Beaucoup d’adolescents se sont sentis oubliés, dont les finissants de 5e secondaire. 
Beaucoup d’adolescents se sont sentis oubliés, dont les finissants de 5e secondaire. 

Une attention devrait être donnée aux ados, dit l’Association des pédiatres

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Une attention particulière doit être donnée aux adolescents qui devront rester à la maison, selon l’Association des pédiatres du Québec, qui a quelques inquiétudes pour eux.

La pédiatre Marie-Claude Roy, également membre du conseil d’administration de l’association, compte plusieurs adolescents parmi ses patients.

« Pour avoir parlé à plusieurs de mes patients depuis hier, c’est une déception pour les adolescents. Ils avaient vraiment besoin de retrouver leur quotidien, leurs amis. Oui, les vacances d’école pour quelques jours ont pu être vues comme un petit bonheur, mais leur vie sociale leur manque énormément. Oui on est inquiet pour nos adolescents, qui peuvent développer beaucoup d’anxiété, beaucoup d’humeur dépressive. On le sait : ils s’appuient beaucoup sur leurs pairs pour fonctionner (...) On vient de les priver d’une bonne partie de leur vie. Pour eux, ça reste difficile », dit-elle en soulignant que pour ces jeunes, « la vraie vie » attendra jusqu’en septembre. L’accompagnement mis en place ne doit pas que miser sur l’académique, note Dre Roy.

« Oui on veut qu’ils continuent à progresser sur ce plan, mais le but de l’école, ce n’est pas que ça, c’est une école de vie aussi. »

Avant que le premier ministre François Legault annonce la réouverture graduelle des écoles, l’Association avait pris position en faveur de cette décision, en mettant de l’avant un déconfinement graduel et progressif.

« Après plusieurs semaines, les besoins fondamentaux d’éducation, de socialisation, de routine, de structure, reviennent en force, et c’est ce dont on les a privés dans les dernières semaines, dit-elle au sujet de cette prise de position. Oui, on était inquiets pour les enfants vulnérables, on l’était pour l’ensemble des enfants, autant les enfants que les adolescents, parce qu’ils ont besoin de cette routine-là et l’aspect social est très important à l’adolescence. (...) On se disait qu’il fallait que la vie reprenne, parce que pour la grande majorité des enfants, c’est une infection assez bénigne le coronavirus (...) Oui, il faut protéger les aînés et les personnes vulnérables, il fallait que ça passe par la fermeture des écoles, mais c’est difficile de justifier cela sachant que les enfants sont capables d’affronter cela », rappelle Dre Roy au sujet de la position de l’Association.

Il aurait été imprudent, dit-elle en fonction de sa compréhension, de tout rouvrir d’un coup. « Ça m’apparaissait un pari un peu risqué. Non pas que les adolescents sont particulièrement à risque, mais tout le monde en même temps, c’était difficile, et le suivi virtuel est pratiquement impossible avec les enfants du primaire alors que c’est tout à fait possible avec ceux du secondaire, du collégial et universitaire... Du moment qu’il fallait choisir une portion de la population, de miser sur les enfants du primaire d’abord, en proportions gardées, c’était prudent. »

Beaucoup d’enjeux de faisabilité ont été soulevés, note le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie. « C’est plus facile de faire l’école à distance, au collégial, à l’université et au secondaire aussi. On ne parle pas d’études à la maison, mais de travail à distance. Ce qu’on a entendu aussi, je ne sais pas si ça va se réaliser, mais des locaux du secondaire pourraient être utiles pour le primaire. »

Il note que différentes possibilités pourraient être mises en place pour les jeunes en difficulté. « Est-ce qu’on pourrait arriver à une autre formule plus tard? La réponse semble être non, on nous a dit que ce serait seulement en septembre. » Il note toutefois qu’il y aurait aussi eu plusieurs bonnes raisons de renvoyer les plus grands sur les bancs d’école, tant pour l’apprentissage que pour briser l’isolement.

Des ados déçus

Beaucoup d’adolescents ont déploré publiquement de ne pouvoir retourner à l’école, pensant qu’ils seraient inclus dans le plan de réouverture du gouvernement. La peine est palpable chez les finissants de cinquième secondaire, qui devaient vivre les dernières semaines de ce parcours, en plus de leur bal des finissants. Dans beaucoup de commissions scolaires, les bals ont été annulés ou reportés. À la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, on indique que la décision d’annuler ou pas n’a pas encore été prise, l’organisation travaillant à organiser le déconfinement du primaire. Une pétition « Aidez les finissants de 5e secondaire » a commencé à circuler, les signataires demandant de terminer leur parcours. En point de presse mercredi, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a salué les adolescents et les a remerciés. « On sait que c’est décevant pour vous. On vous a entendus. On travaille avec le ministère de l’Éducation pour souligner votre diplomation », a-t-elle mentionné en ajoutant qu’il faudrait être créatifs et respecter les mesures sanitaires. On apprenait mardi qu’un rassemblement virtuel, animé par Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk, aurait lieu le 19 juin, sur les réseaux sociaux et sur le site mammouth.telequebec.tv.