Un riverain remet en question l'utilité du projet d'aqueduc et d'égouts entourant le Petit lac Brompton et le lac Desmarais de Saint-Denis-de-Brompton.

Un Saint-Denisien doute du projet d'aqueduc et d'égouts

Un riverain du Petit lac Brompton a investi près de 20 000 $ pour ajuster ses installations septiques il y a quelques années. Il s'inquiète maintenant de devoir débourser pour un projet dont il remet en question l'utilité.
Cedric Clark est un riverain du Petit lac Brompton. Il le fréquente même depuis 1945. « À cette époque, tout était beau, on pouvait boire l'eau du lac », se rappelle-t-il.
Il y a presque 10 ans, alors qu'on constatait déjà que plusieurs installations septiques autour du lac n'étaient pas aux normes, M. Clark choisissait d'investir environ 20 000 $ dans une installation septique de type écoflo et un puits artésien. Il craint aujourd'hui de devoir encore une fois débourser si le projet d'aqueduc et d'égouts voit le jour. « On ne veut pas perdre notre puits, on ne veut pas perdre notre système. Nous on a déjà fait notre part », soutient-il.
Il pense ainsi que la meilleure solution serait que chaque résidence s'équipe elle-même d'une installation septique normée, avec un peu d'aide de la municipalité si possible. Pour lui, le projet proposé ne ferait qu'améliorer minimement la qualité de l'eau sans régler d'autres problèmes, en plus de coûter trop cher.
Évalué à 14 millions de dollars, le nouveau système d'aqueduc et d'égouts est présentement en attente de réponse d'une subvention ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire (MAMOT).
Mauvaises herbes et eau stagnante
En tant qu'agronome retraité, M. Clark estime que les égouts ne permettront pas d'éliminer les mauvaises herbes et les plantes agressives comme le pensent certains. « Pour vraiment en venir à bout, il faut éliminer les racines. Pour cela, ça prend des aqua herbicides qui coûtent cher, mais pas 15 millions », laisse-t-il entendre.
Pour ce qui est de la qualité de l'eau, il pense que le problème réside dans le fait que l'eau du lac ne se renouvelle pas assez. En effet, depuis la création du lac Desmarais, un lac artificiel, elle ne se régénère qu'aux trois au quatre ans. « Ça prend un changement d'eau dans le lac tous les ans, parce que sinon ça devient stagnant. »
Et d'autres inquiétudes le tracassent concernant cet éventuel projet d'aqueduc.
« On a un terrain dont on est fier qui va changer à cause la machinerie pour installer le tuyau. Ça va nous coûter beaucoup d'argent pour améliorer ça. Ça va être une catastrophe... Et si on veut vendre notre maison, on ne pourra pas parce que les gens connaissent les coûts », confie-t-il.
Une décision collective, répond le REPLB
Sans être insensible aux inquiétudes de M. Clark, Jean-Framçois Guertin, président du Regroupement écologique du Petit Lac Brompton (REPLB), voit les choses d'un autre oeil.
M. Guertin apporte ainsi quelques nuances. Pour ce qui est des plantes envahissantes, il cite la myriophylle à épi en exemple.
« C'est une problématique qui est beaucoup plus large. Mais la myriophylle, comme n'importe quelle autre plante aquatique, sa source de nourriture est le phosphore. Comme la très grande majorité des installations septiques autour du lac sont déficientes, c'est sur qu'on en amène une grande quantité qui aide la prolifération. Mais même avec les systèmes septiques les plus nouveaux, le phosphore continue d'aller vers le lac. »
En ce sens, le système d'aqueduc pourrait, à long terme, être plus efficace. « C'est un processus qui va prendre du temps étant donné que les sols autour des résidences sont engorgés de phosphore, donc il va falloir que les sols se nettoient de cet amoncellement et ça va prendre plusieurs années », explique M. Guertin.
Le président du REPLB reconnaît que la régénération de l'eau est une problématique, même si des tests démontrent que le lac est encore de bonne qualité. Cette situation ne justifie que davantage le nouveau système d'aqueduc selon lui. « Il faut s'en préoccuper et contrôler les sources de phosphore qu'on amène dans le lac. »
Période de répit
La durée exacte n'a pas encore été fixée, mais le conseil laissera une période de répit aux riverains afin qu'ils puissent engager les entrepreneurs nécessaires aux travaux. « Compte tenu de l'ampleur du projet pour une municipalité comme la nôtre, on peut s'attendre à environ deux ans du moment ou les installations municipales seront complétées », souligne Liane Boisvert, directrice générale de la municipalité.
« On n'est pas insensible à ces individus qui au cours des années ont été très responsables pour le lac en mettant à jour leurs installations septiques et qui ont la chance d'avoir un puits artésien », ajoute M. Guertin en soulignant que ce sont toutefois 70 % des riverains qui n'ont pas accès à ces installations.
Rappelons que la décision a été prise de reporter les adoptions de règlements au moment de connaître la réponse de subvention du MAMOT. Pour cette demande, la municipalité travaille présentement à faire l'inventaire des sources d'approvisionnement en eau pour le lac.