Le Projet C fera une grande différence dans la vie des gens qui souffrent d'hépatite C, assurent Isabelle Bouchard, directrice de l'ARCHE de l'Estrie, l'organisme qui chapeaute le Projet C, la Dre Dussanka Grbic, gastroentérologue au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Robet Breton, qui a vaincu la maladie, la Dre Geneviève Petit de la Santé publique de l'Estrie, ainsi qu'Amélie Tremblay-Lebel, chargée de projet et intervenante au Projet C.

Vaincre l'hépatite C grâce au Projet C

L'hépatite C est une maladie du foie qui ne cause pratiquement aucun symptôme. Quand elle dégénère cependant, elle peut provoquer une cirrhose du foie, une condition grave pouvant entraîner la mort. Si le traitement pour vaincre l'hépatite C est aujourd'hui fort efficace, il nécessite cependant un diagnostic, une prise de sang, des médicaments à prendre pendant environ trois mois et quelques rendez-vous chez un gastroentérologue.
Ce processus bardé de rendez-vous et de comprimés peut s'avérer ardu pour les gens vivant dans la précarité. C'est justement pour abaisser des barrières au traitement qu'est né le Projet C.
« Nous voulons offrir une réponse communautaire pour favoriser l'accès et l'adhérence au traitement de l'hépatite C tout en réduisant son incidence », explique Isabelle Bouchard, directrice de l'ARCHE de l'Estrie.
L'hépatite C est une maladie qui se transmet principalement par le sang. Les consommateurs de drogue en injection ou en inhalation sont donc particulièrement à risque de contracter cette maladie.
Un peu plus de 1000 Québécois ont reçu un diagnostic d'hépatite C en 2016, dont 67 en Estrie. Il s'agit d'hommes d'âge adulte dans 70 % des cas. 63 % des gens atteints sont des utilisateurs de drogues par injection.
Ainsi, il faut faire la distinction avec les hépatites A et B qui sont mieux connues. Des vaccins sont d'ailleurs disponibles pour ces deux hépatites, contrairement à l'hépatite C. De façon vulgarisée, l'hépatite  A se contracte par l'eau contaminée, alors que l'hépatite B se transmet par le sang et lors des relations sexuelles.
Très bons traitements
La qualité du traitement de l'hépatite C a fait un bond de géant dans les dernières années. Le précédent médicament rendait les patients si malades à cause des effets secondaires que très peu d'entre eux réussissaient à se rendre au bout. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.
« Le nouveau médicament a un taux de succès de presque 100 % et il a peu ou pas d'effets secondaires. C'est un médicament par voie orale qu'il faudra prendre une à deux fois par jour pendant trois mois environ », explique la Dre Dussanka Grbic, gastroentérologue spécialisée dans les problématiques du foie au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.
Soutien aux patients
Deux problèmes se posent cependant pour son traitement : d'abord, il faut avoir un diagnostic. Ensuite, il faut être en mesure d'adhérer au traitement.
« Le Projet C permet que les patients ne repartent pas tout simplement avec leur prescription en sortant de leur visite chez le médecin. Ça leur donne accès non seulement au traitement, mais à du soutien du réseau, à de l'aide pour soulever différentes barrières comme le transport par exemple », illustre Dre Grbic.
Le projet est orchestré à bouts de bras par l'ARCHE de l'Estrie, qui voit dans un continuum de services l'unique façon de venir à bout de cette maladie qui continue de se répandre dans les rues du centre-ville au rythme des seringues contaminées.
Il est possible de rejoindre les intervenants du Projet C en composant le 873 200-5707.
Pas seulement les drogues
Les consommateurs de drogue par injection ne sont pas les seuls qui sont à risque de vivre avec l'hépatite C sans le savoir. « Il y a les gens qui ont reçu des transfusions sanguines avant 1992, les immigrants de certains pays où la prévalence de la maladie est jusqu'à 8 % de la population (contre 1 % au Canada) et ceux qui ont usé des drogues à une seule reprise dans leur vie », explique la Dre Geneviève Petit de la direction de la Santé publique de l'Estrie.
Toutes ces personnes sont d'ailleurs invitées à passer le test de dépistage de l'hépatite C en parlant avec leur médecin de famille.
Robet Breton a réussi à vaincre l'hépatite C.
Un homme guéri et fier de l'être
Robert Breton se sent comme un homme nouveau. Un homme fier. En santé. Ravi d'avoir pris sa maladie en main. Après avoir vécu plus de 20 ans avec l'hépatite C, il en est venu à bout récemment grâce à l'aide du Projet C qui est arrivé dans sa vie juste au bon moment.
« J'ai vécu dans le déni pendant 10 ans. Ensuite, j'ai essayé un traitement, mais ça n'a pas bien été. Les effets secondaires étaient terribles. J'étais dans la consommation de drogue en plus, ça ne pouvait pas marcher », explique-t-il avec une grande franchise.
Il y a deux ans, c'est au Centre Jean-Patrice-Chiasson qu'on lui a parlé du nouveau traitement disponible et qu'il a ensuite fait la connaissance de la gastroentérologue Dussanka Grbic envers qui il a immédiatement ressenti une grande confiance. « C'est une médecin très humaine. J'ai tout de suite senti que je pouvais me confier à elle », a-t-il ajouté.
Il a eu peu d'effets secondaires de son traitement. « De semaine en semaine, mon taux d'enzymes s'améliorait. J'ai été guéri après quatre mois! Mon estime de moi est vraiment meilleure, je suis épanoui de savoir que je ne porte plus cette maladie en moi », a expliqué Robert Breton.
Le Projet C est arrivé dans sa vie vers la fin de son traitement, mais quel impact tout de même! « Je n'étais plus seul. Ils sont venus me chercher pour mes rendez-vous, j'ai eu de belles conversations avec toutes les personnes que j'ai rencontrées. Ce sont des gens comme eux qui prenaient la peine de me demander comment j'allais ou de m'apporter un café », a ajouté M. Breton en prenant la peine de remercier tous ceux qui sont passés sur son chemin au cours de ce projet de guérison.
L'homme de 63 ans se sent tellement mieux dans sa peau qu'il ne veut pas en rester là : il aimerait porter son témoignage dans les écoles notamment pour inciter les jeunes à faire attention à eux et à se faire traiter en cas de besoin.