Un joueur de hockey qui s'est fracturé une jambe sur la glace de l'Université Bishop's a dû patienter près d'une heure jeudi soir pour pouvoir monter dans une ambulance.

Une heure de souffrance en attendant l'ambulance

Un hockeyeur qui s'est fracturé une jambe au cours d'une partie amicale à l'aréna de l'Université Bishop's a dû patienter pendant près d'une heure avant l'arrivée d'une ambulance jeudi soir.
Il était près de 22 h 20 jeudi soir lorsque le joueur, qui préfère ne pas être identifié, est entré en collision avec un autre joueur. Il s'est écroulé sur la glace et s'est mis à crier.
Un de ses camarades de jeu, qui travaille comme pompier et premier répondant à Montréal, a aussitôt sauté sur la glace pour aller porter secours au blessé. La situation du hockeyeur évoquait la célèbre fracture désaxée de Moises Alou des Expos de Montréal en 1993.
« J'ai tout de suite vu que sa jambe était déformée. J'ai demandé que quelqu'un appelle le 9-1-1 et je l'ai immobilisé, comme le veut la procédure », explique Guy Hamel.
Un premier appel au 9-1-1 a été logé par un des joueurs à 22 h 22.
En moins d'une minute, l'appel a été transféré au Centre de communication santé Estrie comme c'est la procédure de le faire lorsqu'il s'agit d'un appel d'ordre médical.
« L'appel est entré comme une douleur à une extrémité et a été codé 4 sur une échelle de 0 à 7 », soutient Jean-François Pellerin, directeur des opérations chez Ambulance de l'Estrie.
Pendant ce temps, un agent de sécurité de l'Université Bishop's est venu à la rescousse avec une trousse de premiers soins. De l'oxygène a pu être administré au blessé qui continuait de se tordre de douleur. « Dans notre échelle d'évaluation de la douleur, il était à 10 sur 10 », mentionne Guy Hamel.
L'ambulance ne se pointant pas, un autre appel a été logé au 9-1-1. Puis un autre. Au total, les joueurs de hockey sur la patinoire ont téléphoné à sept reprises pour manifester leur inquiétude et leur impatience.
« Le joueur blessé était couché directement sur la glace. Comme on croyait que l'ambulance arriverait rapidement, on ne voulait pas le bouger parce qu'on ne connaissait pas l'étendue de ses blessures. Dans les procédures, quand on est face à une telle blessure, ce sont ceux qui vont transporter le blessé qui doivent prendre la décision de le déplacer », ajoute Guy Hamel.
Vers 22 h 54, soit 30 minutes après l'appel initial, la priorité de l'appel a été modifiée pour devenir une priorité 3. Une ambulance a alors été dépêchée sur les lieux.
À 23 h 10, les secouristes arrivaient enfin à destination.
En tout, le joueur aura donc passé près de 50 minutes sur la glace avant d'être pris en charge par les ambulanciers. La chaleur de son corps a littéralement fait fondre la glace sur près de trois centimètres d'épaisseur.
« Inacceptable »
« Attendre une ambulance aussi longtemps pour un cas comme celui-là, non, ça n'arrive jamais! C'est inacceptable », soutient le pompier Guy Hamel.
« Sa blessure était grave même si son état était stable, d'autant plus qu'il était immobilisé sur la glace. Les risques que son état se détériore étaient importants », lance-t-il.
Que s'est-il passé alors pour que le délai d'intervention soit si long et que l'appel soit classé priorité 4 seulement pendant plus de 30 minutes?
Au Centre d'urgence 9-1-1 de la Ville de Sherbrooke, on est bien peu loquaces sur la question. « Le protocole a bien été suivi », assure Philippe Dubois, porte-parole du Service de police de Sherbrooke.
C'est le Centre de communication santé Estrie qui gère les appels à saveur médicale qui lui sont transférés du Centre d'urgence 9-1-1 et qui a la tâche de répartir les ambulances sur le territoire.
« Dans nos protocoles, une fracture de la jambe n'est pas une priorité, car ça ne met pas la vie du patient en danger. C'est cruel, mais la douleur n'est pas prise en compte lors des évaluations. Les fractures ouvertes ou qui saignent sont prioritaires, mais pas les fractures désaxées. Ça fait très mal, mais on n'en meurt pas », explique Luc Lapointe, directeur des opérations au Centre de communication santé Estrie.
Et le fait que le blessé ait été couché sur la patinoire, augmentant ainsi son risque d'hypothermie? « La pratique d'un sport d'hiver ne fait pas partie des dérogations, car on prend en compte que les gens sont habillés en conséquence », ajoute M. Lapointe.
« Nous avons changé son niveau de priorité quand, lors d'un des appels suivants, on nous a signalé que le patient avait de la difficulté à respirer, probablement à cause de son grand niveau de douleur », ajoute Luc Lapointe.
Vendredi soir, le joueur de hockey était stable à l'hôpital. Il sera opéré samedi pour qu'on pose des vis pour stabiliser sa jambe.
Des délais de réponse plus longs à cause des débordements aux urgences
Les salles d'urgence de la région sont extrêmement achalandées depuis une dizaine de jours. Cette situation a même des répercussions sur les temps de réponse des ambulanciers aux appels d'urgence.
En effet, depuis six jours, il n'est pas rare qu'il y ait des rétentions d'ambulances dans les salles d'urgence, c'est-à-dire que les ambulanciers ne peuvent pas transférer leurs patients et doivent attendre que le centre hospitalier les prenne en charge avant de pouvoir quitter.
« Il y a eu plusieurs fois des rétentions d'une heure et jusqu'à une heure et demie », déplore Luc Lapointe, directeur des opérations au Centre de communication santé Estrie.
Lors de l'incident survenu jeudi soir à l'Université Bishop's, les cinq ambulances sur le chevauchement de soir et de nuit étaient toutes occupées. Il a fallu attendre qu'un véhicule soit libéré de l'Hôtel-Dieu pour pouvoir l'envoyer à l'aréna sur un appel qui était devenu une priorité 3.
Et que serait-il arrivé si un appel priorité 0 (arrêt cardiorespiratoire) était entré alors que toutes les ambulances étaient occupées?
« Le délai de réponse aurait pu être plus long que les huit minutes que l'on vise en milieu urbain pour les priorités sévères », ajoute-t-il.
Les hôpitaux ont aussi connu des détournements d'ambulance, c'est-à-dire que les nouveaux patients n'étaient pas admis à l'urgence, le temps que les salles d'urgence puissent être libérées. « C'est une situation assez fréquente à l'Hôtel-Dieu et à Fleurimont, mais moins souvent à l'hôpital de Magog », ajoute Luc Lapointe.