Une occasion de repenser les traditions

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Profiter de l’arrêt temporaire de la tradition de Pâques pour lui redonner un sens qui nous ressemble. Réfléchir à ce qui nous rendait heureux lors des réunions familiales et le revivre autrement. Recréer la chaleur humaine malgré les distances. Voilà ce que propose la professeure retraitée de l’UdeS Lucie Mandeville, qui s’intéresse à la psychologie positive et à la psychologie humaniste.

« La crise va remettre en perspective l’importance de cette tradition. Et peut-être que d’en être privés nous fera changer notre façon de voir Pâques et les autres rassemblements familiaux. Au lieu de les voir comme des obligations, peut-être qu’on les appréciera davantage », souligne Mme Mandeville, qui invite les gens à réfléchir aux raisons qui faisaient en sorte qu’ils aimaient Pâques et celles qui, au contraire, les rebutaient.

« Si le volet très commercial de cette fête vous déplaisait, pourquoi ne pas cesser d’acheter des chocolats à vos proches et plutôt leur offrir un cadeau intangible », mentionne-t-elle.

Par exemple, si ce qui nous plaisait dans le rassemblement était de reprendre contact avec des membres de la famille qu’on ne voit pas dans notre quotidien, on peut le nommer. 

« On peut offrir de beaux mots. Les moyens de communication, on les a. Prendre le téléphone et dire aux membres de notre famille qu’ils nous manquent ou qu’on aime leur bonne humeur, leur créativité ou leur générosité et qu’on a hâte au prochain rassemblement, ça fait plus de bien et c’est plus précieux qu’un chocolat. En plus, recevoir un compliment donne souvent envie d’en faire plus », ajoute Mme Mandeville, souhaitant que Pâques crée cette année, une longue chaîne de générosité.

Comme c’est le cas dans bien des situations, l’espoir est primordial pour demeurer positif.

« De savoir que la tradition prend une pause temporaire est bien différent que si on disait que, du jour au lendemain, Pâques n’existait plus pour toujours. On pourra célébrer Pâques cet automne peut-être. »

« On est conscient qu’il y a un effritement des tissus sociaux et ces fêtes-là nous permettaient de remettre la famille dans le tableau de nos priorités. On sait que les relations humaines sont cruciales au bien-être des gens », résume la professeure.

L’interdiction des rassemblements force l’annulation de plusieurs réunions familiales de Pâques. Et si on en profitait, cette année, pour transformer la tradition et n’en garder que l’essentiel, demande la psychologue Lucie Mandeville.

Les aînés plus affectés

« Les traditions sont plus ou moins importantes selon les familles et il y a aussi un phénomène où elles perdent de l’importance avec la jeune génération. Par ailleurs, après Noël, Pâques est la fête familiale la plus importante et ça demeure, pour les plus vieilles générations qui ont vécu alors que la religion était plus présente, une célébration importante », explique Mme Mandeville.

« Les personnes aînées sont déjà confinées, certaines sont en perte d’autonomie, et là on les prive de ce qu’il y a de plus important, soit leur liberté et leurs proches. Oui leurs proches, car rendus à un certain âge, on n’a plus de projets, plus de titres, il ne nous reste que nos proches », ajoute la psychologue, qui lance une pétition, car elle trouve que le gouvernement va trop loin avec certaines mesures.

« On tente de protéger la santé physique des aînés, mais il ne faut pas que ça cause plus de mal à leur santé mentale. Si on cause une grande détresse, on n’est pas plus avancé. Est-ce qu’on pourrait penser tester les proches des aînés et les laisser se rendre visite », demande-t-elle.

La grande capacité d’adaptation des enfants fera en sorte que ces derniers seront moins affectés. « Même s’ils rouspètent un peu, ils s’adapteront. Ils sont tellement plus dans le présent que nous. »

Pour prouver à leurs grands-parents ou aux aînés qu’ils sont bien entourés et non pas abandonnés, Mme Mandeville propose aux enfants de préparer un montage des qualités qu’ils aiment de leurs aînés ou de préparer un questionnaire pour créer une conversation qui va au-delà des jasettes habituelles.

Par exemple, les enfants pourraient questionner leurs grands-parents sur les moments les plus beaux ou les plus importants de leur vie, note l’ancienne professeure de l’UdeS.