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Catherine Morency habite à Québec avec sa fille Simone, bientôt 11 ans. Sans métier «essentiel» la plaçant à risque de contracter la COVID-19, la mère âgée de 43 ans n’a pas été vaccinée. 
Catherine Morency habite à Québec avec sa fille Simone, bientôt 11 ans. Sans métier «essentiel» la plaçant à risque de contracter la COVID-19, la mère âgée de 43 ans n’a pas été vaccinée. 

Vaccination: des parents monoparentaux se sentent négligés

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
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Ni malades chroniques, ni âgés ou travailleurs de la santé, les parents monoparentaux n’ont pas fait partie des groupes priorisés dans la campagne de vaccination contre la COVID-19. La crainte d’être infecté demeure et une question persiste chez certains: «Qu’est-ce qui arrive à mon enfant si je tombe gravement malade?»  

Catherine Morency habite à Québec avec sa fille Simone, bientôt 11 ans. Sans métier «essentiel» la plaçant à risque de contracter la COVID-19, la mère âgée de 43 ans n’a pas été vaccinée. 

Son bon état de santé ne l’a pas fait s’en inquiéter. Mais la troisième vague l’a fait bifurquer vers une inquiétude «intensifiée». 

«Une de mes amies qui est urgentologue à l’Enfant-Jésus m’a dit il y a un mois : ‘’Catherine, c’est toi qu’il faut que tu protèges’’», raconte l’auteure et éditrice. Les jeunes adultes représentent maintenant la plupart des hospitalisations en raison de complications liées au virus, depuis l’arrivée de la troisième vague.  

Parmi eux, des parents qui élèvent leurs enfants seuls. Comme Catherine Morency. Le père de Simone vit en Norvège. 

«Moi, si je me retrouve un mois aux soins intensifs, qui va s’occuper de ma fille mineure?» questionne-t-elle.  

Contaminer ailleurs 

Le cas particulier des familles monoparentales n’a pas été considéré, selon elle. Il est vrai que pour certaines occasions, les personnes seules – et leurs enfants – sont autorisées à se joindre à une bulle familiale, selon les règles sanitaires dictées par le gouvernement du Québec. Si la COVID-19 s’attaquait à leur ménage, les monoparentaux pourraient ainsi confier la garde de leur enfant à un proche. Un «privilège» qui n’en est pas un, décrie la maman. 

«Est-ce qu’on peut avoir une autre solution que d’envoyer notre enfant vecteur d’un virus potentiellement mortel chez nos amis ou notre famille si jamais on l’attrape? Je trouve odieux que ma seule ressource, si je tombe gravement malade, ce soit d’aller potentiellement contaminer mes parents ou mes amis», dénonce Mme Morency. 

Elle est catégorique : «la situation des parents monoparentaux aurait dû être prise en charge pour la vaccination et elle ne l’est pas». 

Plus tôt cette semaine, la maman a ainsi pris sa plume pour interpeler les décideurs à intégrer «sans délai» les parents monoparentaux parmi les groupes prioritaires, dans le calendrier de vaccination. Son message a d’ailleurs été acheminé aux autorités sanitaires comme au gouvernement Legault, ainsi qu’aux partis d’opposition à l’Assemblée nationale. 

«Contrairement aux autres parents, les parents ayant la garde exclusive de leur enfant ne peuvent se fier à l’autre parent pour prendre en charge la garde des enfants s’ils sont gravement malades», publiait-elle dans Le Soleil.  

Quelques jours plus tard, une vague de solidarité déferle et les échos de sa lettre retentissent toujours. «Je vous confirme que je ne suis pas seule à être préoccupée par cette question-là, raconte-t-elle. Plusieurs dans la même situation que moi ont l’impression de n'avoir aucun recours et de n'être tout simplement pas entendus». 

