Un simulateur pour évaluer la capacité de conduire d’un patient

Peut-on conduire son automobile de façon sécuritaire avec le pied dans le plâtre ou après une chirurgie à la cheville? Une équipe multidisciplinaire du Centre de recherche du CHUS et du Centre de recherche sur le vieillissement a développé un outil pour répondre scientifiquement à la question, réellement posée par des patients et que se renvoient les assureurs et les médecins depuis plusieurs années.

« Nous, comme médecins, on pensait que c’était aux compagnies d’assurances de statuer alors que les compagnies d’assurances disaient que c’est aux médecins de le faire. Comme on n’avait pas non plus de réponse dans la littérature scientifique, on a essayé de faire quelque chose pour faire avancer la réflexion », met en contexte le Dr François Cabana, chirurgien-orthopédiste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, professeur titulaire à la faculté de médecine et de sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et chercheur associé au Centre de recherche du CHUS.

Depuis 2004, avec des collègues, ils ont donc développé cet outil qui consiste en un simulateur de conduite automobile qui décortique la simple action de freiner en cinq mesures distinctes, dont la force appliquée sur la pédale de frein ainsi que le temps de réaction de la personne qui se trouve derrière le volant.

On ne parle pas ici d’un simulateur de conduite en réalité virtuelle, comme on le voit dans des écoles de conduite par exemple, mais bien d’un outil dont on se rend compte aujourd’hui qu’il pourrait être adapté à différentes pathologies dans différents domaines de la pratique médicale, assure Dr Cabana.

Conditions réelles

Le premier défi a été de construire un appareil qui reflète les conditions réelles de conduite sur la route.

Ç’a été le souci d’un ingénieur biomédical au Centre de recherche sur le vieillissement. Les mêmes capteurs ont notamment été installés sur des automobiles et testés en circuit fermé pour valider la représentativité et la fiabilité des mesures, détaille Mathieu Hamel. 

Entre 2010 et 2016, l’équipe a pu mettre à l’épreuve plus de 100 patients avec une fracture du pied ou de la cheville ainsi que 120 personnes volontaires pour comparer les données.

Ce premier projet de recherche est à l’étape de l’analyse statistique. Il a déjà fait l’objet de trois publications scientifiques. Il pourra éventuellement servir à formuler des recommandations aux orthopédistes et à la Société de l’assurance automobile du Québec, entrevoit Dr Cabana.

« On a des données préliminaires qui nous permettent (...) de dire que ce n’est peut-être pas une bonne chose de conduire avec un plâtre et qu’il faudrait probablement attendre un certain temps après le retrait du plâtre pour conduire parce qu’on a une certaine raideur », avance-t-il, tout en convenant que le fait de ne pas pouvoir conduire durant son rétablissement a un impact important sur la vie quotidienne d’un patient.

D’autres applications

D’autres projets de recherche ont par ailleurs été entrepris durant la même période et un simulateur a également été développé sur le même principe pour les membres supérieurs.

« Il y a plusieurs projets en cours, énumère Dr Cabana, dont un sur la fracture du poignet, un sur des pathologies de l’épaule comme des tendinites ou une rupture de la coiffe, et un pour les patients qui ont été opérés à la cheville » pour vérifier s’ils ont retrouvé toute leur compétence un certain temps après une fusion osseuse ou la mise en place d’une prothèse.

Michel Quintal est un participant de cette dernière étude. L’homme a reçu une prothèse il y a un an pour soulager un problème d’arthrose. Après l’intervention, il a eu la curiosité de s’installer derrière le volant avec la botte d’immobilisation qu’il devait porter mais il ne se sentait pas apte à conduire. Le fait d’aller en simulation a quelque chose de rassurant aujourd’hui, témoigne-t-il. 

« Ce qui est le fun avec ces tests, c’est de constater que malgré l’opération, malgré que j’ai une prothèse maintenant à la cheville, je n’ai pas perdu beaucoup de mon acuité et les réflexes sont toujours là. Et même s’il faut peser fort sur les freins dans le simulateur et que j’ai fait travailler ma cheville, la douleur ne revient pas. Ça me rassure. »