L’avenir du théâtre de la place Nikitotek demeure toujours incertains après que la Ville eut reçu une seule offre pour l’acheter.
L’avenir du théâtre de la place Nikitotek demeure toujours incertains après que la Ville eut reçu une seule offre pour l’acheter.

Une seule offre à 30 000 $ pour la place Nikitotek

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
L’appel de propositions pour la vente du théâtre de la place Nikitotek a pris fin mercredi après-midi. La Ville de Sherbrooke n’a reçu qu’une seule offre... à 30 000 $. La proposition d’achat provient d’une compagnie à numéro ayant son adresse à Victoriaville.

Selon le Registraire des entreprises, la compagnie œuvre aussi sous plusieurs noms, dont Chapiteau Sherbrooke. Pour être conforme, le prix minimum pour toute proposition était de 20 000 $. L’acheteur potentiel, s’il est retenu, devra assumer les frais de démontage de l’infrastructure. Dans un communiqué envoyé en février, la Ville estimait la valeur de la place Nikitotek à environ 3 M$. 

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La place Nikitotek est à vendre

On estimait à ce moment qu’il aurait coûté entre 2,9 M et 3,3 M$ pour déménager le théâtre au coin des rues Wellington et Aberdeen.

Le temps presse pour que la Ville prenne une décision dans ce dossier, elle qui veut absolument procéder à la décontamination des berges de la rivière Magog, en prévision de la construction du pont des Grandes-Fourches, avant la fin de l’année. Le théâtre de la place Nikitotek est une structure métallique d’environ 1050 mètres carrés composée de deux scènes et de gradins d’une capacité de 1015 sièges.

La conseillère du district du Lac-des-Nations, Chantal L’Espérance, juge le prix obtenu insuffisant. « Je m’étais ralliée au fait de vendre le théâtre, même si j’étais de celles qui croyaient qu’on devait le conserver et peut-être l’adapter pour un nouveau site. Je me disais que si on pouvait obtenir quelques millions, on permettrait aux Sherbrookois de rentrer dans leur argent. Mais 30 000 $, c’est ridicule. C’est comme si on le donnait. À ma connaissance, aucun élu ne voulait donner le théâtre. »

En avril, on évoquait que si les propositions n’étaient pas satisfaisantes, il faudrait considérer un plan B, soit l’entreposage du théâtre ou la vente au poids pour l’acier.

Mme L’Espérance juge que les élus devront en rediscuter rapidement. « Nous avons un conseil le 1er juin, mais il est possible d’avoir des conseils spéciaux si c’est nécessaire. Peut-être que ce n’était pas le meilleur moment pour lancer un appel de propositions. Selon moi, il aurait été préférable de démonter la scène dès la fin de la saison, l’an dernier, de l’entreposer et d’attendre que les conditions du marché se prêtent à une vente. Nous aurions entre-temps pu trouver une façon d’utiliser certaines composantes dans le nouveau centre-ville. Force est de constater qu’il n’y a pas tant d’acheteurs. Pour moi, il serait inacceptable de laisser aller la scène à ce prix. Le meilleur deal est de l’entreposer sur un terrain qui nous appartient. »

Le maire Steve Lussier juge lui aussi la proposition nettement insuffisante. « C’est loin de l’offre qu’on aurait voulue. Nous ramènerons le dossier au comité exécutif de mardi et nous regarderons les scénarios potentiels. »

Et si la Ville procédait elle-même au démantèlement de l’infrastructure, le défi pourrait demeurer entier. Un précédent appel d’offres pour démonter le théâtre n’avait reçu aucune proposition. Steve Lussier croit toutefois que le résultat d’un tel appel d’offres serait désormais différent. « Nous trouverons quelqu’un pour démanteler la scène. »

La chef de l’opposition désignée, Évelyne Beaudin, regrette maintenant que la Ville se soit engagée dans un appel de propositions. « Maintenant qu’on sait qu’une offre a été soumise à 30 000 $, quelles seront les prochaines? 60 000 $? 100 000 $? On souhaitait avoir plus d’un million. Au lieu de donner la scène, on pourrait la mettre n’importe où et essayer de voir à quoi elle pourrait servir. »

Mme Beaudin estime que le conseil a trop tardé avant de prendre une décision. « C’est scandaleux comment on a niaisé dans ce dossier et aujourd’hui, ça nous retombe dessus. Ça faisait facilement un an que nous savions qu’il fallait agir. Nous sommes les seuls à blâmer. On devrait se demander ce qu’on doit corriger dans notre planification de projets. C’est une improvisation forcée par un manque de planification dont on ne peut que sortir perdants. »

La conseillère ajoute que les évaluations des montants dans ce dossier ont peut-être manqué de rigueur. « Je remets sérieusement en question les chiffres qu’on nous a présentés. J’ai l’impression qu’ils ont été gonflés ou diminués pour nous pousser dans une direction. Peut-être pas non plus, mais je ne suis pas convaincue de la rigueur. »

Le théâtre de la place Nikitotek a nécessité des investissements de 6,4 M$, dont 3,4 M$ de la Ville de Sherbrooke. 

La Ville avait obtenu une subvention de 4,4 M$ pour la mise en valeur de la gorge de la rivière Magog. Elle n’aura pas à en rembourser une partie malgré sa décision de vendre le théâtre avant la fin de l’entente.