Même si elle ne remet pas en question l’ordre prioritaire de vaccination, la maman de Québec croit que la catégorie «parents monoparentaux» de laquelle elle fait partie a été oubliée. Encore, Catherine Morency se dit chanceuse d’avoir autour d’elle un réseau sur qui compter, ses parents, par exemple, qui vivent tout près. «Mais il y a beaucoup de gens qui m’ont écrit qui sont dans un sentiment de détresse, dans la mesure où ce réseau de solidarité, ils ne l’ont pas. On ne peut pas juste s’en laver les mains collectivement.»  

Stress et anxiété pandémique 

Règle générale, la pandémie n’a pas épargné les familles qui ne comptent qu’un seul parent, témoignent deux autres mères. Toutes deux seront bientôt vaccinées pour d'autres raisons, mais l’«angoisse» et le «stress» perdureront jusqu’à ce qu’elles soient protégées pour de bon. 

Famille d’accueil monoparentale, Catherine Voyer-Léger a une petite fille de 4 ans sous sa garde. Le virus lui a fait craindre le pire dans la dernière année. «Si j’étais tombée malade au point de ne plus pouvoir m’en occuper, je pense qu’on m’aurait retiré l’enfant», rapporte la femme de Gatineau.

Catherine Morency habite à Québec avec sa fille Simone, bientôt 11 ans. Sans métier «essentiel» la plaçant à risque de contracter la COVID-19, la mère âgée de 43 ans n’a pas été vaccinée. 

Désormais considérée comme une «travailleuse essentielle» au sens des services sociaux, elle n’aura plus à se questionner sur la personne à «sacrifier» pour venir s’occuper de son enfant si elle contracte la COVID-19, car elle recevra son vaccin mardi. Malgré le soulagement, une certaine amertume l’habite toujours.  

«La pandémie m’a fait réaliser que comme monoparentaux, on est invisibles, observe Mme Voyer-Léger. Dans le premier confinement, on ne pouvait pas se joindre à une autre famille, ça a été extrêmement lourd. À l’épicerie, on m’a même déjà demandé d’entrer sans mon enfant. Mais je suis seule, je l’aurais laissée où, dans l’auto?»  

«On a vraiment senti qu’on n’était pas pris en compte», ajoute Mathilde Jobidon, de Québec. «Ça a été du stress tout au long de la pandémie, je me demandais ce qui se passerait avec ma fille de cinq ans si je l’attrapais [la COVID-19]. Mon réseau, c’est mes parents et ils sont âgés.» 

Son asthme chronique, désormais inclus dans l’une des catégories priorisées pour la vaccination, lui a valu un rendez-vous dans deux semaines. «Je respire un peu mieux, mes parents aussi sont vaccinés et l’école se fait à la maison. Ça donne un coup de pouce pour souffler», lâche-t-elle. 

Verdict 

La vaccination a été élargie à de nouvelles catégories, vendredi. Les malades chroniques de moins de 60 ans, ainsi que les personnes présentant un handicap moteur, intellectuel ou un trouble du spectre de l’autisme et leurs proches aidants font partie des nouveaux groupes prioritaires. 

Alors que l’ouverture de la vaccination à la population générale approche, Catherine Morency craint que son tour ne vienne pas avant. 


« Ce que je demande ce n’est pas d’avoir une faveur sur un autre groupe. Je demande simplement l’égalité et la considération, on demeure les grands oubliés »
Catherine Morency

La réponse fournie par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) corrobore son doute. «Dans un contexte où les doses de vaccin sont limitées, il est essentiel d’y aller par étape, afin de protéger les personnes les plus vulnérables», écrit une porte-parole dans un courriel au Soleil.  

Puisque l’âge apparaît comme premier facteur de risque d’infection, de complications et de décès, les priorités ont été établies avec la prémisse de «sauver des vies et de protéger la santé des plus vulnérables.» 

«Bien que la préoccupation des parents monoparentaux soit légitime, il faut rappeler que […] la vaccination ouvrira bientôt à la population en général et tous les Québécois qui le souhaitent pourront se prémunir du vaccin d’ici le 24 juin», ajoute le MSSS.

«Tout ce qu’on veut, c’est rester vivants pour aider nos enfants, je pense que ce n’est pas trop demandé», demande Catherine Morency.