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Le hall d’entrée est réservé aux visiteurs dans la famille Lacharité.
Le hall d’entrée est réservé aux visiteurs dans la famille Lacharité.

Une chambre à pression négative pour visiter sa mère de 91 ans

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
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SHERBROOKE — Pour pouvoir visiter sa mère de 91 ans sans danger, Claude Lacharité, un ingénieur de Notre-Dame-du-Bon-Conseil a eu une idée pour le moins originale : construire une chambre à pression négative dans le hall d’entrée de la maison. 

« Quand a commencé le premier confinement au mois de mars, quand on lui rendait visite ou quand mes sœurs lui apportaient des plats préparés ou l’épicerie, on demeurait sur le seuil de sa porte, explique M. Lacharité. Ça allait assez bien. Les visites se sont ensuite poursuivies à l’extérieur. En voyant l’automne s’en venir, j’ai pensé à une manière de pouvoir entrer dans la maison, ce qu’on ne se permet pas. »

La maison est donc divisée en deux zones : l’une où les visiteurs ont accès et l’autre où la dame de 91 ans, Yvette Prévost, vit. « C’est comme si on était assis avec elle dans sa cuisine », image son fils, en entrevue téléphonique avec La Tribune

Une bulle familiale à la fois peut donc rendre visite à la nonagénaire. Ses neuf enfants et ses vingt-deux petits-enfants doivent évidemment nettoyer et désinfecter la pièce isolée avant de s’en aller. 

Et malgré qu’une porte est maintenant réservée aux visiteurs, la sécurité de l’occupante de la maison n’est pas compromise. « Elle avait déjà trois portes, ce qui nous a permis d’utiliser la porte avant, qui donne sur sa cuisine et sur son salon », se réjouit son fils. 

Pour séparer les deux zones, M. Lacharité a utilisé du vinyle clair, communément utilisé comme nappe pour protéger les meubles. Il a aussi construit une fenêtre-guillotine en plexiglas pour pouvoir lui donner son épicerie ou ses repas. 

« Quand on ouvre la guillotine, on sent l’air qui passe de notre côté », raconte M. Lacharité. 

Et pour le système de ventilation, « ce n’est rien de compliqué », assure-t-il. « À la minute qu’on entre dans la maison, un détecteur de mouvement démarre la ventilation pour extraire l’air vers notre zone », explique l’ingénieur, ajoutant que tous les matériaux lui ont coûté environ 450 $ et qu’il a passé une journée à construire le tout. 

Est-ce que Mme Prévost reconnait sa chance? « Je ne sais pas si elle est au courant qu’elle est chanceuse, exprime l’un de ses gendres, Robert Côté. Je pense qu’elle commence à le réaliser. Elle a de la difficulté à comprendre et à accepter la situation. Elle est plus consciente aujourd’hui du problème. Quand mon beau-frère a construit la chambre à pression négative, elle n’était pas contente. Ça l’a agacé. »

M. Côté explique cependant que sa belle-mère ne comprenait pas que ses proches pouvaient lui transmettre la maladie à coronavirus. 

« Elle ne sort pas, donc elle n’est pas contagieuse. Mais nous, on a des vies. On fait très attention. On ne peut pas se ramasser toute la famille dans cette pièce », renchérit-il.

Yvette Prévost, 91 ans, peut quotidiennement voir ses enfants sans vivre avec la peur d’être infectée.

Privilégiée

Cependant, la famille de la dame peut se considérer comme étant privilégiée. « La première fois qu’on a été capable de prendre un café avec elle dans sa cuisine et pouvoir discuter librement, ç’a été une vraie délivrance. Ça faisait déjà des mois qu’on n’entrait plus dans la maison », témoigne Claude Lacharité.

« Maintenant, autant on peut apporter son épicerie, autant on peut partager un repas avec elle », continue-t-il, visiblement content.

Et selon Robert Côté, cette installation facilite la pandémie de sa belle-mère. « Tous les membres de la famille étaient super contents. Sans ça, personne n’aurait pu la visiter. Pour elle, la visite, c’est important », considérant sa belle-mère comme étant « extrêmement privilégié ».

« Je pense qu’elle apprécie beaucoup, considère pour sa part son fils. Mais comme toutes les personnes âgées, ils aimeraient mieux qu’on soit avec elle dans sa zone et qu’on puisse la serrer dans nos bras. Mais c’est comme ça, c’est un mal nécessaire. »