Le professeur Sami Aoun, directeur du comité scientifique de la Chaire, le professeur David Morin, cotitulaire de la Chaire, la professeure Ghayda Hassan, Jhon Carvajal, jeune ambassadeur de l’UNESCO, et le professeur Vivek Venkatesh de l’Université Concordia, cotitulaire de la Chaire

Une Chaire UNESCO voit le jour contre la radicalisation

La prévention de la radicalisation a maintenant un atout de taille. Une Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents a été lancée, vendredi à l’Université de Sherbrooke, en « première mondiale ».

Fruit d’une collaboration entre l’UdeS, l’Université Concordia et l’UQAM, cette chaire permettra d’arrimer l’expertise des chercheurs avec les intervenants sur le terrain, en mettant notamment en place des mesures de prévention et de sensibilisation.

« On souhaite appliquer des programmes de prévention pour endiguer le phénomène de radicalisme et d’extrémisme », fait valoir le professeur David Morin de l’UdeS, cotitulaire de la Chaire et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et de l’extrémisme violent.

« Tous les extrémismes s’alimentent mutuellement (...) L’extrémisme est toujours haineux dans ses paroles. Il faut insister : les mots ont une importance capitale. Les génocides comme les crimes haineux isolés sont toujours précédés d’idées, de discours et de silence complice. Ce sont ces mots qui souvent rendent possible le passage à l’acte. (...) La sécurité a ses limites, on ne peut pas tout attendre des collègues en uniforme. C’est pourquoi tout le monde s’entend sur l’importance de la prévention à tous les niveaux; prévenir la montée de discours radicaux haineux, qui peuvent mener à la violence dans nos maisons, nos écoles, nos milieux de travail, sur les réseaux sociaux (...) Face à l’extrémisme violent, nous avons tous une responsabilité », a remis en contexte David Morin.

Ce dernier a plaidé l’importance des diagnostics afin de mieux guider les politiques publiques. « L’éducation est un outil de prévention massive. Elle enseigne les nuances, les sources et la rigueur de l’analyse... Elle renforce la résilience des jeunes et de la société dans son ensemble. »

L’Estrie n’est pas épargnée par le phénomène. Rappelons que de jeunes Sherbrookois auraient quitté la région pour aller combattre à l’étranger avec l’État islamique.

En 2015, Chiheb Esseghaier, un ex-étudiant de l’UdeS, a reçu une peine de prison à vie après avoir comploté dans le but de faire dérailler un train de passagers de VIA Rail entre Toronto et New York.

Un autre ancien étudiant de l’UdeS, Assane Kamara, doit faire face à une série de chefs d’accusation de terrorisme au Sénégal parce qu’il aurait tenté de joindre les rangs de l’État islamique (EI).

« On a aussi en Estrie une montée de discours plus haineux, notamment à l’endroit des immigrants. On n’est pas du tout épargné en région », souligne M. Morin.

Sur la question des combattants étrangers, des djihadistes qui sont partis, les Services de renseignements canadiens dénombraient entre 130 et 150 jeunes à l’étranger qui étaient combattants dans des organisations terroristes, selon M. Morin. En matière d’extrême droite au Canada, « on a quelques centaines d’individus, peut-être entre 300 et 500, qui sont dans une organisation plus radicale. » Sans oublier les milliers de sympathisants.

Le professeur de l’UdeS sera cotitulaire de la Chaire aux côtés de la professeure Ghayda Hassan, professeure à l’UQAM, et Vivek Venkatesh, professeur à l’Université Concordia.

Les projets de cette initiative auront des retombées au Québec et au Canada, mais aussi ailleurs dans le monde.

La ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, et le ministre de la Famille, Luc Fortin, ont annoncé un soutien gouvernemental de l’ordre de 400 000 $.

« L’enjeu de la radicalisation commande une action qui se déploie sur plusieurs plans », a fait valoir la ministre St-Pierre.

Le gouvernement fédéral est aussi partenaire du projet, mais son engagement n’a pas été chiffré.

Le projet est né lors de la Conférence Québec-UNESCO Internet et la radicalisation des jeunes : prévenir, agir et vivre ensemble qui a eu lieu à Québec en 2016. Il s’inscrit dans les priorités énoncées par le Québec dans son plan d’action gouvernemental visant à lutter contre la radicalisation.

Le Québec compte maintenant 15 Chaires UNESCO. Plusieurs dignitaires étaient présents pour prendre part à l’annonce, dont la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, et le secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO, Sébastien Goupil.