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Bien organisées face au coronavirus, modèles de réussite au Canada, les communautés autochtones du Québec nourrissent toutefois d’énormes craintes face à la vaccination.
Bien organisées face au coronavirus, modèles de réussite au Canada, les communautés autochtones du Québec nourrissent toutefois d’énormes craintes face à la vaccination.

Vaccination: les Autochtones ont peur, selon un panel d’experts réunis par l’APNQL

Caroline Plante
La Presse Canadienne
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La vaccination doit vite être promue au sein des communautés autochtones qui ont peur, selon des experts réunis en panel jeudi.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) a tenu une table ronde virtuelle sur le thème «Les Premières Nations face au système de santé».

Cinq experts, dont les médecins Stanley Vollant et Amir Khadir, étaient invités à commenter principalement la situation de la COVID-19 chez les Premières Nations.

Bien organisées face au coronavirus, modèles de réussite au Canada, les communautés autochtones du Québec nourrissent toutefois d’énormes craintes face à la vaccination.

«Il y a beaucoup beaucoup de méfiance vis-à-vis la vaccination, a déclaré le Dr Vollant. Les gens ne font pas confiance à la médecine, à l’establishment médical.»

Cette «peur» serait due à leur «insécurisation culturelle» en santé, ainsi qu’aux «traumatismes profonds transgénérationnels», a avancé la panelliste Jolianne Ottawa, infirmière atikamekw de Manawan.

Elle a souligné au passage que les membres des Premières Nations s’abreuvent des réseaux sociaux et laissé entendre que cela pourrait contribuer au problème.

Pourtant, la vaccination est le «nerf de la guerre», a rappelé le Dr Vollant, surtout pour une population qui montre des indices de vulnérabilité importants.

Le médecin d’origine autochtone, qui oeuvre à l’Hôpital Notre-Dame, à Montréal, a invité le gouvernement du Québec à prioriser la vaccination des Premières Nations, car «le pire est à venir», prévient-il.

Il a raconté jeudi avoir déjà eu à faire un choix entre deux patients. «Je vois le désastre de la COVID-19.»

«Hier, j’ai décidé de laisser mourir quelqu’un de 92 ans parce qu’il n’y avait plus de place aux soins intensifs. J’ai laissé de la place pour que quelqu’un de 50-60 ans soit réanimé.»

Les participants se sont également inquiétés du manque d’hébergement dans les communautés pour accueillir du personnel en renfort, si la situation venait à se détériorer.

«Les maisons sont surpeuplées, a affirmé Mme Ottawa. On n’a pas de place pour accueillir d’autres professionnels advenant que nous ici les infirmières tombions au combat, qu’on contracte la maladie, on va manquer de bras. Moi, c’est ce qui me rend craintive, le manque d’infrastructures.»

Le principe de Joyce

Dans un deuxième temps, les experts invités ont abordé l’enjeu du racisme systémique dans le réseau de la santé, rappelant que l’une des leurs, Joyce Echaquan, avait subi une mort atroce à l’Hôpital de Joliette.

Le «principe de Joyce» a heureusement commencé à s’appliquer concrètement dans les hôpitaux, s’est félicité le docteur et ex-politicien Amir Khadir.

Il a cité en exemple le cas récent d’un aîné qui, dans les dernières heures de sa vie, a pu être entouré d’une dizaine de personnes de sa communauté qui lui ont administré les derniers rituels.

«Normalement, (...) il y a comme une espèce de rigidité (à l’hôpital), a relaté le Dr Khadir. Mais étant donné ce qui est dans l’air, le principe de Joyce a opéré.»

La table ronde de jeudi était la troisième en trois mois, les deux premières ayant porté sur les médias et les municipalités. Un quatrième webinaire, sur le développement économique, est prévu en février.

Ces initiatives découlent du Plan d’action sur le racisme déposé par l’APNQL en septembre dernier. Elles visent à provoquer la discussion dans le but ultime d’éradiquer le racisme envers les Autochtones.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador est un organisme régional politique qui regroupe 43 chefs des Premières Nations au Québec et au Labrador.