Robert Leconte, professeur titulaire au département de génie civil et du génie du bâtiment de l’Université de Sherbrooke

Une rivière et un bassin versant artificiels à l’UdeS

Une rivière et un bassin versant artificiels verront bientôt le jour sur le campus de l’Université de Sherbrooke. L’infrastructure, qui devrait être terminée cet automne, permettra notamment d’étudier le mouvement de l’eau et d’étudier le transport des contaminants.

Il s’agit d’un projet d’environ 4,6 M $ lorsqu’on inclut l’instrumentation.

« Si tout va bien, à l’automne la construction va être terminée, on va ensuite passer à la phase de l’instrumentation, qui va prendre un certain temps », indique Robert Leconte, professeur titulaire au département de génie civil et du génie du bâtiment de l’Université de Sherbrooke.

Le complexe hydrologique et hydraulique est situé en bordure du chemin Sainte-Catherine, près des terrains de soccer, dans le parc Innovation-ACELP.

« Il y a deux composantes principales. Un bassin versant expérimental et une rivière expérimentale qui vont servir à faire des études très distinctes. Le bassin va servir essentiellement à faire des études sur le mouvement de l’eau et les contaminants. On choisit ce type de bassin parce qu’on va avoir le contrôle absolu sur toutes les conditions. Des bassins versants, il y en a partout; c’est une région qui va drainer l’eau vers un point commun. On reproduit à une échelle pilote un comportement qui va s’approcher des comportements naturels. L’avantage, c’est qu’on connaît exactement la géométrie du bassin, ses frontières, les entrées et les sorties », explique le professeur de la faculté de génie.

Ces données permettront aux chercheurs d’en apprendre davantage sur le ruissellement, l’infiltration, l’humidité dans le sol, etc.

« Ça va nous servir pour développer des modèles mathématiques sur le ruissellement. Ces modèles sont nécessaires quand on parle des inondations. Quand on veut améliorer les prévisions des inondations, on utilise des modèles d’hydrologie pour faire ça. »

Le bassin versant prendra la forme d’une cuvette qui fait environ 90 m sur environ 40 mètres. Il contiendra 3500 mètres d’eau, soit l’équivalent d’une piscine olympique.

Ultimement, les données pourraient aider à mieux prévoir les inondations.

« La prévision des inondations, c’est plus un art qu’une science, si je peux dire. Ça nécessite d’avoir des bonnes prévisions métérologiques au départ. On peut les utiliser pour alimenter des modèles mathématiques d’écoulement. Ces modèles vont nous faire une prévision des débits... »

Le bassin contiendra aussi un petit étang.

« On va être en mesure de faire des études sur la qualité de l’eau. On pourrait mettre des traçeurs — ce sont comme des contaminants qui ne sont pas dangereux — et on va suivre le mouvement de ces contaminants, on va échantillonner l’eau et regarder leur concentration (...) pour nous aider à comprendre comment ils migrent dans le sol. »

La rivière, pour sa part, mesurera environ 3 mètres de largeur par 50 mètres de longueur. L’équipe de chercheurs pourra notamment y observer et mesurer le transport des sédiments, l’érosion des berges et tester des mesures de stabilisation des berges.

Une dizaine de chercheurs de l’UdeS gravitent autour du projet, en plus de chercheurs de l’Université Concordia et de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Le bassin versant prendra la forme d’une cuvette qui fait environ 90 m sur environ 40 mètres. Il contiendra 3500 mètres d’eau, soit l’équivalent d’une piscine olympique.

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Des travaux très complexes 

La rivière et le bassin versant artificiels seront créés au terme de travaux très complexes. 

À la connaissance de Robert Leconte, professeur titulaire à la faculté de génie de l’UdeS, il n’existe pas de telles infrastructures pareilles ailleurs. 

« On s’est basé sur un concept qui existait, mais à l’échelle des petits laboratoires en salle; il y a des bassins versants qui mesurent 3 mètres par 5 mètres », illustre-t-il. 

L’institution a d’ailleurs dû mener trois appels d’offres afin de construire le complexe hydrologique dans le parc Innovation-ACELP.

Rappelons qu’un premier appel d’offres avait été mené à l’été 2017, mais le plus bas soumissionnaire était au-delà des budgets consentis. Un autre appel d’offres avait été lancé l’été dernier, mais aucune soumission n’avait été reçue, une situation très rare.

Les travaux devaient être initialement lancés en 2017. 

Si la construction du bassin versant n’est pas d’une grande complexité, il en est autrement pour la rivière créée de toute pièce avec l’aide d’un circuit fermé et d’une station de pompage.

« L’eau de la station de pompage va pomper de l’eau, elle va s’écouler par gravité dans la rivière et elle va aboutir dans un bassin et elle va être repompée. Ça, ce n’est pas commun comme type d’ouvrage. Ça peut expliquer qu’il y ait eu moins d’entrepreneurs qui ont soumissionné », note Robert Leconte, avec qui La Tribune a visité le chantier. 

Le fait que l’UdeS ait dû retourner en appel d’offres est multifactoriel, estime le professeur, notamment en raison de la période où l’un des appels d’offres a été lancé et de l’effervescence dans le milieu de la construction. 

La structure aura une durée de vie d’environ 30 ans. Une demande de subvention a été faite au Fonds canadien pour l’innovation; la confirmation de ces fonds permettra d’obtenir une grande partie de l’instrumentation.