup dans le 1000 m et le 1500 m. Et lorsque je suis arrivé au 500 m, je laissais beaucoup trop de place à la peur de ne pas réussir mon virage, avoue-t-elle. On va quand même à plus de 50 km/h. Aussitôt que j’avais une crainte, elle prenait toute la place et je n’arrivais pas à me concentrer. J’ai fait un gros cheminement avec mon préparateur mental. Tu ne peux pas empêcher une émotion de t’envahir, mais tu peux l’empêcher de prendre trop de place. J’ai des outils techniques pour me remettre rapidement pour que le prochain virage soit mieux. »

À la conquête des Jeux

Malgré toutes les victoires et les médailles remportées par la jeune femme de 23 ans, le meilleur reste peut-être à venir. La prochaine étape : les Jeux olympiques de Pyeongchang qui auront lieu du 9 au 25 février en Corée du Sud.
Kim Boutin sait qu’elle navigue vers l’inconnu et se prépare pour le meilleur, mais surtout pour le pire.

« On a beau se préparer autant qu’on veut, il faut être prêt à ce que ça ne se déroule pas comme on le pense. Au début de chaque course, on se dit que ça peut mal aller pour qu’on puisse tourner la page rapidement et faire notre prochaine course. Oui, j’ai eu de bons résultats cette saison, mais les Jeux c’est une autre histoire. Je ne sais pas comment je vais réagir. Je suis un peu dans le néant. Mais cette saison, j’ai décidé de courser à l’instinct et c’est ma ligne directrice pour les Jeux et je suis là pour apprendre pour le futur. »

Kim Boutin peut toutefois compter sur les précieux conseils de son amie Marianne St-Gelais qui a patiné à Vancouver et Sotchi.

« Je me suis beaucoup rapproché de Marianne, je prends tout le bagage qu’elle peut me transmettre. On a de bonnes discussions. Juste l’attention médiatique peut être difficile à gérer par exemple. Souvent, les médias vont chercher l’émotion et poser des questions plus directes. Pour moi, ce sera important d’être à l’aise avec mon parcours. Mais une chose est certaine, je sais que je vais avoir le cœur qui va me débattre lors de ma première course, lance-t-elle. »

Kim Boutin participera aux épreuves du 500 m, du 1000 m et du 1500 m à Pyeongchang. Elle pourrait également faire partie de l’équipe du relais.

La Sherbrookoise a marqué l’année 2017 avec ses performances et elle pourrait bien marquer l’année 2018 sur la plus grande des scènes.