Une victime d’un prêtre abuseur salue le projet de loi 55

« Le clergé ne pourra maintenant plus se cacher derrière le délai de prescription. Les victimes ont maintenant accès à la justice. »

Victime d’un prêtre pédophile dans son enfance, Gaétan Bégin est extrêmement heureux du dépôt du projet de loi 55.

Le Sherbrookois de 79 ans militait depuis de nombreuses années pour qu’un projet de loi comme celui déposé la semaine dernière à l’Assemblée nationale soit proposé.

Ce projet de loi abolit le délai de prescription pour que les victimes en matière d’agression à caractère sexuel, de violence subie pendant l’enfance et de violence conjugale puissent intenter des recours civils.

« La CAQ a livré la marchandise. Ça faisait 66 ans que j’étais pris dans un piège. Le 12 juin à 12 h 48 quand le projet de loi 55 a été annoncé, j’en ai été libéré. Ç’a été l’une des plus belles journées de ma vie », assure Gaétan Bégin.

Pour lui, c’était une question de justice que d’obtenir la possibilité de poursuivre l’église qu’il tient responsable des gestes commis à son endroit.

Agressé sexuellement par un prêtre alors qu’il était enfant à Saint-Ludger en Beauce, Gaétan Bégin souhaitait pouvoir entreprendre une poursuite civile contre le diocèse de Québec pour les sévices subis.

Le projet de loi 55 modifiera la disposition du Code civil qui limite le temps dont disposaient les victimes d’agressions sexuelles pour poursuivre leur agresseur au civil.

« Je vais pouvoir dire à mes arrières petits-enfants qu’il y a maintenant un système de justice qui fonctionne au Québec. C’était important de réussir pour ma femme, mes enfants et mes arrières petits-enfants. Je vais pouvoir obtenir justice avant de mourir », souligne l’homme de 79 ans.

Au fil des ans, il a multiplié les démarches auprès des autorités des diocèses de Québec et de Sherbrooke, des gouvernements Couillard et Legault de même qu’auprès de la députée de Québec solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie.

Il soutient qu’il s’est rendu à l’archevêché de Québec avec son père pour dénoncer les agissements du curé de Saint-Ludger-de-Beauce dans les années 1960. Démarches qui n’avaient pas donné de résultat.

Le septuagénaire, qui réside à Sherbrooke depuis plus de 50 ans, avait commencé des démarches auprès de l’ancienne ministre de la Justice du Québec Stéphanie Vallée, puis les a reprises auprès de l’actuelle procureure générale du Québec Sonia LeBel.

Il a aussi rencontré le cardinal Gérald Cyprien Lacroix à Québec, l’archevêque de Sherbrooke Mgr Luc Cyr et il a même écrit au pape François à Rome

« J’ai entrepris des démarches énormes, mais je n’ai pas travaillé seul dans ce dossier. Je me suis battu depuis longtemps avec de nombreuses personnes qui ont pris la peine de m’écouter. Je suis heureux de voir que les élus du Québec ont travaillé ensemble pour abolir le délai de prescription pour les victimes de gestes sexuels », souligne Gaétan Bégin.

Ce dernier a donné le mandat à Me Marc Bellemarre pour entreprendre des poursuites judiciaires contre l’église qu’il tient responsable des gestes sexuels dont il a été victime.

« On tourne une page importante dans l’histoire de l’église catholique où les prêtres abuseurs vont devoir répondre de leurs gestes. La loi du silence est finie », affirme Gaétan Bégin.