Administrateurs de Caritas Estrie, Jean-François Hamel, Guy Bédard et l’abbé Guy Boulanger dénoncent une tentative de prise de contrôle de l’organisme pour le laïciser.
Administrateurs de Caritas Estrie, Jean-François Hamel, Guy Bédard et l’abbé Guy Boulanger dénoncent une tentative de prise de contrôle de l’organisme pour le laïciser.

Un «putsch pour laïciser» Caritas Estrie?

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Des membres de Caritas Estrie tenteraient de modifier le statut de l’organisme pour y soustraire l’élément catholique diocésain qui en est son fondement.

Des membres diocésains de Caritas Estrie se questionnent sur ce qui semble prise être une prise de contrôle de l’organisme dans un objectif de laïcisation sans les consulter.

« Ce n’est pas que nous soyons contre certains changements, mais nous souhaitons que les règles soient suivies et que la mission même de l’organisme soit respectée. Les règlements généraux qui tentent d’être adoptés vont à l’encontre de cette mission catholique et diocésaine », explique l’abbé Guy Boulanger, qui est aussi vicaire général de l’archidiocèse de Sherbrooke.

« Ça peut ressembler à un putsch pour laïciser le mouvement. Nous sommes inquiets relativement à l’avenir de Caritas », ajoute un autre membre du conseil d’administration, Guy Bédard.

Le président de Caritas Estrie, Bernard Guay, confirme qu’une refonte des règlements généraux de Caritas Estrie est envisagée, mais qu’ils seront étudiés et qu’un débat aura lieu.

« Caritas souhaite continuer à collaborer avec le diocèse. Nous allons présenter les changements que nous souhaitons apporter au début de l’année. S’il y a des points qui agacent lorsque nous ferons le débat au conseil d’administration, nous allons voter. La mission de Caritas Estrie va toujours rester de lutter contre l’injustice sociale en Estrie avec le diocèse et les Chevaliers de Colomb », signale Bernard Guay.

Rencontrés par La Tribune, Guy Bédard, Jean-François Hamel et l’abbé Guy Boulanger affirment que leur seule motivation est de sauver Caritas Estrie et que cela ne sera pas possible tant que le directeur général, Yvon Couture, et le président, Bernard Guay, seront en poste.

« Nous avons épuisé tous nos recours à l’interne pour tenter de régler la situation. Nous voulons que la population soit informée de ce qui se passe à Caritas Estrie. Le recours aux moyens légaux n’est pas exclu, mais ce n’est pas ce que nous souhaitons », affirme l’abbé Boulanger.

Nouveaux règlements

Ils expliquent qu’au printemps dernier, de nouveaux règlements généraux de l’organisme ont été présentés en assemblée générale sans que le conseil d’administration et même le comité exécutif soient informés au préalable.

« Les règles de l’organisme semblent vouloir être modifiées sans qu’elles soient discutées. Nous demandons un processus transparent. Caritas est un organisme catholique diocésain. C’est sa raison d’être », ajoute Jean-François Hamel.

Selon eux, ces nouveaux règlements sont contraires aux lettres patentes de Caritas-Estrie parce qu’ils « enlèvent le caractère catholique et toute référence à l’église ».

« L’article de fondation de l’organisme prévoit que Caritas doit travailler à l’approfondissement de la pensée de l’Église catholique sur les questions se rapportant à la charité, à la justice, à la pauvreté ou au bien-être social », cite Guy Bédard.

« Nous ne voulons absolument pas exclure le diocèse. Absolument pas. Certains prêtres nous ont fait des dons majeurs au cours des dernières années », réplique le président de Caritas Estrie.

Messieurs Bédard, Hamel et l’abbé Boulanger dénoncent aussi la décision de ne plus aider financièrement les personnes moins bien nanties qui veulent participer à la catéchèse, contrevenant à une entente entre l’archevêché et les Chevaliers de Colomb.

Nouveaux administrateurs

Ils soulèvent aussi que le conseil d’administration n’a pas été informé des dons majeurs comme c’est l’habitude, que les frais d’administration de l’organisme sont élevés et que la dernière mise à jour de l’organisme au Registre des entreprises remonte à 2017.

Ces derniers signalent que six nouveaux administrateurs ont été nommés unilatéralement pour porter le nombre à 18 sans consultation.

« Le nombre a été augmenté parce que certains districts étaient devenus trop gros. Il y a même des agents de pastorale qui sont responsables de certains districts », réplique Bernard Guay.

Un message a récemment été envoyé dans la paroisse de l’archidiocèse de Sherbrooke par Mgr Luc Cyr de ne plus collaborer aux campagnes de Caritas, dont celle de la bougie pour la paix, tant que la situation n’aura pas été réglée.

« Je n’ai pas parlé à monseigneur Cyr à ce sujet. Je crois que le téléphone arabe s’est fait aller avec de fausses informations selon lesquelles nous ne voulions plus subventionner certaines paroisses. C’est faux. Chaque demande dans les districts est évaluée à sa juste valeur. Le directeur général des Chevaliers de Colomb devra rencontrer Mgr Cyr à ce sujet dans les prochains jours », mentionne le président du c.a. de Caritas Estrie.

L’an dernier, ce sont 176 000 $ qui ont été remis en dons par Caritas Estrie.