Soumeya Djagkdjagk

Une lueur au bout du tunnel pour Soumeya Djagkdjagk

Le cas de l’Algérienne Soumeya Djagkdjagk qui se débat pour régulariser son statut au Canada alors qu’elle est en instance de divorce avec l’homme qui la parrainait à son arrivée à Sherbrooke, n’est pas unique.

Au Centre pour femmes immigrantes de Sherbrooke, on parle même d’un « fléau » présentement.

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« Il y a des lacunes dans la loi de l’immigration pour ces femmes-là, constate la directrice du Centre, Nathalie Araneda. Les hommes violents et manipulateurs le savent et vont souvent tarder à envoyer la demande de résidence permanente pour maintenir leur emprise. »

Il y a toutefois une lueur au bout du long tunnel dans lequel Mme Djagkdjagk est engagée, explique Mme Araneda. Car maintenant que la dame a déposé elle-même sa demande de considération pour motifs humanitaires, les lois du Québec vont s’appliquer.

« C’est beaucoup de paperasse, c’est beaucoup de frais pour elle, il y a plusieurs démarches à faire pour que les différents paliers de gouvernement sachent ce qui se passe dans son dossier, mais elle n’est plus menacée de déportation », assure Mme Araneda.

En attendant que l’Immigration rende sa décision, la mère de deux enfants de 9 ans et 18 mois arrivée à Sherbrooke en 2014 n’a pas le droit de travailler, mais peut recevoir des services de l’État, comme l’aide sociale, les soins de santé et les allocations parentales. Elle peut aussi réclamer une pension alimentaire pour elle et ses enfants.

Les démarches pour obtenir son statut de résidente permanente pourraient prendre 28 mois.

« Ce sont les délais qui prévalent à Immigration Canada et on n’a pas de contrôle là-dessus, dit le député fédéral Pierre-Luc Dusseault. Il y a eu des améliorations ces dernières années, mais c’est long. »



Les options ne sont pas nombreuses dans son cas.
Pierre-Luc Dusseault

Le bureau du député s’est penché sur le dossier de Mme Djagkdjagk.

« Les options ne sont pas nombreuses dans son cas, rapporte M. Dusseault. On va tout faire pour l’accompagner et tenter d’accélérer le dossier, mais on ne fait pas de miracles. Les députés n’ont pas le pouvoir discrétionnaire du ministre. »

Le bureau du député provincial Luc Fortin a également été saisi du dossier jeudi dernier. Son personnel fera le suivi pour les services qui relèvent de Québec.    

De son côté, Mme Djagkdjagk prépare une plainte contre l’avocat qui s’est occupé de la demande de parrainage. Elle estime qu’il réclame des honoraires exorbitants et qu’il l’a mal conseillée.

Elle s’est trouvé entre temps un autre avocat qui lui a été recommandé par le Service d’aide aux néo-Canadiens et reçoit également les conseils d’une intervenante au centre pour femmes violentées où elle s’était réfugiée avec ses deux enfants durant un moment.

Et elle espère que le ministère de l’Immigration traitera rapidement sa demande. « Si ça prend 28 mois pour avoir ma résidence permanente et que je reste sans revenus, je ne sais pas comment on va survivre. Ce ne sera pas possible », plaide-t-elle, en convenant néanmoins que l’horizon paraît aujourd’hui un peu moins sombre.

Touchés par son histoire publiée dans La Tribune de lundi, des gens sont d’ailleurs entrés en contact avec elle pour lui venir en aide.

« J’ai choisi le Canada pour être libre. Quand on voit votre pays à la télé, on en rêve de cette liberté. (...) Mais je ne suis pas responsable d’être tombée sur un homme violent qui a utilisé le parrainage pour garder le pouvoir sur moi », dit-elle. « Si l’Immigration n’arrête pas cet homme, il va faire d’autres victimes. »