Alain Vanden Eynden (droite) déplore le fait que la rentrée des étudiants au cégep le prive de plusieurs employés pour terminer la saison estivale. Il pose en compagnie de son employé Jacob Mercier.

Une rentrée trop hâtive pour les commerçants

Le cégep recommence-t-il trop tôt? Plusieurs commerçants de la région de Magog estiment que oui. Ils déplorent perdre plusieurs de leurs employés dès la mi-août alors que la saison touristique bat encore son plein près du lac Memphrémagog.

« Ça crée des problèmes pour l’industrie touristique au complet parce qu’on perd nos étudiants deux semaines trop tôt, estime Alain Vanden Eynden, propriétaire de Chocolats Vanden Eynden. On a de l’achalandage jusqu’à la fête du Travail, on a besoin des étudiants pour finir la saison et il faudrait trouver une solution pour que le cégep soit ouvert à commencer plus tard. »

La rentrée dans les cégeps, dont celui de Sherbrooke, se fera le 19 août.

« Pour nous c’est rapide, parce qu’il y a les Vendanges et la fête du Travail, indique Maryse Boucher, gérante du Sushi Shop sur la rue Principale à Magog. On se retrouve à avoir encore des gens en vacances. C’est difficile pour nous d’offrir un service à la clientèle de qualité et d’éviter le temps d’attente. »

Pour Sébastien Cremmydas du Caffucino sur la rue Principale, l’impact est un peu moindre cette année avec les travaux d’envergure, mais le principal problème reste la pénurie de main-d’œuvre.

« Chaque année, c’est le même problème, en septembre ça reste fort à Magog, souligne-t-il. Il manque du staff de toute façon. C’est un peu à cause du retour à l’école, mais c’est surtout du manque de main-d’œuvre. Ça ne changerait pas grand-chose à mon avis de repousser la rentrée, ça ne ferait que repousser le problème. C’est plus le manque de personnel qui est problématique parce que les filles travaillent un petit peu en début de session, c’est plus à la fin dans les périodes d’examen qu’elles coupent leurs heures. »

Le Caffucino emploie une dizaine d’étudiants alors qu’ils correspondent à environ 80 % de la main-d’œuvre au Sushi Shop. Chocolats Vanden Eynden a quatre employés sur la quinzaine au total qui sont encore aux études.

Un exemple ailleurs

La commission scolaire de Charlevoix a franchi le pas cette année en retardant sa rentrée d’une semaine pour accommoder les employeurs de la région. Les étudiants feront donc leur retour en classe le 3 septembre.

« C’est une solution et ça démontre qu’il y a des commissions scolaires qui sont ouvertes d’esprit, signale M. Vanden Eynden. Si on veut que le Québec se développe économiquement, il va falloir que tout le monde collabore. Il y a toujours des solutions à un problème. »

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke confirme qu’elle n’a été contactée par aucune association touristique jusqu’à maintenant pour demander de retarder la rentrée scolaire, qui s’y fera le 28 août. De son côté, le Cégep de Sherbrooke n’a pas d’autres choix que de commencer la session au mois d’août.

« On doit donner selon la loi 82 jours de cours ou d’activités pédagogiques, explique Christine Tremblay, conseillère en communication au Cégep de Sherbrooke. On fait le calcul à partir du dernier vendredi avant Noël et on descend jusqu’au mois d’août. On doit inclure aussi une semaine d’étude et d’encadrement. »

Bien que le Cégep se dise sensible à la situation des commerçants, Mme Tremblay confirme qu’il n’y a pas de discussion en cours avec les commerçants

M. Vanden Eyden mentionne qu’un dossier sera monté et présenté aux organisations touristiques.

« Ça prend un dossier crédible avec des statistiques. Ce n’est pas quelque chose qu’on va précipiter. »

Volonté politique?

En vacances, le député d’Orford, Gilles Bélanger, n’a pu être joint par La Tribune. Son attaché politique, Annie Corriveau, n’a toutefois fermé aucune porte.

« On est une circonscription touristique donc c’est sûr que c’est un sujet qui nous importe et qui interpelle M. Bélanger, résume-t-elle. Il y a plusieurs choses à regarder, dont ce qui se passe dans Charlevoix. Le gouvernement n’a pas non plus l’intention d’imposer un retard à l’ensemble du Québec. S’il y a une volonté des commerçants et des gens du milieu, on n’est pas fermé à des initiatives plus locales. Il n’y a rien d’enclenché encore. »