François Plante et le bras mécanique.
François Plante et le bras mécanique.

Une escouade étudiante pour améliorer son bras mécanique [VIDÉO]

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
François Plante peut à peine bouger. Résidant du CHSLD Argyll, celui qui est atteint d’une maladie touchant ses muscles ne s’est pas laissé abattre : grâce à des imprimantes 3D et avec l’aide de techniciens, il s’est construit un bras mécanique qui l’aide quotidiennement à ouvrir ses tiroirs ou à tenir une serviette. Et grâce à des étudiants de l’Université de Sherbrooke, son bras pourrait lui être encore plus utile.

Ce sont deux groupes de cinq étudiants de deuxième année en génie robotique qui l’aideront cette session à améliorer son bras mécanique.

« On veut lui permettre d’obtenir plus d’autonomie que ce qu’il a en ce moment », décrit Jacob Kealey, l’un des collaborateurs.

L’une des équipes se penchera sur l’outil, tandis que l’autre se chargera d’améliorer l’application qu’utilise M. Plante sur son ordinateur pour le faire fonctionner. Les étudiants tenteront également de développer une application pour son téléphone mobile.

Les étudiants ne partent pas de rien, puisque le bras qu’avait développé M. Plante était « assez impressionnant », selon M. Kealey. « C’est assez exceptionnel. Quand j’ai entendu parler de ce projet pour la première fois, je me suis dit : ‘‘wow! ’’, c’est incroyable ce qu’il a fait. Avant de le voir, on se posait des questions. Quand on l’a vu en vrai, on se demandait ce qu’on pouvait améliorer, tant c’était bien fait. On voulait partir de ce qu’il avait fait, pas recommencer à zéro, car il y a des pièces qu’on peut réutiliser. »

« Tous les jours, il a de nouvelles idées », enchaîne-t-il.

Il sera possible pour les étudiants de régler quelques lacunes. Le moteur qui fait monter et descendre le bras de M. Plante a un problème : en plus de surchauffer, il prend trois minutes pour passer d’un extrême à l’autre. « C’est un problème facile à régler, assure Jacob Kealey. Ce moteur est trop faible. On peut le remplacer pour permettre à son bras de bouger plus vite pour que son bras bouge mieux à la verticale. »

Son collègue de classe Vincent Pelletier pense que d’autres détails peuvent être améliorés sur l’outil de M. Plante. « C’était un équipement préfait, indique-t-il. C’est en aluminium, c’est très rigide. Tout est ouvert et il manque quelque chose pour le couvrir. Les engrenages sont ouverts, les fils ne sont pas cachés. C’est quelques choses qu’on veut améliorer. »

Vincent Pelletier, Étienne Bellerose et Jacob Kealey, des étudiants de deuxième année en génie robotique à l’Université de Sherbrooke, aident François Plante à améliorer son bras mécanique.

Libre de droits

En plus d’aider François Plante, ce projet universitaire pourrait donner un coup de pouce à bien des personnes, puisque le rapport des étudiants sera libre de droits. « On est étudiants, donc on voit beaucoup de théorie. Là, on a une expérience qu’on aurait à un niveau professionnel. Notre projet est “ open source ” donc oui, on aide François, mais n’importe qui peut reprendre ce projet et refaire tout ce qu’on a fait. Ils auront accès à toute la documentation », se réjouit le jeune homme.

« Les gens peuvent le prendre, l’améliorer et le republier. Sans droit d’auteur, c’est une bonne démarche pour l’amélioration continue », continue-t-il.

Comme M. Plante a de la difficulté à parler, les étudiants communiquent surtout avec lui par courriel. « On n’a pas souvent la chance de se déplacer pour le voir. On vient environ une fois aux deux semaines pour comprendre ses besoins et pour prendre des mesures sur le bras. François communique très bien par courriel et répond rapidement. Au niveau verbal, il a un peu plus de difficulté à s’exprimer. Mais au fur et à mesure qu’on passe du temps avec lui, on le comprend plus. On prend le temps de comprendre ce qu’il nous dit », résume Jacob Kealey.

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Le goût d’aider les autres

À l’aide de ses deux imprimantes 3D, François Plante se permet parfois de créer des pièces qui pourraient aider les usagers du CHSLD Argyll, où il vit. 

« Il fabrique des pièces pour augmenter sa fonctionnalité, mais il a également vu des besoins pour d’autres personnes, indique la chef de service au troisième étage du CHSLD Argyll, Stéphanie Fréchette. Il a amélioré la fonctionnalité dans le quotidien d’autres personnes. Par exemple, il a fabriqué une pièce pour stabiliser une paille sur un gobelet pour qu’une personne puisse plus facilement boire son liquide. »

Demandes

Dans les CHSLD, le but est que l’usager adapte son milieu de vie pour qu’il soit bien. C’est ce que François Plante a fait en s’achetant des imprimantes 3D. « M. Plante est arrivé avec nous en août 2017. Il a commandé une imprimante 3D et a amené ses programmes. Il a amené un bras robotisé pour l’aider dans son quotidien », raconte Mme Fréchette. 

« Ce n’est pas tout le monde qui a ce genre de demande. Par contre, ce qu’on veut faire, c’est que l’usager ait réponse à ses besoins. On veut que les personnes puissent se réaliser », précise Mme Fréchette, ajoutant que l’outil de M. Plante est très fonctionnel et l’aide beaucoup.

D’ailleurs, des employés du CIUSSS aident l’ingénieux résidant à assembler ses objets. « Il y a des gens de génie biomédical qui viennent soutenir M. Plante. Ils viennent lui prêter main-forte à l’occasion pour assembler des choses, mais ça part de M. Plante qui commande son matériel, qui le fait livrer et qui nous dit quels sont ses projets. Nous, on cherche les ressources pour l’aider », assure-t-elle, le sourire aux lèvres. 

Stéphanie Fréchette se réjouit du partenariat entre le CIUSSS et l’UdeS. « Je crois qu’on sort gagnant-gagnant et l’usager en bénéficie dans son quotidien. On donne la chance aux étudiants de faire un travail concret et aider quelqu’un dans la vie de tous les jours », résume-t-elle. Tommy Brochu