Manon Landry déplore les commentaires haineux exprimées sur les réseaux sociaux pour condamner sa cousine Nancy, qui a écopé de huit ans de pénitencier pour le meurtre de son fils de 3 ans. « La famille n'a pas demandé ni choisi de vivre ce drame », dit-elle.

Une proche de Nancy Landry déplore la haine sur les réseaux sociaux

« Cette folle ne mérite pas de vivre. » « Ses proches devraient la renier. »
<p>Le dimanche avant de recevoir sa sentence, Nancy Landry a reçu la visite de sa fille Valérie et de sa petite-fille Camille. </p>
La semaine dernière, Nancy Landry reconnaissait avoir causé la mort de son fils de trois ans en février 2011 à Sherbrooke et écopait de huit ans de pénitencier. La publication de la sentence de la femme de 42 ans a engendré une série de commentaires haineux sur les réseaux sociaux. Aux noms des deux plus vieux enfants de l'accusée et de ses proches, Manon Landry, cousine de Nancy, a répondu à ces commentaires d'inconnus qui reviennent en boucle sur le net depuis les tragiques événements.
« Je ne défends absolument pas le geste qu'elle a posé. Mais je défends la personne qu'elle était avant et la personne qu'elle est aujourd'hui. J'aimerais aussi que les gens réalisent que Nancy ne lira pas ces commentaires. Elle n'a pas le droit d'aller sur internet. Ce sont ses enfants, ses frères, sa mère et tous ses autres proches qui les liront et cela ne fera qu'ajouter à la souffrance qu'ils vivent déjà. La famille n'a pas demandé ni choisi de vivre ce drame », explique Manon Landry, qui a accepté de rencontrer La Tribune pour parler des dommages collatéraux vécus par la famille, de sa volonté de protéger les enfants de Nancy qui sont aujourd'hui de jeunes adultes et de l'amour qui persiste malgré l'horreur des événements.
Habitant le même quartier, Manon et Nancy ont grandi ensemble au sein d'une famille tissée serrée. Elles travaillaient toutes les deux, parfois ensemble, comme préposées aux bénéficiaires. Manon avait parlé à Nancy dans la semaine qui a précédé le drame et elle n'avait décelé rien d'anormal dans leur conversation.
Rappelons que seule dans son appartement avec son bambin, le 19 février 2011, Nancy Landry lui a donné des médicaments mélangés dans un jus avant de le faire suffoquer. La mère de famille s'est par la suite infligé de graves blessures au cou et aux poignets qui lui ont fait perdre beaucoup de sang et qui lui ont laissé des dommages importants au cerveau. Elle était dans un état dépressif et prenait des médicaments à la suite d'une séparation avec le père de l'enfant lorsque les gestes irréparables ont été commis.
Manon souligne que personne n'est à l'abri de l'épreuve que traverse sa famille.
« Qui peut se lever le matin en étant certain à cent pour cent que personne dans son entourage, un enfant, un oncle, un grand-père, un cousin, ne peut commettre une chose semblable? Je ne pensais pas moi non plus que ça m'arriverait un jour », raconte Manon Landry, qui n'a jamais pensé à renier sa cousine.
Le lendemain de la tragédie, Manon est retournée travailler. Sur son uniforme de travail, il porte une étiquette d'identification. Les premiers jours, elle l'a cachée. Parce qu'elle porte le même nom de famille que Nancy, qu'elle lui ressemble et qu'elle ne voulait pas se faire parler des tristes événements. « J'avais peur de ce que penseraient les autres. Mais je n'ai jamais pensé prendre mes distances ou la renier. Je fais ce qu'une famille fait, je soutiens les miens dans les moments difficiles. Je ferais la même chose pour n'importe quel membre de ma famille ».
« Avant février 2011, il m'est arrivé de juger des comportements. Mais je gardais mes commentaires pour moi. Je ne les publiais pas partout sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce que ça donne de bon? Le sentiment d'être meilleur que les autres? Ça augmente la douleur et ce n'est pas constructif. Aujourd'hui, je ne juge plus. Et je souhaite à personne d'avoir à vivre cela pour le comprendre », ajoute Manon.
Sur Facebook, un groupe privé de soutien a été créé par les proches de Nancy Landry. Une plateforme pour que les gens qui aimaient Nancy se donnent du courage. Manon y publiait des nouvelles de sa cousine. Quelque 200 membres pouvaient les lire.
Tous les jours avant d'être reconduite au pénitencier, Nancy Landry téléphonait à sa cousine et à sa fille. Pour leur souhaiter bonne nuit et leur dire qu'elle les aimait. Lors du prononcé de la peine, plusieurs proches étaient au palais de justice. Son fils aîné vit sa peine discrètement. Sa fille Valérie a pris la parole et tient aujourd'hui à transmettre un message. « Il n'y a pas de mots pour décrire la perte de sa confidente, de celle qui nous a donné la vie. Moi-même, je me fais juger parce que je parlais à ma mère chaque jour, mais je ne l'abandonnerai jamais », confie-t-elle. Parce le geste horrible qu'a posé sa mère n'a pas tué son amour pour elle. Un inconnu qui lui suggère de la renier ni changera rien.
Consciente qu'une partie de la population ne changera pas son comportement, Manon Landry a accepté de parler publiquement pour aider les gens à comprendre le mal qu'ils font et qu'ils ne mesurent peut-être pas. Comme un appel à la compassion pour les proches des accusés. Sinon à une petite réserve.