Les enfants qui éprouvent des difficultés scolaires n’aiment souvent pas l’école, qui devient souvent anxiogène pour eux et leurs parents.
Les enfants qui éprouvent des difficultés scolaires n’aiment souvent pas l’école, qui devient souvent anxiogène pour eux et leurs parents.

Un retour pour les plus aisés?

Les 10 écoles primaires les plus défavorisées de Sherbrooke sont moins fréquentées que les 28 autres écoles primaires de la ville. En fait, seulement 35 à 40 % de ces enfants sont retournés sur les bancs d’école, alors que la moyenne globale est de près de 70 % à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS).

« Ce taux peut quand même évoluer au fil des prochaines semaines, mais il ne va pas passer du simple au double », indique Donald Landry, directeur du secrétariat général et des communications de la CSRS.

Aucune directive claire n’est venue du ministère de la Santé et des Services sociaux pour indiquer ce que devait faire le personnel des écoles pour les élèves qui n’ont pas réintégré leur classe. Mais les initiatives de chaque direction d’école se multiplient pour garder le contact avec les enfants les plus vulnérables. Par exemple, les enseignants téléphonent régulièrement à la maison pour prendre des nouvelles des enfants.

« Il y a des élèves sur qui une attention plus particulière est portée. Les équipes de la commission scolaire, de la santé et des services sociaux et de la DPJ collaborent ensemble, pour le bien des enfants », ajoute M. Landry sans vouloir entrer dans les détails ni donner d’exemples précis.

La pédiatre Marie-Claude Roy du CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’est pas surprise d’apprendre que les enfants plus vulnérables ou en difficultés fréquentent moins l’école que les enfants plus favorisés. « Il y a des familles pour qui la peur de la COVID-19 est bien réelle, et c’est certain que, dans ce cas-là, c’est moins anxiogène de rester à la maison. Mais ça fait deux semaines que l’école est commencée et que ça se passe bien, alors ça incitera peut-être quelques familles à décider de retourner leurs enfants à l’école », indique celle qui est aussi directrice de la clinique de pédiatrie de développement à l’Hôpital Fleurimont.

Autre facteur à considérer : les enfants qui éprouvent des difficultés scolaires n’aiment souvent pas l’école. « Pour les enfants, l’école devient anxiogène. Pour les parents aussi, il y a les devoirs, les suivis, tout ça peut être lourd. Alors ça peut être tentant de se dire que ça ne vaut pas la peine de se rembarquer là-dedans pour quelques semaines », soutient la Dre Roy.

Mais un retour, même de quelques semaines, pourrait être fort positif pour le développement social des enfants. « Moi-même, mes enfants sont retournés à l’école et ils reviennent enchantés, ils me racontent ce qu’ils ont appris, ce qu’ils ont fait... Ils sont stimulés autrement et ils sont contents. Les enfants sont tellement ouverts aux stimulations », lance la pédiatre sherbrookoise.

Jeudi, le premier ministre François Legault a annoncé que les camps de jour pourraient ouvrir cet été, ce qui réjouit les pédiatres membres de l’Association des pédiatres du Québec dont la Dre Roy est membre.

« Un des espoirs de l’association, c’est que les camps de jour puissent être gratuits cet été, du moins pour une partie des enfants du Québec, afin de les rendre accessibles aux familles qui n’auraient pas nécessairement les moyens d’y envoyer leurs enfants avec un budget serré », indique Marie-Claude Roy.

L’Association des pédiatres du Québec est aussi très claire dans ses revendications : la Santé publique devra abandonner l’idée de garder les enfants à deux mètres les uns des autres.

« Dans un milieu avec des petits, c’est juste impossible d’avoir deux mètres entre chaque personne. Alors ça devient juste anxiogène d’essayer tout le temps sans réussir. Il faut aussi se rappeler de faire la COVID ne sera pas grave pour la très très grande majorité des enfants. Il y a des risques, oui, mais il y en a aussi au vélo et au ski et on ne les interdit pas même s’il y a des enfants qui se blessent parfois », met-elle en perspective.

Elle attend donc impatiemment que la Santé publique adopte des directives plus souples pour les enfants. « La logique doit rester la même, mais adaptée aux enfants. On vise un peu plus d’espace que normalement, sans que ce soit deux mètres », nuance la pédiatre.