Pour Lise, Carmen, Julie Duval, le don d’organes revêt une importance capitale. Carmen et Lise ont reçu des greffes de rein alors que Julie est en attente du même organe.

Une famille greffée serrée

TROIS-RIVIÈRES — Tout le monde s’entend pour dire que la maladie d’une personne constitue une difficile épreuve pour l’ensemble des membres de sa famille. Imaginez ce que ça peut être lorsque trois sœurs se retrouvent affligées par une maladie grave, et ce, en moins d’une vingtaine d’années.

C’est ce que vit l’entourage de Carmen, Lise et Julie Dorval, trois sœurs d’une famille trifluvienne qui ont vu leur santé et leur qualité de vie se détériorer drastiquement lorsque leurs reins ont arrêté de fonctionner correctement. Mais grâce au don d’organes, Lise et Carmen ont pu bénéficier d’une greffe de rein, ce qui leur permet de continuer à mener une vie quasi normale. Devant s’astreindre à des traitements d’hémodialyse plusieurs fois par semaine depuis maintenant trois ans, leur jeune sœur Julie espère de tout cœur recevoir elle aussi l’appel tant attendu. C’est pour sensibiliser la population à l’importance de signer sa carte de don d’organes que les trois femmes ont accepté de se confier au Nouvelliste en vue de la Semaine nationale du don d’organes et de tissus, qui se tient jusqu’au 28 avril.

«Si ce n’était pas du don d’organes, notre famille serait complètement décimée», lance spontanément Lise. Elle ajoute que ses sœurs et elle ne sont pas les seules à en avoir profité. Elles ont des oncles et des cousins qui ont également dû subir des traitements d’hémodialyse et qui ont eu des greffes de rein. Des membres de la famille du conjoint de Lise ont également eu des greffes d’organe, dont un qui a reçu un poumon.

Même si la vie ne leur a pas fait de cadeaux, les trois femmes ne se laissent pas abattre. Au contraire, elles mordent dans la vie à pleines dents et tentent toujours de voir le verre à moitié plein. Même Julie, qui est toujours en attente d’un nouveau rein, trouve toujours le bon mot pour taquiner ses deux sœurs. Et lorsque le moral est moins là, elles savent qu’elles peuvent compter les unes sur les autres afin de surmonter les épreuves auxquelles elles font face.

«Quand nous devons aller à nos rendez-vous, que ce soit à Québec ou à Montréal, on s’accompagne toujours, beau temps mauvais temps. Il y a des fois où on partait dans la grosse tempête de neige et que l’on ne voyait ni ciel ni terre. [...] Une de nos autres sœurs [la famille compte cinq sœurs et deux frères] avait entrepris le processus pour savoir si elle pouvait être une donneuse compatible avec moi, mais ils ont trouvé un rein [d’origine] cadavérique avant», poursuit Lise, sous le regard approbateur et complice des deux autres.

Alors que ses deux sœurs racontent comment elles ont été libérées d’un lourd poids lorsqu’ils ont obtenu leur nouveau rein, Julie ne peut s’empêcher de dire à quel point les traitements d’hémodialyse qu’elle reçoit les lundis, mercredis et vendredis – et qui amputent sa journée d’environ quatre heures à chaque fois – lui causent des maux de tête, autant au sens propre que figuré, et la fatiguent grandement.

«Je suis une nouvelle grand-mère et je ne peux pas en profiter [de ses petits-enfants]. Je sais que des fois, ma fille est mal prise et qu’elle voudrait que je garde. Mais je ne peux pas rester réveillée pendant l’après-midi. Quand je les garde, je deviens extrêmement fatiguée. Je ne suis pas capable de les suivre, même si je voulais le faire. C’est triste», raconte Julie.

De la rigueur
Mais même si elles ont bien réagi et que leur organisme n’a pas rejeté leur nouvel organe, Lise et Carmen, qui vivent avec un rein greffé depuis respectivement 17 et 9 ans, doivent encore s’astreindre à un régime de vie strict et prendre de nombreux médicaments.

«Je dois prendre environ 35 médicaments différents chaque jour. Mais c’est ça que ça prend», reconnaît Carmen.

«Si tu n’es pas discipliné, ta greffe ne fonctionnera pas. Il faut être ordonné avec nos médicaments et les prendre toujours aux mêmes heures», poursuit Lise.

Leur sœur Julie est quant à elle bien au fait de ce qui l’attend et se dit prête à tout faire afin que sa future greffe soit une réussite.

«Ça [un rejet de l’organe greffé], je serais très déçue. Ça serait la pire chose qui pourrait m’arriver», mentionne-t-elle.

Santé fragile
La vie avec un organe greffé peut également entraîner des complications. Il n’est pas rare que des patients soient atteints par d’autres maux par la suite. Les sœurs Duval ne font pas exception à cette triste règle.

«La médication a des effets secondaires. J’ai notamment dû être opérée pour des cataractes aux yeux et j’ai eu des cancers. Ce qui est encore plus triste, c’est que nous ne pouvons pas donner nos organes à notre tour», laisse tomber Lise.