Cassandra est aujourd’hui maman d’un petit bonhomme de neuf mois, Zachary.
Cassandra est aujourd’hui maman d’un petit bonhomme de neuf mois, Zachary.

Une ancienne de Val-du-Lac donne au suivant

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Cassandra est arrivée à Val-du-Lac à l’âge de 12 ans. Elle n’avait plus de famille. À partir de ce jour, elle a passé tous ses Noëls et tous ses jours de l’An au centre jeunesse. Elle s’en souvient. C’était difficile. « Quand on est au centre jeunesse, on n’aime pas ça. C’est complètement anormalisant d’être ici », reconnaît-elle.

Bien des pages de calendrier ont été tournées depuis son arrivée au centre jeunesse avec toute sa colère d’enfant déracinée. Cassandra a aujourd’hui 22 ans. Avec le recul, elle apprécie davantage tout le bagage de connaissances qu’elle a acquis dans le cadre de ses six années passées à grandir dans un centre d’hébergement pour les jeunes en protection de la jeunesse.

« Le centre jeunesse, c’est une grosse partie de ma vie. Ce sont les éducs qui ont fait de moi la personne que je suis. Je suis maintenant une personne qui est capable de s’exprimer, capable de gérer son anxiété, sa colère, de mettre les bons mots sur la table pour que les autres comprennent comment je me sens », dit-elle aujourd’hui avec son fils de neuf mois dans les bras.

Ses éducs, autrement dit les éducateurs spécialisés qui travaillent à Val-du-Lac, sont restés précieux à ses yeux. Ce sont des adultes significatifs pour cette jeune femme sans famille. « J’appelle de temps en temps pour prendre des nouvelles. Quand j’ai accouché de mon garçon, je suis venu le présenter », explique Cassandra.

En cette période de réjouissances, elle a eu envie de donner au suivant, d’aider des jeunes femmes qui passent par où elle est elle-même passée. Et elle a choisi de le faire en assistant à la fête de Noël organisée mercredi dans son ancienne unité de vie à Val-du-Lac, l’Oasis, où on héberge des jeunes filles âgées de 14 à 18 ans. Cette jeune mère de famille n’est pas arrivée les mains vides, que non.

« J’ai demandé une liste d’idées de cadeaux, et j’ai apporté un cadeau pour chaque fille de l’unité. J’avais les moyens de pouvoir le faire, et je me suis rappelé à quel point j’avais trouvé ça difficile, moi, les Noëls sans presque aucun cadeau », explique-t-elle.

Il y a une vie après le centre jeunesse, tenait-elle à partager aux 12 jeunes résidentes de l’endroit.

« Quand on sort de Val-du-Lac, on s’en ennuie. Ici on nous dit quand nous brosser les dents, quand nous coucher, comment faire les choses. La sortie est une période difficile parce qu’on perd tous nos repères », se souvient-elle.

Mais elle a persévéré et est aujourd’hui heureuse avec son petit Zachary.

Sa présence a été appréciée par les jeunes résidentes de l’Oasis et par les éducateurs qui œuvrent dans l’unité.

« On ne voit pas souvent des retours comme ça. Ça fait vraiment chaud au cœur », souligne l’éducatrice Karoline Custeau.