Yvette Jalbert quittera sous peu l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke après un peu plus d’un mois mouvementé passé à l’hôpital.
Yvette Jalbert quittera sous peu l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke après un peu plus d’un mois mouvementé passé à l’hôpital.

Une «miraculée» pourra rentrer chez elle

Yvette Jalbert est une survivante. Une survivante de la COVID-19. À l’Hôtel-Dieu, on s’accorde même pour dire qu’elle est une miraculée. « J’ai passé proche de mourir », lance avec aplomb la dame de 71 ans. Pourtant, c’est avec fierté qu’elle quittera l’Hôtel-Dieu sous peu après un mois d’hospitalisation.

La survivante a souhaité témoigner pour donner espoir, alors que l’on compte les morts dans les bulletins quotidiens du gouvernement du Québec, mais où on ne parle pas des survivants. « Si je suis un exemple, c’est grâce à ma volonté. J’ai travaillé fort, j’ai fait tous mes exercices. Je voulais rester à l’hôpital le moins longtemps possible », soutient-elle avec fierté.

« C’est vrai que Mme Jalbert a été une championne, un exemple de détermination », lance la travailleuse sociale Stéphanie Bernard, qui l’a suivie au cours des deux dernières semaines à l’unité de gériatrie de l’Hôtel-Dieu du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Yvette Jalbert est toutefois formelle : elle n’aurait pas survécu sans l’apport de chaque personne qui a croisé sa route à l’Hôtel-Dieu et à l’Hôpital Fleurimont, d’une façon ou d’une autre, « de la plus petite à la plus grande », insiste-t-elle. « Je veux remercier tout le personnel des deux hôpitaux. Si je suis vivante aujourd’hui, c’est grâce à chacun d’entre eux », affirme-t-elle.

Être hospitalisée sans avoir le droit de recevoir la visite de ses proches, c’est difficile. Mais c’est encore plus difficile de ne pas pouvoir quitter sa chambre, même pour une petite marche dans le couloir. Dans ce contexte, chacune des visites des membres du personnel dans sa chambre avait une importance encore plus grande qu’à l’habitude.

« Les gens sourient, on le voit sur leurs visages même s’ils ont des masques. Ils sont tous gentils. Quelqu’un qui rentre dans une chambre et qui nous parle sec, je vous dis que c’est dur pour le corps… Mais je n’ai pas vécu ça, jamais », insiste-t-elle.

État détérioré très rapidement

Yvette Jalbert ne se doutait pas le moins du monde de ce qui allait lui arriver le 20 mars dernier. Cette journée-là, la dame est même sortie faire des commissions, comme à son habitude. Le lendemain, son état de santé s’est vite dégradé. Elle s’est écroulée par terre chez elle. Amenée en ambulance à l’hôpital, on lui a diagnostiqué une pneumonie qui s’est rapidement aggravée.

« Au début, on ne savait pas si c’était la COVID-19, mais on me traitait comme si c’était le cas », dit la femme de 71 ans.

Puis son état s’est tellement détérioré que la dame a été transférée aux soins intensifs. Mme Jalbert ne se souvient plus de la suite.

« On a dû l’intuber pour lui permettre de respirer plus facilement. Elle a été maintenue endormie et sous respirateur pendant onze jours, ce qui est très long », souligne sa travailleuse sociale Stéphanie Bernard, qui travaille à l’unité de gériatrie de l’Hôtel-Dieu du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Yvette Jalbert a passé onze journées intubée aux soins intensifs de l’Hôtel-Dieu, ce qui est considéré comme fort long dans le monde médical.

Une fois qu’elle a été réveillée, les médecins ont vu que le coronavirus avait attaqué son cœur. « J’ai été transférée d’urgence en cardiologie à l’Hôpital Fleurimont et ils m’ont posé un pacemaker! » relate Mme Jalbert, visiblement encore étonnée par la série d’aventures qui lui sont arrivées.

Elle a par la suite été transférée à l’unité de gériatrie de l’Hôtel-Dieu où l’équipe en place avait pour défi de remettre la dame sur pieds en prévision d’un retour dans son appartement de sa résidence privée pour aînés… éventuellement.

« Elle est arrivée avec nous le 14 avril et elle quittera l’hôpital bientôt. C’est incroyable. C’est la première survivante de la COVID-19 que nous recevons dans notre unité et nous en sommes très fiers. Dix jours plus tard, on la voit revenir dans l’état de santé où elle était avant de tomber malade! Mme Jalbert est vraiment un exemple inspirant », insiste la travailleuse sociale Stéphanie Bernard.

Mme Jalbert avait hâte de retrouver son appartement, sa sœur avec qui elle vit, sa petite vie d’avant, quoi. Même s’il y aura des choses qui auront changé pendant son absence…

« Dans sa résidence actuellement, les gens mangent à la chambre. Les marches dans le couloir ne sont pas conseillées non plus… » souffle la travailleuse sociale.

« Ce n’est pas grave. Au moins je serai chez moi, avec ma sœur », répond Mme Jalbert avec détermination.

Au moment de sortir de l’unité de gériatrie, la survivante de la COVID-19 sera saluée par l’ensemble du personnel pour un au revoir chaleureux. On fera peut-être même des photos. « Ces photos, je les veux. Ces gens m’ont sauvé la vie », ajoute avec enthousiasme Yvette Jalbert.