Des conteneurs pour récupérer le verre à la source sont aujourd’hui en place dans plus de 130 municipalités au Québec, rapporte l’Opération Verre-vert, dont ici au parc Blanchard à Sherbrooke.
Des conteneurs pour récupérer le verre à la source sont aujourd’hui en place dans plus de 130 municipalités au Québec, rapporte l’Opération Verre-vert, dont ici au parc Blanchard à Sherbrooke.

Une menace aux dépôts volontaires de verre?

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Le projet de loi 65 sur l’élargissement de la consigne au Québec, qui est entré dans sa phase de consultations et d’auditions publiques mardi à l’Assemblée nationale, fait peser une menace sur les dépôts volontaires de verre qui sont aujourd’hui en place dans plus de 130 municipalités au Québec.

L’Opération Verre-Vert, qui milite depuis six ans pour sortir les bouteilles de vin et le verre alimentaire des bacs de récupération pêle-mêle, estime que le débat est bien mal engagé et craint une démobilisation des citoyens et des élus.

Son porte-parole, le Racinois Jean-Claude Thibault, s’inquiète en particulier d’une disposition de l’article 53 du projet de loi 65 qui laisse croire que les dépôts volontaires ne seront plus permis quand le système de consigne sera mis en œuvre par l’État.

M. Thibault en est d’autant plus outré que la commission parlementaire sur les enjeux du recyclage et de la valorisation locale du verre, qui s’était tenue en août 2019 et à laquelle l’OVV avait été entendue, avait émis comme première recommandation de penser à un système mixte de consigne et de dépôts volontaires.

« À cette commission parlementaire où il y avait 14 députés de tous les partis représentés, il y a eu unanimité sur ce point-là, rappelle M. Thibault. C’était la première recommandation de penser à des systèmes mixtes qui sont complémentaires, mais ce qu’on lit dans l’article 53.31.0.2 et ce qu’on comprend — et on ne nous a pas contredits là-dessus —, c’est que tous les systèmes autres que le système de consigne tel qu’il est prévu, c’est dommage, mais on met ça aux poubelles. » 

« C’est dramatique parce que le mouvement qui est parti [en Estrie] il y a six ans, qui s’est actualisé il y a un an et demi dans toute la MRC Val-Saint-François, est rendu à Sherbrooke maintenant et dans 10 MRC, ce qui représente 133 municipalités au Québec », dit-il. 

Dans la seule MRC du Val-Saint-François, ce sont 330 tonnes de verre qui ont ainsi été recueillies à la source en un an, alors que les experts avaient établi à 200 tonnes la cible à atteindre en un an pour en faire une expérience significative. 

« Les citoyens sont totalement enthousiastes et fiers de dire qu’ils font quelque chose qui améliore le système. Nous sauvons notre verre et nous sauvons nos matières recyclables. Laissez-moi vous dire qu’il va y avoir un phénomène de démobilisation et ça peut provoquer un cynisme effrayant, si le gouvernement rejette tout ça du revers de la main. Des milliers de citoyens, des centaines d’élus sont interpellés, je peux vous garantir que ça va faire mal si le gouvernement ne bouge pas. »

Depuis le début, l’Opération Verre-Vert défend le principe de collecter le verre à la source pour en augmenter la valeur sur le marché du recyclage, mais aussi celle des autres matières que le verre contamine en se brisant dans le bac de récupération.

En s’en tenant au seul système de consigne des bouteilles de vin et de boissons, il reste dans le bac de récupération tout le verre alimentaire, les pots de confiture et de marinades par exemple, qui continue de contaminer le papier, le carton et le plastique.

« Le principe, c’est de sortir le verre du bac de récupération pour qu’il arrête de dévaloriser toutes les autres matières recyclables, martèle M. Thibault. Je ne comprends pas que le législateur n’ait pas saisi cet objectif premier. On est vraiment déçu [du projet de loi], c’est comme si on revenait à zéro. »

Le porte-parole de l’Opération Verre-Vert souhaite que la bataille menée depuis cinq ans et la mobilisation citoyenne soient prises en compte et que des amendements soient apportés au projet de loi avant que la consigne soit appliquée mur-à-mur en 2022.

L’OVV a déposé son mémoire mardi à la Commission des transports et de l’environnement qui étudie le projet de loi 65. Contrairement à la commission parlementaire d’août 2019, elle n’a pas été invitée à le présenter en personne.

On peut suivre le débat sur le site de l’Assemblée nationale. Différents groupes sont à l’horaire jusqu’au mardi 27 octobre.