L'eau a recouvert une partie de la rue Wellington Sud, forçant sa fermeture.

Une situation météorologique «encore» exceptionnelle [PHOTOS + VIDÉO]

Des précipitations de près de 100 millimètres en moins de cinq heures ont fait gonfler la rivière Saint-François à des niveaux historiques forçant l’évacuation de centaines de personnes, vendredi à Sherbrooke.

La pluie abondante combinée à des vents violents ont laissé des cicatrices partout en région avec des pannes de courant, des arbres déracinés, des branches arrachées, des routes endommagées et des résidences inondées.

« On va de situation exceptionnelle en situation exceptionnelle », constate le coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke, Stéphane Simoneau.

La rivière Saint-François a ainsi gonflé à un niveau quasi record de 24,7 pieds au centre-ville de Sherbrooke forçant l’évacuation des occupants de plus de 250 résidences principalement sur le boulevard Saint-François ainsi que sur les rues Bowen et Little Forks à Sherbrooke.

« Cent millimètres d’eau en une journée, ça ne se voit pratiquement jamais. Nous avons reçu cette quantité en cinq heures C’est un évènement majeur (...) Si on avait été au printemps, avec la situation que l’on a connue cette nuit, on serait à des hauteurs de 28 pieds », affirme Stéphane Simoneau. 

À Sherbrooke comme aux quatre coins de l’Estrie, les précipitations ont été intenses et abondantes. La pluie qui avait des allures de mur d’eau a laissé entre 93 millimètres à Sherbrooke jusqu’à 109 millimètres à Stratford selon Environnement Canada.

« Je ne suis pas prêt à me prononcer sur l’incidence des changements climatiques. Cependant, je peux parler par expérience. Je fais ce métier-là depuis 30 ans et c’est rendu continuel qu’en sécurité civile on parle de situations exceptionnelles que l’on vit. Il y a une tendance qui s’installe. Je n’ai pas la compétence pour expliquer la cause de la tendance, mais il y a évidemment quelque chose qui s’installe », analyse le coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke.

Les routes 141 à Magog, 216 à Stoke, 251 à Johnville et le chemin Straford ont été davantage endommagées.

« Ces quatre secteurs plus névralgiques auront besoin de plus de réparation au cours des prochains jours. Nous vivons une situation particulière avec beaucoup d’érosion. Des ponceaux sont partis. Environ 25 routes sur le territoire estrien ont été partiellement fermées. Si le niveau baisse, nous pensons que la plupart de ces routes pourraient être rouvertes demain (samedi) », signale le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel qui demande de respecter la signalisation des routes fermées pour la sécurité des usagers.

Le vent

Selon Environnement Canada, les rafales de vent ont atteint des pointes de 94 km/h entre 1 h et 3 h du matin. 

À Sherbrooke, au plus fort des pannes électriques, 22 000 abonnés étaient privés de courant. En fin de soirée vendredi, un total de 2200 clients connus étaient toujours privés d’électricité sur le territoire sherbrookois. Les équipes sont demeurées au travail en soirée et durant la nuit. Hydro-Sherbrooke espèrait avoir pu rétablir plus de la moitié des résidences touchées pour samedi matin.

« Beaucoup d’infrastructures ont été touchées par des pannes électriques. Il y a aussi des glissements de terrain que nous devons superviser », indique M. Simoneau.

En plus des inondations, les mesures d’urgence ont aussi été mises en place pour les pannes électriques majeures.

« C’est la première fois dans toute l’histoire de Sherbrooke que nous devons mettre en place deux plans de mesure d’urgence de deux éléments différents », signale Stéphane Simoneau.

Les sinistrés ont dû être relocalisés auprès de leur famille ou avec l’aide des bénévoles de la Croix-Rouge.

« Nos modèles de la nuit avaient été bâties sur 50 millimètres de pluie, alors que nous en avons reçu le double. Les interventions aux barrages avaient été faites avec le centre d’expertise hydrique. Des provisions d’espace avaient été faites, mais pas assez pour la quantité d’eau reçue. Nous parlons d’évacuations préventives afin que les personnes touchées puissent quitter leur résidence au sec. Des calculs ont été faits par la géomatique et nous savons où l’eau peut se retrouver de minute en minute. Tout est modélisé », signale M. Simoneau.

Stabilisation

En fin de journée vendredi, le niveau de la rivière se situait légèrement en dessous de la barre des 23 pieds, après avoir presque atteint 25 pieds au cours de la journée. L’OMSC était optimiste que le niveau de la Saint-François se soit stabilisé pour commencer à descendre avec la baisse des températures prévues au cours de la nuit.

« Selon nos experts en hydrologie, l’effet de la baisse des températures, les apports d’eau à la baisse des rivières aux Saumons et Eaton et l’absence de précipitations nous laissent entrevoir que la situation va se résorber assez rapidement. On doit cependant attendre et ne pas mettre la nature au défi », mentionne M. Simoneau.

L’Université Bishop’s avait suspendu ses cours en avant-midi, alors que la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke a annulé le transport scolaire pour le retour à la maison.

La nouvelle députée fédérale de Sherbrooke Élisabeth Brière était présente au point de presse de la Ville de Sherbrooke. « Il y a des subventions qui peuvent être demandées par les municipalités pour la mise à niveau de leurs infrastructures. Je serai présente pour aiguiller la Ville de Sherbrooke au besoin », assure Élisabeth Brière.

Les forts vents ont fait s'abattre un arbre sur une résidence au 9, rue Queen à Lennoxville.