Les membres de la Commission Laurent ont salué le courage de l’intervenante de la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec Nathalie Pépin de venir témoigner à visage découvert.
Les membres de la Commission Laurent ont salué le courage de l’intervenante de la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec Nathalie Pépin de venir témoigner à visage découvert.

Une intervenante à la DPJ MCQ témoigne à la Commission Laurent

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Nathalie Pépin, une intervenante à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Mauricie-Centre-du-Québec à Trois-Rivières, est venue témoigner mercredi matin à visage découvert, ce qui est plutôt rare dans le cadre de la Commission Laurent. Les membres de la Commission ont d’ailleurs salué son courage.

Mme Pépin a notamment décrié ses conditions de travail difficiles, nommant entre autres la lourde charge mentale des intervenants de la DPJ, la gestion des émotions qui est difficile face aux situations difficiles qu’ils vivent avec les familles, l’absence de reconnaissance de l’organisation du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, outre son supérieur immédiat, et toutes les questions reliées à la sécurité des employés de la DPJ.

À LIRE AUSSI: «Il faut avoir le courage d'investir dans la prévention»

Elle a raconté qu’un jour, un père a donné un violent coup de poing qui est passé tout près de son visage et qui a défoncé le mur derrière elle. « Sans la vigilance du chauffeur de taxi qui venait de me déposer, qui a vu ça et qui a appelé la police, je ne sais pas où je serais aujourd’hui », a lancé Mme Pépin.

« Les gens ne se rendent pas compte de la dangerosité de ce qu’on fait. Quand on sait qu’on a affaire à un parent violent, on peut se présenter à deux intervenantes et avec un agent d’intervention ou avec les policiers, mais les pires cas, ce sont ceux qui sont imprévisibles, et ça arrive, ça arrive trop souvent », a-t-elle déploré.


« L’été passé, j’ai dû placer une petite fille en famille d’accueil. »
Nathalie Pépin

Dans ce contexte, elle a aussi soulevé des difficultés rencontrées au quotidien. Par exemple quand elle va travailler, il y a un seul téléphone cellulaire fourni... pour une équipe de près de 20 personnes.

La demande aurait été faite à plusieurs reprises à l’employeur, mais toujours rien. Le fait que les employés ne puissent pas avoir un outil de travail comme un téléphone cellulaire en 2020 a d’ailleurs soulevé l’indignation de plusieurs membres de la Commission Laurent.

Mais pourquoi Nathalie Pépin fait-elle encore ce métier? C’est simple, dit-elle, c’est à cause de l’impact qu’elle peut avoir sur les enfants.

« L’été passé, j’ai dû placer une petite fille en famille d’accueil. J’avais passé beaucoup de temps à essayer de soutenir les parents pour la garder dans son milieu. Après, la petite fille m’a fait un dessin où c’était écrit : « Maintenant je souris et c’est grâce à toi » », a rapporté Mme Pépin.

+

Deux modèles uniques présentés

S’il y a des projets de pédiatrie sociale un peu partout au Québec, celui du CIUSSS de l’Estrie-CHUS est unique au Québec : il s’agit d’offrir de la pédiatrie sociale en milieu scolaire.

Les pédiatres Dr Francis Livernoche et Dre Geneviève Beaulieu du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont venus à la Commission Laurent présenter le modèle unique qu’ils ont développé à Sherbrooke.

Le projet a été applaudi par les commissaires. « C’est un projet qui ne coûte pas cher. Ce n’est pas un enjeu de financement, c’est une question de faire autrement », a soutenu Régine Laurent, la présidente de la Commission Laurent.

Le projet-pilote a vu le jour en 2012, en collaboration avec la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke. Au départ, il s’agissait d’une pédiatre qui allait passer une journée dans une école pour rencontrer les enfants là où ils passent le plus de temps dans une semaine.

Puis, le projet a fait des petits. Aujourd’hui, neuf pédiatres du CIUSSS de l’Estrie-CHUS font de la pédiatrie sociale dans cinq écoles primaires et dans une école secondaire de Sherbrooke — à travers le reste de leurs tâches bien entendu.

La commissaire Lise Lavallée a expliqué que ce modèle l’interpelle beaucoup. Dans un contexte où on manque de médecins, elle s’interrogeait toutefois à savoir si le projet était réalisable en raison des effectifs médicaux. « De toute façon, une large partie de nos demandes de consultations viennent du milieu scolaire, alors ce sont des enfants qu’il faudrait voir de toute façon », a indiqué la pédiatre Geneviève Beaulieu.

« Il y a beaucoup d’absentéisme à nos rendez-vous à l’hôpital, c’est compliqué pour les parents, ils n’ont pas toujours le goût... Mais s’ils vivent de l’autre côté de la rue, c’est plus facile pour eux », a ajouté le Dr Francis Livernoche.

Le modèle unique de la Villa Marie-Claire

En après-midi, le chef de service de la Villa Marie-Claire, Joe-Giuseppe Contarini, est venu témoigner à la Commission Laurent.

La Villa Marie-Claire est un centre d’hébergement et de réadaptation du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour les mères vivant de graves difficultés d’adaptation pendant la grossesse, après l’accouchement et dans la petite enfance de leurs bambins. Les mères viennent y chercher du soutien et de la formation sur leurs compétences parentales et subissent une évaluation de leurs capacités parentales de six semaines.

« Quand on se questionne sur la sécurité des enfants et qu’on a pas de milieu d’hébergement comme le nôtre, souvent ce qu’on fait, c’est qu’on retire l’enfant et qu’on le met dans un milieu substitut (NDLR : comme une famille d’accueil). Nous ce qu’on offre, c’est que l’enfant puisse rester avec son parent dans un milieu sécurisant. Et quand la mère et l’enfant arrivent, il faut croire au potentiel parental du parent et non pas présenter l’évaluation comme une dernière chance », indique M. Contarini.

La Villa héberge une quarantaine de mères par année. De ce nombre, entre 10 et 13 réussissent l’évaluation de leurs compétences parentales et peuvent retourner à la maison avec leur enfant et du soutien à l’externe.

Il y a une vingtaine d’années, il y avait cinq maisons de ce type au Québec. Il n’en reste plus que deux aujourd’hui. « Les services peuvent se donner ailleurs, mais autrement », a nuancé M. Contarini.

Les commissaires ont été très intéressés par ce type de service dont ils entendaient parler pour la première fois depuis le début des audiences publiques. « En offrant ce service d’hébergement, on évite des déplacements d’enfants, et je suis très sensible à ça », a soutenu Régine Laurent, la présidente de la Commission. Marie-Christine Bouchard