Cent cinquante jeunes citoyens, leaders de la communauté et décideurs ont pris part à la première rencontre du projet Dialogue Plus tenu vendredi à Sherbrooke.

Une tempête d'idées pour recadrer le débat

Cent cinquante jeunes citoyens, leaders de la communauté et décideurs ont pris part à la première rencontre du projet Dialogue Plus (voir texte plus bas) tenu vendredi à Sherbrooke. Ils ont échangé, discuté et débattu autour des enjeux liés à la discrimination, l'exclusion et la radicalisation violente. De nombreuses pistes d'action ont été identifiées.
Divisés en petits groupes, les participants gribouillaient énergiquement de grands tableaux blancs de leurs idées. Les formules telles qu'« abattre les préjugés, inclusion, campagne de sensibilisation » étaient lisibles sur la majorité des tableaux, entourées de plusieurs autres mots appelant à l'action. Le résultat de leurs réflexions était ensuite partagé à tous grâce à la présence de deux animateurs.
Mélanie Lemay, étudiante à l'Université de Sherbrooke, était du nombre des jeunes leaders qui avaient été approchés pour l'événement.
Selon elle, les problèmes d'exclusion et de radicalisation ne cesseront pas tant que les partis au pouvoir ne feront pas preuve d'un réel courage politique.
« En ce moment, les partis politiques réagissent lorsqu'il y a une situation alarmante. Ils débloquent généralement une enveloppe budgétaire en réponse à une problématique précise, puis les programmes sont abolis ou l'argent cesse d'être distribué lorsque le problème semble de résorber. Mais pour que l'inclusion se réalise, il va falloir du courage politique et remettre des sommes récurrentes aux organismes qui assurent l'inclusion socio-économique des immigrants en région », croit-elle.
Parmi les actions évoquées vendredi, on retrouvait l'idée d'une campagne de sensibilisation majeure auprès des employeurs.
« Avec des budgets adéquats, les organismes établis en région pourraient faire une grande campagne de sensibilisation auprès des employeurs afin d'inciter l'embauche des immigrants, mais également, ils pourraient agir à titre de ressource immédiate en cas de problème ou de choc culturel entre deux individus », soutient la jeune femme née d'un père Québécois et d'une mère Colombienne.
« On oublie souvent la valeur économique des immigrants pour la société québécoise. Ce sont pourtant eux et leurs enfants, entre autres, qui constituent la relève de demain. Il faut donc créer des espaces de travail qui sont exempts de propos qui sont haineux, mais cachés sous le couvert de la liberté d'expression. Puisqu'il n'y a pas d'éducation à savoir ce qu'est un discours de haine, les gens ne le perçoivent pas alors que les communautés qui les subissent en sont très conscientes et elles ne se sentent pas en sécurité dans leur communauté », affirme-t-elle.
À ce propos, la ville de Sherbrooke a, selon le rapport de Statistiques Canada en 2013, un taux d'environ 5,5 de déclarations de crimes haineux par 100 000 habitants alors que ce taux avoisine 16,5 pour Hamilton, 7 pour Moncton, 6,5 pour Ottawa et 3 pour la ville de Québec.
L'important, concluait la jeune femme, est de dépolitiser et d'humaniser le discours entourant l'immigration.
« Il faut créer un vrai dialogue. Ainsi, nous laisserons en héritage aux générations futures une société fonctionnelle dont l'ensemble de ses acteurs se sent en sécurité. Il est temps de recadrer le débat et d'exposer la réalité des immigrants et d'abattre par le fait même les préjugés. »
Les pistes d'action et les diverses mesures envisagées vendredi seront passées au tamis par les jeunes et les décideurs au cours des prochaines semaines. Il en découlera un plan d'action concret avec des mesures qui seront quantifiables en termes de résultats quant à la progression d'un meilleur vivre-ensemble à Sherbrooke.