Alain Saint-Pierre, ex-directeur intérimaire de la protection de la jeunesse de l’Estrie, et Stéphane Tremblay, président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, ont brisé la glace lors de la première journée des audiences publiques de la Commission Laurent à Sherbrooke.
Alain Saint-Pierre, ex-directeur intérimaire de la protection de la jeunesse de l’Estrie, et Stéphane Tremblay, président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, ont brisé la glace lors de la première journée des audiences publiques de la Commission Laurent à Sherbrooke.

Une porte d’entrée unique pour les services jeunesse

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Au Québec, il faut défaire « le syndrome des portes tournantes », estime Alain St-Pierre, ex-directeur intérimaire de la protection de la jeunesse en Estrie.

« C’est ce que j’appelle le syndrome des portes tournantes : le jeune n’est jamais à la bonne place. Il se retrouve dans ce système : faites le 1, faites le 2, laissez un message et on vous rappellera d’ici 48 heures. Et souvent, le retour d’appel ne vient pas. Alors la situation continue de se dégrader. Le seul service qui est ouvert 365 jours par année, 24 heures par jour, c’est la direction de la protection de la jeunesse (DPJ), alors dans ce contexte, ça devient normal de s’y référer », a expliqué lors de la commission Alain St-Pierre.

À LIRE AUSSI: Commission Laurent: le CIUSSS a fait ses devoirs

C’est dans ce contexte que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a fait la recommandation à la Commission Laurent d’instaurer une porte d’entrée unique pour tous les services jeunesse incluant le service de réception et de traitement des signalements et d’identifier un intervenant pivot pour soutenir la famille dans le parcours de service.

« On veut revoir la façon dont on dispense nos services. Par exemple, si un parent téléphone pour un signalement mais que ce n’en est pas un, il faut qu’on soit en mesure d’offrir des services dans l’immédiat », mentionne Johanne Fleurant, directrice de la protection de la jeunesse et directrice provinciale au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« En ce moment, ce n’est pas toujours fluide d’obtenir des services parce qu’il y a toute notre capacité à répondre à la demande », ajoute-t-elle.

Quand cette porte unique, qui serait en fait un numéro de téléphone unique, sera-t-il mis en service? « J’aimerais ça l’avoir le plus rapidement possible. Nous avons un plan d’action pour la jeunesse. Avec le dépôt du mémoire, aujourd’hui, c’est le début de nos travaux pour mettre en place nos recommandations du mémoire », ajoute Mme Fleurant

+

Stéphane Tremblay, président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, s’est adressé aux médias après avoir présenté le mémoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS à la Commission Laurent.

17 enfants signalés chaque jour

En Estrie actuellement, il y a 17 enfants par jour qui sont signalés. En Estrie comme ailleurs au Québec, le taux de signalement à la DPJ n’a cessé d’augmenter depuis plus de 15 ans. Qu’est-ce qui en est à l’origine?

Le taux de signalement en Estrie en 2007-2008 était inférieur à celui de Québec, autour de 10 % en Estrie pour 20 % au Québec.

« En 2012-2013, sans trop comprendre, le taux de signalement avait rejoint la moyenne nationale. À l’été 2016, la direction générale du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a mandaté la Santé publique pour faire une enquête, pour comprendre d’où venaient ces hausses en Estrie. Le rapport indiquait que tous les groupes qui signalent ont augmenté leurs signalements; ce n’était pas plus les centres de la petite enfance que le réseau scolaire, par exemple. L’autre élément, c’est que c’est à la grandeur du territoire de l’Estrie, pas seulement dans les zones que l’on peut considérer plus vulnérables », rappelle le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Stéphane Tremblay.

La collaboration doit être améliorée entre le réseau de la santé et ses différents partenaires, comme le réseau scolaire par exemple.

« Par exemple, une évaluation psychosociale faite dans un contexte scolaire est parfois difficilement acceptable dans le réseau de la santé ou par certains médecins », déplore Stéphane Tremblay.

La réforme imposée par l’ancien ministre libéral Gaétan Barrette a-t-elle fait mal aux centres jeunesse?

« Je vous inviterais à ne pas tout mélanger. La réforme de 2015 est une réforme de structure à laquelle on a ajouté d’autres éléments. Le premier, ce sont des compressions budgétaires. Le deuxième, c’est la loi 20 qui a eu des impacts importants par rapport à l’orientation de consolider les GMF (groupes de médecine familiale). Le troisième élément, c’est la loi 130 et au final, ce que les gens oublient toujours, y compris les chercheurs, c’est qu’il y a une demande de besoins en soins et services qui ne cesse de croître. On est dans une situation dynamique et personne ne peut dire comment le réseau, dans sa forme antérieure, pourrait répondre à la demande dans la situation actuelle », soutient Stéphane Tremblay.

Les audiences publiques se poursuivent mercredi et jeudi à l’Hôtel Delta. À l’horaire mercredi, il y a les Drs Alain Poirier et Irma Clapperton de la Santé publique de l’Estrie, suivis des Drs Geneviève Beaulieu et Francis Livernoche, pédiatres au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, d’une intervenante de la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec, du chef de service de la Villa Marie-Claire, de Sylvain Bourdon, professeur titulaire à la faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, et de deux citoyennes à huis clos. Marie-Christine Bouchard