Fatima Battassa et Willette McLean terminaient les préparatifs dimanche soir en vue d'accueillir la famille Barbar dans leur nouveau logement lundi. C'était notamment l'heure de remplir le réfrigérateur.

Une famille irakienne chaleureusement attendue à Shebrooke

« Are you excited? Have you said goodbye to your friends? »
Paul McLean était tout souriant lors de son appel vidéo avec Rayed Barbar dimanche. On sentait d'ailleurs une grande fébrilité à l'autre bout de la ligne. Sur une horloge, l'Irakien montrait du bout du doigt les chiffres 3 et 7 pendant que son épouse et ses filles bougeaient autour de lui. À la fin de l'appel, on pouvait entendre l'homme répéter « thank you, thank you! » alors que M. McLean lui faisait un signe de pouce en l'air.
C'est qu'après plus de deux ans d'attente, la famille Barbar entreprenait enfin son dernier voyage : celui qui l'amènera au Canada.
« Ils quittent leur loyer dans 20 minutes pour l'aéroport. Ils décollent de la Jordanie à 3 h 20 cette nuit et arrivent à Montréal à 7 h 30 demain [lundi] matin », explique M. McLean, patriarche de cette famille de Lennoxville qui a décidé de parrainer la famille Barbar avec l'église Hope Community Church.
La famille Barbar, composée de Rayed, sa femme Juliette et leurs deux jeunes filles, vivait à Karakoch au nord de l'Irak lorsqu'ils ont dû quitter leur maison en catastrophe, le 6 août 2014. Ce jour-là, des combattants du groupe armé État islamique ont profité du départ des forces armées irakiennes pour cibler et massacrer les minorités syriaque et catholique.
Comme plusieurs de leurs compatriotes, les Barbar ont alors dû trouver refuge au Kurdistan, avant de s'établir en Jordanie où ils ont obtenu le statut de réfugiés.
« Ça fait deux ans qu'ils sont là. Les fillettes ne sortent pratiquement jamais de leur loyer, elles ne vont pas à l'école. La mère non plus ne sort pas beaucoup et Rayed ne travaille pas alors qu'il s'agit d'un homme d'affaires habitué de travailler », souligne M. McLean.
La liberté dont ils jouiront tous ici sera donc un immense changement pour cette jeune famille.
« Aller au parc avec les filles et arrêter à l'épicerie en passant, ce sera nouveau pour Juliette. Aller où elle veut, habillée comme elle veut, ce sera nouveau », poursuit le résident de Lennoxville.
Un nouveau foyer
Lundi, les Barbar poseront leurs petites valises dans l'entrée de leur tout nouvel appartement. Chaque pièce a été soigneusement meublée grâce à des dons, les murs sont décorés de photos de la famille Barbar, le réfrigérateur est plein et les lits des fillettes sont garnis de peluches; tout a été pensé pour que tous les membres de la famille de réfugiés se sentent « à la maison ».
« On a demandé aux gens de nous donner des objets, des meubles. Mais pas de nous donner ce qu'eux ne voulaient plus, mais ce qu'ils auraient eux-mêmes dans leur maison. Il faut comprendre que ce que nous avons mis dans leur appartement, c'est tout ce qu'ils ont : c'est sur cela qu'ils se rebâtissent une vie », explique M. Mclean.
Dans les prochaines journées et semaines, les huit membres de la famille lennoxvilloise ainsi que d'autres paroissiens de l'église communautaire Hope seront présents pour aider la famille Barbar à apprivoiser sa nouvelle vie.
« Nous allons leur montrer Lennoxville, leur montrer où sont les épiceries. Nous allons également leur montrer quel est le prix à payer pour la nourriture. Nous allons également nous occuper de la paperasse pour les fillettes pour l'école », énumère l'homme d'affaires sherbrookois qui devait d'ailleurs s'occuper de la téléphonie pour les nouveaux arrivants.
Dans qu'il se sentira prêt, Rayed pourra commencer un emploi à l'église. Juliette devrait quant à elle entreprendre des cours de francisation en septembre.
« Ce que je souhaite, c'est qu'ils se sentent accueillis. Par nous, par l'église, par la communauté de Lennoxville et de Sherbrooke. Ils méritent d'être acceptés et intégrés comme n'importe quelle famille normale. »
Chose certaine, la famille Barbar aura le plus bel accueil demain matin à l'aéroport alors que la famille McLean ainsi que d'autres paroissiens seront présents avec des peluches, des cadeaux, mais surtout les sourires les plus lumineux.
« Ça fait deux ans et demi qu'on attend ça », résume M. McLean.