Le professeur Robert Pauzé de l’Université de Sherbrooke et Joelle Lepage, coordonnatrice du Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale de l’UdeS.

Un réseau de pairs pour les jeunes

Les jeunes sont souvent confrontés à un vide de services lorsqu’ils atteignent l’âge de 21 ans. Ou encore, ils parviennent à l’âge adulte sans y être préparés. Pour mieux les accompagner, le Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale de l’Université de Sherbrooke a mis en place un réseau de pairs « entraidants », qui permet aux jeunes adultes de se regrouper et de mettre en place différentes initiatives.

Bon nombre d’entre eux sont également « passés par le réseau » et sont réfractaires à la structure; certains vont refuser les services offerts, expliquent le directeur Robert Pauzé, professeur à la faculté d’éducation de l’UdeS, et Joelle Lepage, coordonnatrice du Centre RBC.

« C’est quelque chose qu’on veut très ouvert, flexible. C’est eux qui déterminent la structure de leur groupe, qui donnent une direction. Ce besoin-là a été nommé par les jeunes et les intervenants : de prendre une place dans la décision qui est prise, car on a toujours décidé pour eux », dit Joelle Lepage.
Les jeunes qu’Audrey Pépin Ross côtoie au Tremplin 16-30 connaissent souvent les ressources pour accéder au milieu scolaire ou de l’emploi.

Mais c’est tout le reste qui leur manque : comment remplir un bail, une déclaration de revenus... « Ce sont des jeunes qui n’ont pas un parcours de vie standard (...) Ils ont les capacités, mais ils ont eu un parcours différent », décrit l’intervenante à la vie communautaire et résidentielle.

Certains ont quitté tôt l’école, les éloignant du même coup des ressources du milieu scolaire; le passage à l’âge adulte a été escamoté. L’intervenante travaille au volet logement de l’organisme, qui compte 23 appartements. « Ce sont des jeunes de 16 à 30 ans qui habitent volontairement ici. Il y a beaucoup de liberté, ça prend un niveau d’autonomie... »

Environ les trois quarts des jeunes du Tremplin ont un diagnostic de santé mentale, des troubles anxieux, psychotiques, en passant par le trouble du déficit de l’attention.

L’un des objectifs du projet du Centre RBC est de regrouper de 12 à 15 jeunes et de créer un sentiment d’appartenance.

Le groupe se rencontre les mardis de 17 à 19 h. On y retrouve différents profils, décrit Mme Lepage.
« Ce sont des jeunes de 16 à 24 ans qui sont référés par les organismes communautaires. Ils ont un certain profil de vulnérabilité parce qu’ils présentent certains facteurs de risques, comme l’isolement social, la consommation, une faible scolarité (...) On veut leur donner l’occasion de s’inscrire dans une démarche, d’être en action », ajoute-t-elle.

« Quand on a rencontré les jeunes, ça sortait très fort, ce besoin-là de dire qu’ils veulent participer à ce qui est fait, que les idées viennent d’eux. Ce sont les mieux placés pour dire ce dont ils ont besoin. »

« Le premier projet qui a émergé, c’est la construction d’un réseau de jeunes. Un premier objectif pour les participants est de s’entraider, de développer des nouveaux liens, de faire de nouvelles amitiés, de se mettre en action. Le deuxième volet, c’est de partir de ce comité pour développer d’autres ateliers et d’autres activités pour d’autres jeunes. C’est comme si ce noyau pourra dire ce que les autres jeunes voudraient ou ce qu’il serait pertinent de développer pour d’autres jeunes en transition à l’âge adulte. Par exemple, ils vont faire une programmation d’activités. Les idées vont partir de ce noyau-là. »

Des besoins immenses

Les propositions peuvent toucher différents sujets et différentes sphères, comme de la formation ou des activités de groupe en plein air.

L’initiative est menée en collaboration avec plusieurs organismes communautaires et découle d’un comité de travail composé de nombreux intervenants.

Lorsque le centre a démarré en 2016, ce dernier se destinait aux enfants et aux adolescents, rappelle M. Pauzé.

Il a cependant été interpellé pour s’occuper des jeunes adultes, pour qui les besoins sont « immenses ».

« C’était comme si on ne finissait pas notre travail si on n’allait pas de ce côté-là. On est rentré dans cet univers-là, c’est un univers compliqué, vaste. Il y a beaucoup de monde impliqué auprès de ces jeunes (...) C’est comme si on a voulu saisir ce qui se faisait pour apporter une contribution complémentaire. »


Des intervenants mieux outillés

Les intervenants du milieu communautaire pourront être mieux outillés avec une offre de formation adaptée à leur travail et leur réalité. Intervenante au Tremplin 16-30, Audrey Pépin Ross souhaite être mieux outillée sur la dépendance aux jeux vidéo, une problématique qui semble prendre de l’ampleur avec les années.

Intervenante depuis 2005 au Tremplin 16-30, Audrey Pépin Ross a vu la place accordée aux jeux vidéo augmenter au fil du temps, au point d’en devenir une problématique.

Or, s’il existe des outils pour encadrer les intervenants pour plusieurs dépendances comme les drogues, l’alcool et les jeux de hasard, ce n’est pas encore tout à fait le cas pour les jeux vidéo. Les trois quarts des jeunes qu’elle côtoie au Tremplin 16-30 passent plusieurs heures par jour devant leur écran.

« C’est un nouveau phénomène, c’est une autre façon d’intervenir qu’avec les jeux de hasard », souligne-t-elle en voyant d’un très bon œil la possibilité d’avoir de la formation continue à ce sujet.

Le Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale de l’Université de Sherbrooke a mené un sondage auprès des intervenants du milieu communautaire. « On leur a proposé un microprogramme et ce sont des cours de un crédit. Un microprogramme donnerait six crédits », explique Robert Pauzé, directeur du centre et professeur à l’UdeS. Celui-ci portera sur la transition à l’âge adulte et la santé mentale. La formation sera donnée dans la communauté.  

Ce ne sont pas les jeux vidéo le problème, mais bien le nombre d’heures qu’on leur consacre.

« Ce que je vois, c’est que les jeunes sont isolés, ils ne sortent pas. Ils ne voient pas le temps passer (...) Ils ne se retrouvent plus devant des humains en chair et en os, ils perdent leurs habiletés sociales », témoigne Audrey Pépin Ross en ajoutant que ces jeunes en négligent parfois leur alimentation. « J’essaie de m’intégrer à ça pour comprendre leur langage. »

La problématique a pris de l’ampleur graduellement et s’est manifestée de façon plus marquée au cours des deux dernières années. « C’est tout le monde : les gars et les filles. La génération actuelle des 20 ans, c’est pas mal des gamers. »

Les dernières statistiques du Tremplin montrent qu’environ 75 % des jeunes ont un diagnostic de santé mentale. « En 2005, ce n’était pas aussi élevé », commente l’intervenante.

Quant au dernier quart, certains n’ont jamais eu accès à un médecin.

Le projet de transition à l’âge adulte mis en branle par le Centre RBC vise aussi la réinsertion socioprofessionnelle des jeunes. Des activités « d’exploration » de différentes professions se tiendront notamment à l’UdeS.