Chantal Provencher dit avoir répertorié une vingtaine d’événements physiques subis pas sa mère de 85 ans, de la part d’une autre pensionnaire, depuis qu’elle se trouve au pavillon Argyll.

Une patiente d'Argyll attaquée à répétition par une autre pensionnaire

Une pensionnaire âgée du centre d’hébergement Argyll a vécu des mois difficiles, ayant été la cible d’une autre bénéficiaire qui avait jeté sur elle son dévolu. La dame de 85 ans, souffrant de l’Alzheimer, a été victime de diverses agressions depuis mai dernier, date de son arrivée au CHSLD.

Sa fille, Chantal Provencher, dit avoir répertorié une vingtaine d’événements physiques subis pas sa mère. Elle dénonce l’inaction de la direction pour isoler la personne à l’origine des agressions malgré ses demandes répétées.

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«Mon dossier est étoffé, assure-t-elle, lors d’un entretien accordé à La Tribune. J’ai pris des notes chaque fois qu’on m’a appelée pour me signaler que ma mère avait été agressée. C’était tout le temps la même personne qui s’en prenait à ma mère.»

«Elle a reçu des coups de poing, des coups de pied, des claques au visage. Elle s’est fait piler sur un pied par un fauteuil roulant. Ma mère s’est fait serrer un bras et s’est fait pincer. C’est fou de ce qui lui est arrivé!»

Ce n’est que ces derniers jours qu’on a changé d’unité la dame âgée à l’origine des problèmes répétés, ajoute Mme Provencher, excédée par ces mois de rebondissements. «On confie nos parents dans des CHSLD en pensant qu’ils seront en sécurité. Des événements comme ceux dont ma mère a été victime peuvent arriver, mais on voit comment le manque de personnel fait qu’ils se répètent tout le temps.»

«Ma mère est à Argyll depuis le 3 mai et le lendemain, j’étais appelée parce qu’elle avait été victime de violence. Ça n’a pas arrêté après. C’est incroyable.»

La plainte de Mme Provencher s’ajoute à d’autres faites concernant les activités du  pavillon Argyll. On apprenait récemment que le Protecteur du citoyen a ouvert une enquête à la suite de plaintes reçues à propos de résidants qui pouvaient rester des jours complets sans quitter le lit.

Aussi, jusqu’à 40 pour cent des employés du CHSLD Argyll sont absents du travail certaines journées, lisait-on dans La Tribune la semaine dernière.

Mardi, on apprenait que le coroner a été chargé de faire enquête à la suite du décès d’un résidant de l’Hôpital et centre d’hébergement Argyll de Sherbrooke. Le CIUSSS de l’Estrie – CHUS dit avoir référé le dossier au coroner afin de confirmer que rien de suspect n’est associé à l’événement survenu lundi.

Profil

Chantal Provencher ne serait pas surprise d’apprendre que la dame qui s’en est prise à sa mère aurait aussi pu faire d’autres victimes. Les vérifications faites par la direction du centre d’hébergement de longue durée montrent que non.

On assure que des mesures ont été prises afin de prévenir les contacts entre les deux dames. La bénéficiaire à l’origine des contacts violents souffre aussi de démence et semble avoir pris en aversion la mère de Mme Provencher. Elle n’avait pas de prime abord le profil d’une personne commandant son transfert dans l’unité de protection du deuxième étage.



Une tape, ça reste une agression et c’est certainement très désagréable pour la personne qui la reçoit.
Sylvie Quenneville

On a entre autres modifié sa médication et augmenté la surveillance. Après plusieurs tentatives pour trouver une solution, on a pris la décision de la transférer dans l’unité prothétique, explique Sylvie Quenneville, directrice adjointe au programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. On dénombre 16 événements qui se sont avérés être des tapes contre la mère de Chantal Provencher.

«Ça a pu paraître long avant qu’on relocalise la dame, mais il y a des étapes à suivre dans un cas pareil, mentionne Mme Quenneville. Par exemple, quand on change sa médication, il faut attendre que ça fasse effet.»

«Une tape, ça reste une agression et c’est certainement très désagréable pour la personne qui la reçoit. Je ne veux pas minimiser le geste. Mais il faut dire ici qu’on n’a pas affaire à une bagarre qui a causé de graves blessures.»

On gardait sous surveillance étroite la pensionnaire qui causait les attaques, ajoute Sylvie Quenneville. «Il arrive que des changements dans l’environnement, comme la noirceur, puissent causer des troubles de comportement chez les personnes aux prises avec de la démence. Il faut tenir compte de la maladie des personnes en cause aussi avant de prendre une décision», dit-elle.

«Le phénomène n’a pas diminué. Il y a eu gradation dans son cas.»

Selon Mme Quenneville, la pénurie de main-d’œuvre à Argyll n’est pas en cause. Les effectifs sont en manque de 14 pour cent actuellement. «Nous aimerions que ça soit mieux et nous faisons des efforts pour améliorer la situation», assure-t-elle.
«Mais en situation  idéale, nous aurions probablement connu la même situation avec ces deux dames.»

Sylvie Quenneville