Une piqûre de guêpe presque mortelle

Sherbrooke — Réal St-Cyr se trouvait près de sa cabane à sucre, à un kilomètre de sa maison, lorsqu’il a dérangé un essaim de guêpes en déplaçant une bûche. Une guêpe l’a alors piqué près de l’œil. Très vite, il a commencé à se sentir mal : étourdissements, vision un peu plus floue, palpitations. Il sentait l’urgence de sa situation. C’est arrivé l’automne dernier dans le district de Brompton.

« Ce qui m’est venu en tête tout de suite, c’est qu’une de mes cousines était décédée à cause d’une allergie à une piqûre de guêpe », raconte-t-il.

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Très vite, il a sauté sur son VTT, est rentré à la maison et a pris sa voiture pour se rendre à la pharmacie située tout près de chez lui. Il connaissait l’antidote : il voulait un Epipen. Et vite. De minute en minute, sa situation s’aggravait. Il avait des démangeaisons et plusieurs parties de son corps étaient devenues inflammées. Il sentait sa gorge se serrer. Il avalait sa salive avec de plus en plus de difficulté. Il se sentait étourdi, il souffrait d’hypotension.

« Là, ça n’allait vraiment pas bien et je savais que j’avais besoin d’un Epipen rapidement pour arrêter l’allergie », explique-t-il.

L’épinéphrine vendue dans un auto-injecteur comme Epipen est conçue pour être administrée facilement par la personne elle-même ou par un membre de son entourage. L’épinéphrine est une substance qui neutralise une réaction anaphylactique, c’est-à-dire une réaction allergique grave (voir autre texte).

Dès les premiers signes d’une réaction allergique ou lorsqu’on soupçonne un contact avec l’allergène, il faut injecter l’épinéphrine immédiatement. Ensuite, la personne doit se rendre sans délai à l’hôpital.

La réponse de la pharmacienne? « Je ne peux pas vous donner d’Epipen, vous n’avez pas de prescription. »

Réal St-Cyr se permet d’insister alors qu’il va de plus en plus mal et qu’il craint de mourir.

« On m’a amené sur une chaise en arrière du comptoir et on m’a donné du Benadryl. À ma demande, on a aussi appelé un médecin qui travaille à la clinique près de la pharmacie et une ambulance », raconte-t-il.

Le temps passe, voilà plus d’une trentaine de minutes qu’il se trouve à la pharmacie.

« J’ai perdu connaissance juste avant que le médecin arrive. C’est lui qui m’a injecté l’Epipen finalement. Je suis revenu à moi, mais par intermittence. Après je suis parti en ambulance et les ambulanciers m’ont redonné deux doses d’Epipen pendant le trajet vers l’Hôpital Fleurimont », soutient le Sherbrookois.

Réal St-Cyr a fait une grave réaction allergique à une piqûre de guêpe l’automne passé. Depuis, il ne sort plus dehors sans un Epipen sur lui et commencera sous peu un traitement de désensibilisation.

Diagnostic? Allergie aux guêpes, bien entendu.

Il commencera sous peu une désensibilisation au venin de la guêpe.

Depuis, Réal St-Cyr ne sort plus dehors sans avoir un Epipen sur lui et un autre injecteur à proximité. Il a peur.

Il a été marqué par sa mésaventure bien sûr, mais pas seulement par sa rencontre avec la guêpe : aussi par ce qui s’est passé à la pharmacie.

« Tu es assis là, tu demandes de l’aide et tu n’en reçois pas... C’est traumatisant. J’aurais pu mourir cet après-midi-là », clame-t-il.

D’où l’intérêt de sa sortie publique. « On ne peut rien faire contre les guêpes, elles sont là, ça peut arriver de se faire piquer. Mais quand un professionnel du milieu de la santé ne fait rien pour t’aider, là ce n’est pas normal », dit-il.

Il a déposé une plainte à l’Ordre des pharmaciens du Québec. L’enquête préliminaire conclut que les pharmaciens « ont porté secours au meilleur de leurs connaissances et de leurs compétences ». 

Réal St-Cyr a l’intention de porter l’affaire en appel.

Un an d’attente pour la désensibilisation

Les traitements pour désensibiliser les personnes allergiques aux piqûres de guêpes ou d’abeilles sont ralentis voire inexistants depuis plus d’un an en raison d’une pénurie du venin des insectes, qui est nécessaire pour fabriquer les vaccins de désensibilisation. La problématique était à l’échelle mondiale. La distribution devrait cependant recommencer sous peu.

Le traitement de désensibilisation comprend en effet une phase « par paliers » où les patients reçoivent d’abord de très petites doses, puis des doses progressivement plus importantes jusqu’à arriver à une « dose d’entretien » qui doit être injectée toutes les quatre semaines pendant trois à cinq ans.

Toutefois, le seul distributeur au pays a retiré ses produits qui étaient auparavant couverts par la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ), ce qui fait que les vaccins ne seront pas remboursés par ceux qui sont assurés auprès du gouvernement du Québec.

Pour obtenir son premier contenant de venin afin de commencer sa désensibilisation, Réal St-Cyr devra débourser une somme de 500 $. « C’est beaucoup d’argent! Nous allons attendre un peu, je crois. Mais en même temps, c’est un traitement important », soutient l’homme du district de Brompton, hésitant alors qu’il venait tout juste d’apprendre la nouvelle.

« Il y a des patients qui attendent depuis plus d’un an pour faire la désensibilisation. Il y en a qui avaient commencé, mais qui n’ont pas pu avoir une nouvelle bouteille quand la leur a été finie. Alors comme il faut des doses d’entretien pendant trois à cinq ans, ces patients doivent tout recommencer depuis le début », soutient le Dr Martin Blaquière, allergologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.