Daniel Larouche et son fils Jérémie
Daniel Larouche et son fils Jérémie

Une fête des pères spéciale pour Jérémie

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
Dimanche sera une journée bien spéciale pour Jérémie. Pour la première fois de sa vie, officiellement, le grand jeune homme de 15 ans pourra souhaiter bonne fête des Pères à son papa Daniel.

C’était l’an dernier. Daniel est déjà bien présent dans la vie de Jérémie, mais ce dernier voulait lui faire un cadeau de fête bien spécial, pour ses 50 ans.

Jérémie avait alors 14 ans. Mais déjà, il savait ce qu’il voulait. Il voulait que Daniel devienne son papa. Pour la vie. 

Il a donc rassemblé tout le courage qu’un garçon de son âge peut avoir, et il a écrit son souhait dans une carte faite à la main, pile-poil pour l’anniversaire de Daniel, le 24 juillet de l’an dernier. Jérémie s’est trouvé un papa.

Un grand moment de bonheur pour le jeune homme et pour Daniel, mais aussi pour sa maman Mélanie. L’adoption a été confirmée le 8 mars dernier. Récit d’une histoire d’amour père-fils.

Pas de souvenirs

Jérémie n’a jamais connu son père biologique. Il n’a jamais été présent.

« La première année, il était à la maison les fins de semaine; le reste du temps, il était à Montréal. On s’est séparés, et par la suite, il n’a jamais donné signe de vie; il n’a jamais fait acte de présence. Je n’ai jamais eu affaire avec lui, sauf pour la pension alimentaire, et c’était très compliqué. Alors j’ai abandonné et j’ai décidé de vivre seule avec Jérémie, et de me débrouiller », s’est remémoré Mélanie.

« Ça a été un gros stress, au début. Tu as la charge de tout gérer, tu veux le bien-être de ton enfant. On n’a pas des enfants pour les élever seuls. Ce fut tout un défi! Jérémie aimait beaucoup bouger, alors je l’inscrivais dans toutes les activités possibles, qui lui permettaient de rencontrer d’autres enfants de son âge. »

« J’ai habité un an chez mes parents pour me remettre sur pied et apprendre à voler de mes propres ailes, jusqu’à la rentrée scolaire de Jérémie. »

Pour ce dernier, ne pas avoir de père présent était « normal », se rappelle-t-il. La situation était comme ça, sans plus.

« Non, je ne me rappelle pas m’être posé la question, où était mon père, par exemple. Ce n’était pas un besoin, mettons. Mes amis avaient un papa, je n’en avais pas, c’était aussi simple que ça », a précisé Jérémie.

« Et honnêtement, il ne m’a jamais demandé de détails non plus », a poursuivi Mélanie.

À la maternelle, Jérémie fait la connaissance de Nathaël. Rapidement, les deux garçons deviennent inséparables et les meilleurs amis du monde.

C’est par l’entremise de cette amitié que Mélanie et Daniel se sont rencontrés.

« Comme j’étais seule, j’invitais souvent des amis de Jérémie à la maison. Jérémie me parlait toujours de Nathaël, alors j’ai proposé qu’on arrange quelque chose pour qu’ils jouent ensemble. J’ai croisé Daniel dans le vestiaire de l’école, je lui ai parlé de ça, on a échangé nos numéros. Je suis allée porter Jérémie chez Daniel et, finalement, je suis restée dans le cadre de porte pendant deux heures! Les enfants s’amusaient dans la maison, nous on n’entendait rien! », a rigolé Mélanie.

« J’avais mis une croix un peu sur l’amour. Je venais de sortir d’une relation, depuis un an, et ça a créé beaucoup de peine à Jérémie. Ça l’a déchiré. La première chose qu’il m’a dite, c’est : je n’aurai plus de papa! Alors je m’étais dit plus jamais, tant que Jérémie ne sera pas majeur! »

« Mais en parlant avec Daniel, j’ai vite constaté que nos vies se ressemblaient, comme si on avait vécu la même vie en parallèle. C’était incroyable. Je suis sortie de là ébranlée, je ne m’attendais pas à ça. J’ai été vraiment touchée de voir comment il était. Je suis revenue chez moi et je pensais juste à ça. Je crois qu’il a senti les mêmes choses que moi! »

Daniel et Mélanie se sont revus la semaine suivante, toujours avec les garçons. Et pendant que ces derniers s’amusaient, une relation solide s’établissait entre les deux parents, et les bases d’une relation père-fils durable prenaient également forme. Tranquillement.

