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Le domaine Edward-Hale, plus récemment appelé Ferme Rogeau, couvre une superficie de 25 hectares.
Le domaine Edward-Hale, plus récemment appelé Ferme Rogeau, couvre une superficie de 25 hectares.

Une occasion unique d'agrandir le bois Beckett

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
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PRIMEUR / La Ville de Sherbrooke étudie depuis une dizaine d’années la possibilité d’agrandir la forêt ancestrale du Bois-Beckett en faisant l’acquisition de l’ancien domaine Edward-Hale, aujourd’hui appelé Ferme Rogeau, situé au 2005, boulevard Queen-Victoria entre la rivière Saint-François et le bois Beckett. Le site de 25 hectares, d’une valeur patrimoniale excellente selon une étude réalisée par Espace Vital architecture en 2010, serait la plus vieille propriété connue de Sherbrooke. La municipalité pourrait y aménager une porte d’entrée pour le bois Beckett qui relierait la zone boisée à la rivière.  

La Tribune a appris qu’il pourrait s’agir d’un des projets touristiques d’envergure internationale déjà évoqués par la Ville, alors que des promoteurs explorent depuis au moins huit ans la possibilité d’y aménager un jardin de sculptures et une forêt consciente. Le projet touristique nécessiterait un investissement privé de 6,3 M$ et pourrait générer des retombées annuelles estimées entre 3 M et 11 M$ selon un avis de pertinence touristique rédigé en 2014. Le patrimoine historique, architectural, artistique et paysager, de même que la valeur environnementale du site plaident tous en faveur d’une acquisition par la Ville. Le sujet a été abordé à nouveau à huis clos l’été dernier.

Depuis 2007, le propriétaire du domaine, Hubert Rogeau, explore les occasions de se départir de son terrain et de sa maison construite en 1834. Il aurait approché la Ville une première fois il y a plus de dix ans en souhaitant la conservation et la mise en valeur du site. Il est revenu à la charge deux autres fois. La Ville aurait d’ailleurs réfléchi à l’idée d’acheter le terrain en 2010. Elle aurait alors considéré la possibilité de revendre les maisons qui s’y trouvent. M. Rogeau aurait reçu des offres de promoteurs privés, dont du Groupe Custeau, mais les aurait refusées. Selon une évaluation commandée par la Ville, la propriété et le terrain valaient 720 000 $ en date du 26 novembre 2019.

Selon les documents obtenus par La Tribune, l’agrandissement du parc du Bois-Beckett serait souhaitable en raison de la qualité du couvert forestier du domaine et du statut patrimonial et écologique du site. Le domaine et le parc du Bois-Beckett pourraient devenir un seul et même site patrimonial cité en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Les documents municipaux indiquent que « l’acquisition, la cession ou la donation du domaine par la Ville de Sherbrooke devraient être entreprises à court terme afin de protéger et de mettre en valeur ce site exceptionnel ». 

Le domaine Edward-Hale apparaît sur une toile du peintre Cornélis Krieghoff.  

La plus vieille propriété sherbrookoise

L’étude patrimoniale d’Espace Vital architecture rapporte que la propriété du 2005, boulevard Queen-Victoria est une résidence bourgeoise de 1834. L’historien Jean-Pierre Kesteman considérait qu’il s’agit de la plus vieille propriété sherbrookoise. Au début du 19e siècle, Edward Hale a fait l’acquisition d’un terrain de 210 acres dans la Canton d’Orford, où il a installé une ferme qui avait été nommée Sleepy Hollow. M. Hale avait réalisé des études diplomatiques en Angleterre et avait agi pendant quatre ans comme secrétaire particulier du gouverneur général William Amherst Pitt en Inde. Cherchant à s’installer dans la région de Cornwall, il a plutôt choisi les Cantons-de-l’Est, où les prix étaient moins élevés. Il a été le représentant de Sherbrooke à Kingston, dans la première Chambre d’assemblée du Canada-Uni de 1841 à 1847. Il y a milité pour l’amélioration du réseau routier et la construction du premier chemin de fer reliant Sherbrooke et Longueuil au Vermont. 

Edward Hale était un ami du peintre Cornélius Krieghoff. Ce dernier a d’ailleurs réalisé une peinture de Sleepy Hollow qui est encore conservée aujourd’hui au Musée McCord, à Montréal. 

La maison principale présente un intérêt patrimonial pour son architecture qui « témoigne de l’influence de l’architecture néoclassique et du mouvement pittoresque dans l’architecture domestique des Cantons-de-l’Est dans la première moitié du 19e siècle ». 

Le terrain de 25 hectares est situé à proximité du bois Beckett et de la rivière Saint-François, le long du boulevard Queen-Victoria.

Son intérêt historique est aussi important parce qu’elle « rappelle l’arrivée des premiers colons d’origine britannique et américain » dans les townships.

Le patrimoine paysager s’appuie pour sa part sur les perspectives visuelles sur la rivière Saint-François, de même que sur les chênes et les pins matures autour de la maison, en plus de plusieurs autres espèces d’arbres, arbustes et plantes ornementales.

L’étude de valeur patrimoniale de 2010 recommande donc de « tenter de protéger ce site et de le mettre en valeur en le constituant en site du patrimoine ». On y mentionne que la Ville pourrait en faire un attrait touristique comme « ferme patrimoniale modèle des Cantons-de-l’Est, comme arboretum ou comme expansion du boisé Beckett pour le lier à la rivière Saint-François ». 

On y suggère aussi que les bâtiments servent de centre d’interprétation du mode de vie des pionniers qui ont développé la ville de Sherbrooke. « Il est certain qu’un tel projet augmenterait l’offre touristique de Sherbrooke. »

Un projet de jardin de scultpures et de forêt consciente a déjà été envisagé sur le site convoité par la Ville.

Plusieurs études commandées

L’étude de valeur patrimoniale, une étude de caractérisation environnementale, un mandat pour évaluer la valeur de la propriété et une étude de faisabilité pour un projet récréotouristique ont tous été commandés par la Ville depuis 2009. Un évaluateur agréé a aussi été mandaté en 2019 pour établir la valeur du site. Le dossier a été présenté au comité exécutif et au conseil municipal, à huis clos, à l’été 2020. 

Dans le rapport de caractérisation environnementale de 2009, la Ville voulait comparer la valeur du site entourant le ruisseau Goodfellow à celle du domaine Edward-Hale. On notait que le site du ruisseau était « relativement intègre » et que la section « en aval de la route 143 possède un potentiel faunique élevé ». Le domaine Edward-Hale, lui, possède « une diversité élevée d’habitats fauniques » et son potentiel est plus élevé que celui du ruisseau Goodfellow. La salamandre sombre du Nord, une espèce animale à statut particulier, se trouve sur les deux sites. Elle est susceptible d’être désignée espèce menacée ou vulnérable. 

Le potentiel ornithologique est par ailleurs élevé sur le domaine. En 2009, 45 espèces d’oiseaux y avaient été recensées. Deux espèces végétales à statut particulier avaient aussi été recensées. 

Un évaluateur agréé estime que la propriété valait 720 000 $ en 2019.