Le spécialiste de la réussite scolaire et professeur associé à l’Université Laval Égide Royer estime que les écoles devraient toutes accueillir équitablement des élèves en difficulté.

Un système d'éducation inégalitaire

« Le Conseil supérieur de l’éducation a émis l’avis très sérieux, en 2016, que le système d’éducation québécois était le système éducatif le plus inégalitaire au Canada parce que les écoles privées et les écoles publiques à projets particuliers comme le sport-études font une forme de sélection de leurs élèves, ce qui mène à une concentration d’élèves en difficulté dans les écoles publiques ordinaires. La recommandation que j’ai faite, et que d’autres organismes font, est que toutes les écoles doivent offrir des services à tous les élèves, incluant les élèves avec des difficultés. Le mot clé est inclusion », explique Égide Royer, psychologue, spécialiste de la réussite scolaire et professeur associé à l’Université Laval, qui a accepté de réagir au dossier sans commenter le cas précis de Camilo Baldivia (voir autre texte).

M. Royer précise que la sélection peut porter sur les notes scolaires ou sur les coûts puisque participer à un tel programme peut parfois engendrer des dépenses de plusieurs milliers de dollars par an.

« Par exemple, au Québec, les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA) représentent 20 pour cent de tous les élèves. Alors toutes les écoles, qu’elles soient privées, publiques avec projets particuliers ou publiques ordinaires, devraient avoir environ 20 pour cent d’élèves en difficulté. Ce n’est pas le cas en ce moment, ce qui fait en sorte qu’on retrouve parfois entre 30 et 40 pour cent d’élèves en difficulté dans les écoles publiques ordinaires », note le professeur, spécifiant que le nombre d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage a augmenté de 71,8 pour cent au Québec au cours des 15 dernières années, atteignant plus de 200 000 élèves sur 1 million en 2016.

Ainsi, 1 élève sur 5 qui fréquente le réseau scolaire public québécois est actuellement identifié comme HDAA. Cette proportion est encore plus élevée au secondaire, où 1 élève sur 4 (26 %) se trouvait dans cette situation en 2015-2016, lit-on dans un rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publié en avril.

« C’est un enjeu électoral. J’invite les gens à questionner les candidats aux élections et les partis politiques sur la question. Je recommande que les écoles privées qui acceptent les élèves en difficulté voient leur financement augmenter, et à l’inverse, celles qui les refusent voient leur financement diminuer », propose M. Royer.

« Le grand gars de 6 pieds 2 pouces qui veut faire du football même s’il a des difficultés en français et a une note de 55 pour cent devrait pouvoir jouer au football. Parce que pour lui, c’est une source de motivation. Toutes les écoles doivent participer à la réussite de tous les élèves. On parle d’inclusion. Le système éducatif de l’Ontario par exemple est inclusif », ajoute le spécialiste en réussite scolaire.

Les grandes lignes du programme Lutte contre le décrochage et réussite scolaire du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur parlent aussi de valorisation de l’école par des activités.

« Valoriser l’éducation, c’est mettre en évidence le niveau élevé de la formation qu’on acquiert, mais c’est aussi offrir aux élèves des activités et des projets qui pourront susciter leur plein engagement et leur réussite », peut-on lire sur le site internet du gouvernement.

Pourquoi ne pas valoriser l’éducation en passant par le baseball? demande la mère de Camilo, Sylvie Lavallière, qui comprend les règlements du programme sport-études, mais se questionne à savoir s’ils sont adéquats pour l’ensemble des élèves.