André Panneton (au centre) est une personne heureuse : à 96 ans, il habite dans un appartement collé à la maison de sa fille Lysanne Panneton et de son gendre André Jalbert. Ses petits-enfants Jonathan et Catherine Jalbert y vivent également, alors que Thomas Coutu, le conjoint de Catherine, participe aussi aux activités menées pour maintenir M. Panneton le plus actif possible.

Une maison bigénérationnelle: vieillir tout près des siens

Un aîné qui ne répond pas au téléphone parce que son combiné est mal raccroché mais qui crée toute une frayeur à ses proches; un aîné qui ne peut presque plus se lever tant il est affaibli par une pneumonie... Voilà des petits signes qui, lentement, s’accumulent et qui peuvent indiquer qu’un aîné ne sera peut-être bientôt plus en mesure de rester seul chez lui.

Et c’est ainsi qu’est née une idée folle dans la tête de Lysanne Panneton, de son conjoint et de leurs deux enfants en train de devenir grands : et si l’on construisait une maison bigénérationnelle pour vivre en étant très proche du père de Lysanne, qui a aujourd’hui 96 ans?

L’idée folle a porté ses fruits il y a huit ans. En peu de temps, une maison bigénérationnelle a vu le jour. Le concept : Lysanne, André et leurs enfants Catherine et Jonathan habitent dans la maison principale. Mais au lieu de faire construire un garage, ils ont plutôt fait construire un appartement adapté pour André Panneton, le père de Lysanne. « On partage la salle de lavage, le vestibule de la maison, sans oublier l’adresse de la maison et la boîte aux lettres. Mais pour le reste, tout est indépendant », explique André Jalbert.

« Mon grand-père peut cuisiner ce dont il a envie chez lui. Il peut écouter ce qu’il veut à la télévision. C’est important qu’il garde son autonomie », explique Jonathan Jalbert, son petit-fils.

Dans les faits, le grand-papa cuisine bien des repas, mais il partage aussi énormément de temps avec sa famille. On l’invite souvent à souper. Quand le Canadien joue, c’est chez lui que son petit-fils vient écouter les matchs. Le dimanche matin, il y a toujours un ou plusieurs membres de sa famille qui l’amènent déjeuner chez Pacini, son restaurant préféré. On va parfois aussi prendre une petite marche au Carrefour de l’Estrie ou dans le quartier.

Chez les Panneton-Jalbert, on est tissés serré.

André Panneton, lui, ne regrette en rien sa décision d’avoir quitté son condo pour se rapprocher de sa famille.

« Je ne peux pas demander mieux. Déménager ici a été un des bons coups que j’ai fait dans ma vie. Je suis avec des gens que j’aime. C’est merveilleux. Si je vivais tout seul dans une résidence pour gens âgés, je m’ennuierais vraiment beaucoup », clame celui qui fut l’un des premiers pédiatres à travailler en sol sherbrookois. Il a en effet soigné des milliers de petits Sherbrookois jusqu’au moment de sa retraite quand il a eu 70 ans.

Le Dr Panneton est demeuré complètement autonome jusqu’à l’automne passé quand il a perdu son permis de conduire à 95 ans.

Il avait alors peur de devenir un fardeau pour sa famille.

« Quand on était jeunes et que l’école appelait nos parents parce qu’on avait une gastro, mon grand-père venait nous chercher tout de suite et il s’occupait de nous. Il nous a fait beaucoup de transport aussi pour toutes nos activités, tout au long de notre vie. C’est normal que ce soit notre tour de pouvoir lui rendre service », soutient Jonathan, son petit-fils qui étudie actuellement à l’Université de Sherbrooke.

« Moi aussi j’étudie à l’Université. Donc avec nos horaires de cours, nos disponibilités varient et il y a toujours quelqu’un dans la famille disponible pour accompagner mon grand-père à ses rendez-vous, par exemple », dit Catherine.


«  Nous avons fait construire avant l’entrée en vigueur du nouveau règlement. »
André Jalbert

Depuis huit ans maintenant, cette famille soudée passe beaucoup de temps ensemble.

« C’est le meilleur des mondes. On se voit beaucoup, mon père profite de la piscine, il va dehors. C’est une décision qu’on ne regrettera jamais », souligne Lysanne Panneton en précisant que la maison a aussi été prévue en fonction de l’évolution des besoins de son père.

Des obstacles à aplanir

Avec le vieillissement de la population, l’apparition de maison bigénérationnelle serait grandement souhaitable pour garder les aînés à la maison le plus longtemps possible, pensent les Panneton-Jalbert.

Or construire une telle maison à Sherbrooke est plus compliqué que dans d’autres villes, déplorent-ils. Des familles se butent à des obstacles quand elles veulent construire ce qui s’appelle selon la réglementation un « logement complémentaire ».

« Nous, nous avons fait construire avant l’entrée en vigueur du nouveau règlement. Maintenant, c’est plus compliqué », soutient André Jalbert.

En fait, le maintien d’un lien intérieur entre le logement complémentaire et le logement principal de l’habitation est essentiel. En plus du vestibule, l’habitation unifamiliale isolée doit également partager au moins deux de ses espaces intérieurs avec le logement complémentaire. Le partage d’un vestibule et d’une salle de lavage, par exemple, ne suffit pas. Et c’est là que c’est compliqué pour de nombreuses familles.

« Si on partage la cuisine, alors c’est la famille dans l’habitation principale qui doit cuisiner. Pourtant le but, c’est que l’aîné puisse garder son autonomie », souligne-t-elle.

« La Ville devrait assouplir sa réglementation quand elle a une demande pour une maison incluant un logement complémentaire. Avec le vieillissement de la population et les enjeux que cela apporte, c’est triste de voir qu’on ne fait pas tout ce qui est nécessaire pour aider les gens à garder leurs parents ou leurs beaux-parents avec eux », soutient Lysanne Panneton.