L’abattoir de Canards du Lac Brome, situé à Asbestos, a mis sur pied un service de garde temporaire sur les lieux de travail pour permettre à ses employés de continuer d’occuper leur poste pendant la fermeture des écoles et des CPE.
L’abattoir de Canards du Lac Brome, situé à Asbestos, a mis sur pied un service de garde temporaire sur les lieux de travail pour permettre à ses employés de continuer d’occuper leur poste pendant la fermeture des écoles et des CPE.

Une garderie improvisée sous le toit d’un abattoir

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Certaines pratiques de gardiennage suscitent des interrogations en Estrie, alors que la population doit composer avec une situation hors du commun en ces temps de pandémie. Après l’indignation de citoyens devant des offres de service de gardiennage en ligne, d’autres ont porté à l’attention de La Tribune l’instauration d’un service de garde entre les murs de l’installation de Canards du Lac Brome, à Asbestos.

Si des services de garde d’urgence ont été mis en place cette semaine pour les enfants des travailleurs du réseau de la santé et d’autres services essentiels, d’autres parents doivent faire preuve de créativité pour continuer à se rendre au travail. 

Le président de Carnards du Lac Brome, Claude Trottier, confirme qu’un service de garde temporaire, qui reçoit de 7 à 10 enfants chaque jour, a été mis sur pied pour accorder le temps nécessaire aux employés de se réorganiser à la suite de la fermeture des écoles et des garderies. 

« En plus de mettre tous les efforts pour assurer la santé et sécurité de tous, la continuité des opérations est devenue un enjeu important, explique-t-il à La Tribune par voie écrite. Notre entreprise est responsable de centaines d’employés tout au long de la chaîne d’approvisionnement et nous mettons tous les bouchées doubles en cette période de turbulence pour répondre à nos engagements commerciaux et livrer nos produits aux épiceries et aux consommateurs. »

Mesures d’hygiène « exceptionnelles »

Interrogée jeudi, la direction de la santé publique de l’Estrie a pour sa part affirmé que cette pratique allait à l’encontre des recommandations du gouvernement provincial. 

M. Trottier assure de son côté que des mesures d’hygiène « exceptionnelles » sont déployées pour répondre à toutes les consignes. « Par exemple, l’entrée vers le centre temporaire de garde est différente de celle utilisée par les employés de l’usine de transformation alimentaire; le centre temporaire de garde a sa propre section, avec services, sans accès directs à l’usine », écrit-il.

Les parents seraient également interrogés tous les matins à l’arrivée, et les lieux ainsi que le matériel sont désinfectés plusieurs fois par jour, avance le président, qui rémunère une employée ainsi que la fille d’une employée, âgée de 17 ans, pour s’occuper des enfants.   

« Nous avons des professionnels qualifiés et formés qui supervisent les enfants. Les installations ont été adaptées pour répondre aux besoins », dit-il, affirmant avoir reçu la visite d’une inspectrice-enquêteuse du ministère de la Famille pour une inspection des lieux et des mesures mises en place.  

Cette nouvelle survient alors que, jeudi, le premier ministre François Legault déconseillait même l’organisation de soupers à 7 ou 8 personnes, et qu’il dévoilait vendredi la possibilité que la fermeture des écoles et CPE soit prolongée.

Directive du ministère

Le ministère de la Famille a confirmé le passage d’une inspectrice-enquêtrice, qui a conclu jeudi que l’entreprise ne contrevenait pas à la Loi, notamment parce que les lieux ne représentent pas de risques pour la santé et la sécurité des enfants, et qu’aucune contribution parentale n’est exigée. « Toutefois, nous avons référé le propriétaire aux recommandations du Directeur de la Santé publique à l’effet d’éviter les regroupements », précise le Ministère. 

Le Ministère a également souhaité réitérer une directive inscrite sur son site web. 

« Le Québec fait face à une situation exceptionnelle et tous les Québécois se doivent d’être solidaires. La famille, les amis, les voisins ou les jeunes en congé peuvent très bien garder des enfants à la maison. Cela s’est toujours fait et il n’est évidemment pas envisagé de l’interdire. Toutefois, les directives émises par la Santé publique doivent s’appliquer. Il est demandé à la population de faire preuve de jugement, de civisme et de générosité pour faire ce gardiennage d’entraide. Ainsi, l’objectif n’est pas de recréer le modèle de service de garde éducatif à l’enfance en milieu familial », indique-t-on dans une section spécialement dédiée à la pandémie. 

Joint à ce sujet jeudi, le maire d’Asbestos Hugues Grimard ignorait la tenue d’une telle activité. « Il y a des règles en place et je pense que l’ensemble des règles doivent être suivies », a-t-il exprimé.