Les 14 jeunes et les accompagnateurs espèrent toujours pouvoir aller en Haïti.

Un voyage humanitaire en Haïti suspendu jusqu’à nouvel ordre

Avec les tensions politiques et les manifestations violentes qui ont fait rage en Haïti, le voyage humanitaire des Jeunes missionnaires salésiens (JMS) est suspendu jusqu’à nouvel ordre. Cependant, celui-ci, qui est prévu pour la mi-mai, n’est pas annulé.

Depuis six ans, un groupe d’élèves du Salésien de Sherbrooke vole vers Port-au-Prince et l’école salésienne de Gressier. Durant plusieurs jours, les élèves sherbrookois s’occupent et jouent avec ceux de Gressier.

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Chaque Sherbrookois apporte l’équivalent d’un sac de hockey de jouets, d’articles sportifs, de matériel scolaire et de produits pharmaceutiques, comme des serviettes hygiéniques et des brosses à dents. 

« Le voyage est suspendu, mentionne la responsable du projet et enseignante au Salésien, Shirley Brochu. Il n’est pas annulé. C’est sur la glace. On n’a pas encore acheté notre vol et l’on n’a pas perdu notre dépôt. »

Somme toute, Mme Brochu est tout de même confiante. Le lieu où les jeunes missionnaires habitent est sécuritaire, selon elle. « C’est très rural, donc il n’y a aucun danger à l’école Salésienne. Là-bas, c’est vraiment comme le rêve de Don Bosco. Il y a une enceinte de 30 pieds et au centre se trouve l’école primaire, secondaire, une garderie et deux terrains de récréation », explique l’enseignante, ajoutant que l’école est à une quarantaine de kilomètres de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. L’option d’atterrir à Cap-Haïtien est également évaluée.

Cependant, aucun passe-droit ne sera fait en matière de sécurité. « Jamais on ne va compromettre la sécurité des jeunes et, par ricochet, la nôtre. Moi je passe en deuxième, mais s’il rentre 12 personnes dans l’autobus avec des mitraillettes, qu’est-ce que je peux faire à part sortir mes 25 mots de créole et dire qu’on est ici avec des petites poupées et des cahiers à colorier? Même s’il n’arrivait rien, est-ce que je veux montrer à mes jeunes du monde qui se promène avec des mitraillettes et qui lance des cocktails Molotov? Ce n’est pas ça que je connais d’Haïti », mentionne celle qui en est à son 16e voyage dans ce pays.

Cette suspension du projet attriste la responsable. « Les jeunes sont tristes et moi, j’ai un sentiment d’impuissance. Je voudrais les amener, mais on ne peut pas y aller actuellement. Ce n’est pas un voyage essentiel », avoue-t-elle. 

« Les élèves ont été recrutés en secondaire 4, poursuit Mme Brochu. Ça fait un an et demi qu’ils travaillent là-dessus. On a tout fait. On a été emballeurs chez Super C, on a fait des soupers spaghettis, on a vendu du pain, etc. On a presque amassé notre 10 000 $ de dons, qu’on va virer, qu’on parte ou pas. »

D’autres options sont aussi envisagées. « Est-ce qu’on pourrait partir le 30 juin? Le 15 août? Pour l’instant, ce qui nous sauve, c’est qu’on n’a pas payé, confirme Shirley Brochu. Si les tensions ne sont pas assez redescendues en mai, ce sera des cas uniques. L’idéal, c’est de partir avec les 14 élèves, mais on pourrait partir avec moins de jeunes s’ils ne peuvent pas. »

Le directeur général du Salésien, Jean-Marc Poulin, tient le même discours. « L’horizon du mois de mai demeure. Trois semaines avant, on va réévaluer la situation. Avec l’expérience et les contacts que Shirley a, on va s’assurer auprès d’eux que c’est sécuritaire. Le gouvernement va aussi donner l’heure juste. Actuellement, il recommande de ne pas y aller. Ce serait un non-sens d’y aller quand même avec des élèves. On veut que l’expérience de nos élèves soit positive, qu’ils continuent de développer cette sensibilité pour les pays qui ont plus de difficulté », assure-t-il.

Shirley Brochu a effectué 16 voyages en Haïti.

Une belle expérience

Les six premières cohortes de JMS - Haïti ont été marquées par les jeunes Haïtiens. « Là-bas, ils se battent pour des livres, décrit Shirley Brochu. On amène des cahiers à colorier et ils se battent pour avoir une feuille, s’asseoir avec nous par terre et colorier. C’est ce qui me brise le cœur. Eux, ils nous attendent. Comme ça fait six ans qu’on y va, ils sont contents de nous voir arriver. On passe pour le père Noël blanc. Ça me fait de la peine pour eux, car c’est un moment spécial dans leur année scolaire. »

 « Ce qu’on fait, c’est un petit pas. Ce n’est pas le Salésien qui va remettre Haïti sur la map. Ça fait six ans qu’on y va et l’on a vu les choses changer. Toutes les petites poupées sont encore là quand on y va. On a amené des affiches avec des fruits et les parties du corps humain. Ils accumulent », résume-t-elle.

Camille Couture, qui a participé à la première édition de JMS Haïti et qui est désormais accompagnatrice et Sarah Rouillard posent avec de jeunes Haïtiens.

Analyser les risques

Au Carrefour de solidarité internationale (CSI) de Sherbrooke, où des voyages humanitaires dans des pays instables sont organisés régulièrement, le directeur général Étienne Doyon surveille plusieurs facteurs avant d’autoriser le départ.

« On regarde les systèmes de veilles et de surveillance, explique-t-il. Tout commence avec des mécanismes préventifs. On fait une veille sécuritaire sur les pays où l’on croise plusieurs informations pour faire un suivi. L’officiel, c’est celui d’Affaires mondiales Canada, mais ce n’est pas le seul. La France et les États-Unis ont des systèmes similaires. On va croiser des données et regarder ce qui se passe dans la presse locale et l’on va avoir des nouvelles de nos partenaires sur le terrain. »

« Ensuite, selon les niveaux d’alertes et la réalité de notre programmation, des décisions sont prises, continue-t-il. Pour nos stagiaires et volontaires, on y va quand le niveau est à “ faites preuve d’une grande prudence ”. Quand c’est “ évitez tout voyage non essentiel ”, on n’a pas l’habitude d’organiser des stages. »

Selon M. Doyon, la situation d’Haïti était prévisible. « Ça fait un bout qu’on la voit venir. Là, elle a éclaté. Il y a eu les premiers bouts de trouble en juillet. Il y en a également eu en décembre. On se doute que les problèmes ne sont pas réglés, mais ça semble se calmer. Tant qu’il n’y aura pas une amélioration notable de la situation, on n’organise pas de séjour en Haïti », dit-il, ajoutant qu’un départ était prévu au début du mois de janvier. Le CSI tente cependant de trouver des alternatives pour ceux qui n’ont pas pu partir.