Le Cégep de Sherbrooke a mis beaucoup de mesures en place pour lutter contre les violences à caractère sexuel. La vague de dénonciations survenues cet été et l’offre de formation fait augmenter les demandes de consultation auprès de l’établissement.
Le Cégep de Sherbrooke a mis beaucoup de mesures en place pour lutter contre les violences à caractère sexuel. La vague de dénonciations survenues cet été et l’offre de formation fait augmenter les demandes de consultation auprès de l’établissement.

Vague de dénonciations: des impacts au Cégep de Sherbrooke

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Les chiffres sur la situation de la violence sexuelle en milieu collégial (VSCM) n’étonne pas au Cégep de Sherbrooke. Depuis la vague de dénonciations survenues sur les réseaux sociaux cet été, les demandes de consultation ont été plus nombreuses.

« Ça ne m’étonne pas, les violences à caractère sexuel c’est quelque chose qui arrive beaucoup plus souvent qu’on pourrait le croire. Les gens qui viennent dénoncer immédiatement après sont très rares. Ça prend un certain délai avant que les gens se sentent en confiance, d’aller dévoiler ce qu’ils ont vécu », commente Valérie Massicotte, personne-ressource désignée en matière de violence à caractère sexuel au Cégep de Sherbrooke.

Combien de dossiers en lien avec les VSCM peut-elle voir passer annuellement? 

« Ça dépend tellement! Comme je ne reçois pas uniquement les dossiers qui consistent en des agressions qui pourraient s’être déroulées sur le campus, c’est sûr que j’ai plus de cas. Il y a beaucoup de situations qui peuvent s’être passées il y a quelques années avec des gens qui ne fréquentent pas le campus. Avec la vague de dénonciations qui a eu lieu cet été, nos formations qui ont lieu en début de session, j’ai plus de demandes que l’année dernière. Je n’ai pas de chiffres, mais clairement, j’ai plus de demandes. Le nombre de suivis ne réfère pas nécessairement au nombre de cas sur le campus, mais j’ai plus qu’une dizaine de personnes qui viennent consulter spécifiquement pour des agressions sexuelles qui se sont déroulées soit à l’extérieur du campus ou sur le campus. Ça se peut aussi que des dossiers se retrouvent chez des collègues qui ne sont pas les personnes ressources en matière de violence sexuelle. »

Cette fonction de personne-ressource a été créée avec l’arrivée de la loi 22.1, la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur.

« C’est sûr que nous, au Cégep de Sherbrooke, on avait déjà beaucoup de mesures mises en place. Avant même l’arrivée de la politique (NDLR: qui découle de l’adoption de la loi), ça faisait déjà trois ans que je travaillais à temps partiel sur ce dossier-là. » En 2016, le Cégep avait lancé la campagne de sensibilisation Ni viande ni objet.

En 2018, on apprenait que plus de 30 % des étudiants de l’Université de Sherbrooke et de ses employés rapportaient avoir vécu de la violence sexuelle en milieu universitaire depuis leur arrivée à l’UdeS. Ces données visaient à cibler la problématique plus spécifiquement à l’UdeS.

Professeure à l’Université de Sherbrooke, Geneviève Paquette, coauteure de l’étude ESSIMU (la première enquête sur les violences sexuelles en milieu universitaire) souligne que du travail a été fait avec la mise en place de formation.

Elle estime que des mesures adaptées à toutes les populations à risque dans le milieu de l’enseignement supérieur permettraient d’aller plus loin.

« Parfois on a des messages, des publicités qui veulent faire de la prévention, mais seulement dans les relations hétérosexuelles, par exemple. »

Elle cite le travail qui a été fait avec Ni viande ni objet parce que cette campagne est non genrée.

« Je pense que ce qu’il reste à faire, c’est de mieux former les intervenants et intervenantes dans les milieux d’enseignement supérieur pour être sensibilisés aux enjeux des différentes populations à risque. » On compte les femmes, les minorités sexuelles et de genre, les personnes dont l’orientation sexuelle est incertaine de même que celles vivant avec un trouble, une difficulté ou un handicap ayant un impact sur la vie quotidienne.

« Moi, ce qui m’a particulièrement surprise, dit-elle au sujet de l’étude PIECES menée par ses collègues de l’UQAM, c’est qu’on obtient sensiblement les mêmes résultats dans cinq cégeps (...) et qu’on est au moins trois ans plus tard. J’avais peut-être espoir que la situation se soit davantage améliorée que ça dans les établissements d’enseignement supérieur », dit-elle en notant que les cégeps ont été très actifs, particulièrement en Estrie.