Mercredi matin, un peu moins du quart de l’Hôtel Wellington s’était écroulé.
Mercredi matin, un peu moins du quart de l’Hôtel Wellington s’était écroulé.

Une figure du «nightlife» sherbrookois s’écroule [PHOTOS ET VIDÉO]

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
La démolition de l’Hôtel Wellington, qui fait partie du paysage sherbrookois depuis 1928, s’est amorcée mercredi matin. Plusieurs dizaines de curieux regardaient cette partie de l’histoire tomber brique par brique, le visage empreint de nostalgie.

C’est donc une figure du nightlife sherbrookois qui s’écroule. Les bars Le Flamingo, Le Coude et Studio Sex, entre autres, resteront gravés longtemps dans la mémoire collective.

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« Je suis sorti souvent ici, raconte Gaétan Labrecque, en regardant la machinerie qui défonçait la façade. J’en ai passé des heures ici. C’était beau, le Flamingo. Il y avait de beaux sièges rouges, c’était invitant. Il fallait être chic pour entrer. Dans les années 1970, il y avait un décorum. C’est ce qu’on aimait. Ça enlevait une certaine clientèle, nous étions très à l’aise là-dedans. »

M. Labrecque dit avoir fait beaucoup de folleries dans ce lieu mythique dans sa jeunesse. « Quand les gars allaient aux toilettes, on accrochait le bout du rouleau de papier de toilette à leur ceinture. Quand le gars avait fini, il ne s’en rendait pas compte et il y avait des pieds et des pieds de papier de toilette qui le suivait. Ça fonctionnait une fois sur trois! » se souvient l’homme, riant copieusement en racontant son anecdote.  

Cependant, l’homme est visiblement touché par la démolition de ce bâtiment. « J’espère juste qu’à la fin de la journée, je pourrai me ramasser une petite brique pour mettre dans mon salon et revivre ces moments. Il y a un peu de moi-même qui s’en va. [...] Mon cœur braille », affirme M. Labrecque, les larmes aux yeux. 

Pierre Dumoulin, un autre Sherbrookois, a aussi passé plusieurs soirées à l’intérieur de ces murs de brique. « Il y avait des orchestres. C’était une belle place, un lieu de rassemblement. Les jeunes couples aimaient y aller. Il y a eu des mariages », décrit-il, ajoutant que de voir l’hôtel se faire démolir lui « fait quelque chose ».

Lors du vide-grenier de l’établissement organisé en octobre 2017, M. Dumoulin est allé acheter quelques articles. « J’ai acquis des coupes à vin, un menu, un cendrier, un radio-réveil, quelques articles qui rappellent des souvenirs », énumère l’homme.

Revitalisation

Gaétan Labrecque espère que les architectes des nouveaux bâtiments de la rue Wellington Sud feront un clin d’œil au passé. « J’espère qu’ils vont remettre les gargouilles qu’on a toujours vues quelque part dans l’architecture », mentionne-t-il, ajoutant qu’il était pour la démolition du vieux bâtiment. Il dit cependant avoir une crainte que le style des nouveaux bâtiments jure avec les bâtisses adjacentes. 

« J’étais pour la démolition, avoue pour sa part Pierre Dumoulin. Ça nettoie la rue. Il y avait de vieilles bâtisses et ce n’était pas toujours propre. L’hôtel louait encore des chambres, mais ce n’était plus considéré comme un hôtel potable. Il y avait trop d’argent à mettre en rénovation. »

« On en avait de besoin », poursuit-il, optimiste quant à l’avenir de son centre-ville. 

L'Hôtel Wellington et le bar le Flamingo ont déjà connu de belles années.

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Documentaire

Marie-Claude Paradis-Vigneault, qui réalise un court métrage documentaire portant sur l’Hôtel Wellington, était bien attentive aux abords de la clôture délimitant la zone de destruction de l’établissement. « Le titre provisoire est La Démolition. On est venus pour filmer les premiers coups de pelles dans l’hôtel, et j’avoue que je suis assez étonnée. C’est impressionnant », décrit-elle.

« C’est un pan de l’histoire qui tombe par terre, brique par brique, image Mme Paradis-Vigneault. Je ne sais pas si les gens de Sherbrooke réalisent à quel point ce sera un choc lorsque tout ça sera par terre et qu’il y aura un gros trou sur la rue Wellington Sud durant un certain temps. Je dirais aussi que c’est un film qui porte sur le deuil. »

Marie-Claude Paradis-Vigneault a eu l’occasion de visiter l’hôtel à la fin de ses activités. « C’était lors du vide-grenier. Je ne savais pas que j’allais faire un documentaire. L’hôtel avait mal vieilli, c’étaient de vieux tapis, un mélange des années 1970, 1980 et 1990, mal agencé. Il avait une odeur de vieux tapis mouillés. Mais quand je faisais des entrevues avec les gens, les personnes de 70 ans et plus se rappelaient des années glorieuses. Il y avait un clash entre la nostalgie que ce lieu a déjà été et le choc de la réalité brutale du présent, d’un hôtel qui a été laissé à l’abandon et qui finalement, va être démoli, faute d’amour au cours des dernières décennies », résume celle qui aimerait annoncer la sortie de son film d’ici 2021. Tommy Brochu