Catho Mavinga, propriétaire du commerce Tresses africaines, a conquis pas à pas sa clientèle pour faire sa place.

Un succès qui se tresse lentement

Catho Mavinga a quitté la République du Congo en 1989 pour s'installer au Québec. Près de 30 ans plus tard, elle est maintenant une femme d'affaires aguerrie à Sherbrooke.
Propriétaire du commerce Tresses africaines, rue King Ouest, où elle vend également des produits alimentaires et des vêtements africains, Mme Mavinga a conquis pas à pas sa clientèle pour faire sa place. « Le principal défi est évidemment de se faire connaître. Ça a été stressant pour moi, parce qu'une journée tu peux avoir trois ou quatre clients, mais le lendemain, tu ne sais même pas si tu vas en avoir un seul. J'ai donc multiplié ma publicité un peu partout pour être bien visible. J'ai par la suite participé à des activités pour l'Espace de la diversité. Il faut également se faire confiance et croire en ses talents. »
De fil en aiguille, la notoriété de Tresses africaines a commencé à se construire et le vent a finalement tourné en sa faveur. « J'ai réussi à attirer les gens dans mon commerce grâce au bouche-à-oreille. La Tribune avait également parlé de moi, ce qui m'a beaucoup aidée évidemment. Tout ça a fait en sorte que les Québécoises et les Québécois ont été attirés vers mon commerce. Aujourd'hui, une bonne proportion de ma clientèle est native du Québec. Je l'estime à 70 % », note celle qui a quitté son pays natal pour suivre son mari, natif du Québec.
Il ne faudrait pas croire que cette réussite professionnelle s'est faite en un claquement de doigts. Elle a dû s'accrocher à son objectif pour éviter de tout abandonner. « Ça n'a pas été facile au début. Je ne savais pas si ça allait fonctionner et je me disais que si ça ne marchait pas, j'allais tout simplement fermer. J'ai cependant fait des études de marché en marge du Festival des traditions du monde qui se sont avérées très positives et qui m'ont permis de progresser », raconte-t-elle.
Encore des améliorations
Depuis les dernières années, beaucoup de travail a été abattu afin de changer les mentalités et d'ouvrir la porte aux nouveaux arrivants dans la région, comme Mme Mavinga, pour qu'ils se trouvent un gagne-pain. Malgré les efforts pour informer et sensibiliser les gens à cette réalité, ce n'est pas encore optimal. « Il y a une volonté d'engager des immigrants qui est présente, mais comme le tissu économique de la région est de la petite entreprise, les différentes entités sont mal outillées pour bien intégrer des communautés culturelles, des femmes dans un milieu masculin ou même des personnes avec des limitations physiques. Il y a des manques dans la structure organisationnelle pour faire face à ça », estime Geneviève Collette, directrice générale du Centre d'intégration au marché de l'emploi (CIME).
La non-reconnaissance des formations acquises par les immigrants, par exemple celle en médecine, constitue un autre frein pour les ceux qui sont à la recherche d'un emploi. « Ils se déracinent de leur univers pour entreprendre un voyage qui les amène dans un nouveau pays pour ensuite apprendre que leur bagage n'est pas suffisant pour travailler dans leur domaine. Cependant, ces personnes sont tout à fait qualifiées. Les ordres sont là pour protéger la population qui reçoit des services avec des normes très rigoureuses. On le comprend, mais ces normes sont trop rigides puisqu'elles ne s'adaptent pas à un individu qui ne cadre pas dans le contexte québécois », analyse Mme Collette.
Il y a donc de l'espoir pour les nouveaux arrivants qui veulent réussir dans les affaires, mais encore beaucoup de travail pour rendre le tout optimal.
Un rassemblement aux répercussions positives
Bien conscients de la difficulté d'arriver au sein d'une nouvelle terre d'accueil, les organisateurs de l'Espace de la diversité sont là pour aider les immigrants à démarrer du bon pied leur nouvelle vie.
Ce rassemblement, qui s'est déroulé pour sa troisième édition au parc Howard à Sherbrooke, avait pour mission de donner les outils aux nouveaux arrivants afin que leur transition soit facilitée. « Dans un premier temps, on vise à intégrer professionnellement les immigrants en leur faisant connaître les organismes du milieu qui peuvent les accompagner dans leur recherche d'emploi ou leur démarrage d'entreprise. Ensuite, nous organisons des activités pour rapprocher culturellement la population », raconte Aissatou Gaye, coordonnatrice de l'Espace de la diversité.
Bien que les effets positifs d'un tel rassemblement sont perceptibles au sein de cette nouvelle communauté, l'Estrie doit encore lutter afin de conserver pour de bon les immigrants dans la région. « Les gens sont bien accueillis ici, mais la priorité demeure un emploi, ce qui joue pour beaucoup dans l'intégration. S'ils ne trouvent pas de travail, ils sont amenés à retourner à Montréal ou même à changer de province. C'est pourquoi on fait un rassemblement afin qu'ils soient en mesure de connaître tous les organismes qui peuvent les aider dans cette optique », estime Mme Gaye.
L'Espace de la diversité fera le tour des sept MRC de l'Estrie dans les prochains mois afin de faire connaître les outils nécessaires à l'adaptation des immigrants auprès de leur société. Parmi les 14 000 immigrants accueillis à Sherbrooke, 15 % poursuivent leur nouvelle vie dans les différentes MRC estriennes.