Le couple prend alors la décision de demeurer sous le même toit. Mélanie avec Jérémie, Daniel avec ses fils Nathaël et Nicolas. Un mariage est venu sceller leur union, il y a quelques années. Et la naissance d’Alexandre est venue unifier et consolider cette désormais grande famille.

À la maison, il y a eu une période d’adaptation à traverser, confirme Jérémie.

« J’avais un peu de misère avec les marques d’affection, les câlins, je m’en rappelle. Quand on me raconte ça, maintenant, c’est plutôt drôle, mais il a fallu que je m’habitue. »

« Peut-être qu’il était habité par la peur de l’abandon, peut-être qu’il ne voulait pas s’attacher », a poursuivi Mélanie.

L’an dernier, Jérémie a voulu rendre les choses officielles. Et il a pris les moyens pour le faire.

« Je voyais des vidéos sur Internet qui montraient des enfants qui faisaient des demandes d’adoption à leur père, ou leur mère. Alors j’ai décidé de faire pareil. Je me suis dit que je pourrais lui demander officiellement d’être mon père, lors de sa fête, même si dans les faits c’est déjà comme ça. J’étais sûr qu’il serait super content, alors je l’ai fait », s’est rappelé Jérémie.

« J’ai écrit une lettre lui demandant d’être mon père. Je lui ai dit qu’il s’occupait super bien de moi, comme si j’étais son vrai fils, et que j’aimerais beaucoup être son fils, que ça devienne officiel, car j’aimais beaucoup la relation qu’on avait lui et moi. »

Mélanie a été consultée, bien sûr, mais la démarche venait entièrement de Jérémie.

« C’était vraiment une belle lettre. Quand Jérémie l’a remise à Daniel, je n’étais pas là. Ils ont vécu leur moment ensemble. Dan m’a appelé tout de suite après, il était tout ému, c’était beau vraiment », a dit Mélanie.

La procédure d’adoption a été officialisée le 8 mars dernier, au Palais de justice de Sherbrooke.

« Les procédures ont été longues. Il fallait également retracer le père biologique de Jérémie. Et il a autorisé la demande d’adoption », a continué Mélanie.

Jérémie a bien sûr été impliqué de près dans le processus. « C’était l’fun, vraiment. Pour moi, ce n’était qu’une étape à franchir. Je ne voyais pas ça si gros puisque pour moi, Daniel est mon père depuis longtemps. 

Voici la lettre que Jérémie a rédigé pour Daniel.

Le hockey, un ciment

Jérémie jouait au hockey avec les Harfangs de Sherbrooke bantam AAA, l’an passé. Défenseur de 6’2’’ et 170 livres à seulement 15 ans, il tentera de se tailler une place chez les Cantonniers de Magog, une fois que la pandémie de la COVID-19 se sera estompée.

Cette passion pour le hockey a rapidement uni la famille.

« C’est Daniel qui a acheté les premiers patins à Jérémie. Je crois qu’il s’est vu, un peu, en lui. Il disait souvent Jérémie a du talent, comme j’en avais, mais je n’ai pas eu les opportunités », a dit Mélanie.

Chaque hiver, Daniel construit une imposante patinoire derrière la maison familiale.

Jérémie, mais aussi Nathaël et Nicolas, et surtout le petit dernier Alexandre, y passent des heures.

« Dan m’a pas mal tout appris, il a toujours été là pour m’encourager et je crois qu’il avait du fun à faire ça. Ça m’a beaucoup aidé dans ma progression. Et c’est toujours le fun quand il vient me voir jouer », a précisé Jérémie.

Et tout le monde se déplace lorsqu’il y a match.

Don de soi

« On a une belle famille. Le mien, les siens, le nôtre! Daniel possède un don de soi incroyable, il a une présence totale, il est très à l’écoute. Et il amène beaucoup de rigueur avec les enfants, ce qui n’est pas ma force. Chacun nos forces. Le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à lui c’est générosité », a dit Mélanie à propos de son amoureux.

« Il est très présent et attentionné, il veut tout faire pour nous, tout en faisant de la discipline... », a rigolé Jérémie.

Ce dernier aimerait un jour être repêché dans la LHJMQ et qui sait, peut-être jouer dans la LNH. Et plusieurs observateurs s’entendent pour dire qu’il a tous les atouts pour faire un bon bout de chemin dans le hockey.

Chose certaine, si son rêve se réalise, il aura à ses côtés son meilleur allié. Son papa Daniel.

Daniel et Mélanie, le 8 mars dernier, lors de l’officialisation de l’adopation de Jérémie. Ils sont accompagnés de Nathaël, Jérémie, Alexandre et Nicolas.