La professeure Geneviève Paquette de l’Université de Sherbrooke.

Un programme pour prévenir les agressions sexuelles implanté à l’UdeS

Un programme éducatif qui permet de réduire de 46 % les agressions sexuelles sur les campus sera déployé au Québec. L’Université de Sherbrooke fait partie des établissements universitaires qui déploieront le programme. Celui-ci doit être mis en place à compter de l’automne 2020 sur le campus de l’UdeS.

Le programme BÉRA a été mis au point par une équipe de chercheurs canadiens dans le but de réduire les risques d’agressions sexuelles chez les étudiantes de 17 à 24 ans. Il a été développé en Ontario, où il a d’abord été implanté.

À la suite de son implantation, on a constaté que BÉRA permet de réduire de 63 % les tentatives d’agression sexuelle chez les femmes ayant participé au programme. Il s’agit d’une version bonifiée en français du programme Évaluer, reconnaître, agir.

Isabelle Daigneault, professeure titulaire du département de psychologie de l’Université de Montréal, mène un projet de recherche visant l’implantation de ce programme de prévention.

« Ça prend une diversité d’approches, dont des interventions de base, comme les universités le font en ce moment, de sensibilisation à la problématique, des programmes sur le consentement par exemple. On se rend compte que ces interventions-là, quand on les évalue, elles ont une certaine efficacité pour améliorer les connaissances des gens à propos de la violence sexuelle, mais elles n’ont jamais pour effet de diminuer la violence sexuelle vécue par les femmes ou les hommes (...) On n’a pas beaucoup d’outils en ce moment pour prévenir que des gestes soient commis. »

L’évaluation du programme a notamment permis de constater que pour chaque tranche de 13 femmes ayant pris part à BÉRA, on prévient une tentative d’agression sexuelle au cours de l’année suivante.

Le programme propose un volet de sensibilisation pour que les femmes puissent reconnaître le risque qui existe au quotidien.

L’évaluation du programme a notamment permis de constater que pour chaque tranche de 13 femmes qui y participe, on prévient une tentative d’agression sexuelle au cours de l’année suivante.

« On a souvent la croyance que la violence sexuelle, ce sont d’autres qui la vivent, que nous ne sommes pas sujettes ou à risques, pour toutes sortes de raisons. On s’imagine que ça arrive seulement dans des ruelles sombres et que ce sont des inconnus qui l’exercent, alors que dans les faits, la violence sexuelle est surtout commise par des hommes que l’on connaît, dans des situations privées... » précise Mme Daigneault.

Un des objectifs est de réduire les idées préconçues face à cette problématique. On veut aussi aider les femmes à surmonter certaines barrières psychologiques à agir lorsqu’une personne que l’on connaît a un comportement inadéquat. Le programme propose également de l’autodéfense.

En ce moment, le programme n’existe qu’en anglais, l’équipe de recherche travaille à sa traduction.

Huit universités de la province font partie du projet de recherche, dont l’UdeS. L’équipe de Mme Daigneault souhaite former une cohorte de formatrices à l’échelle de la province. Le but du projet de recherche est de désigner les campus où le programme BÉRA peut être implanté, voir quelles sont les conditions optimales d’implantation, et ensuite en mesurer l’efficacité. Éventuellement, Mme Daigneault aimerait qu’il soit implanté dans les cégeps. L’équipe veut aussi développer un guide d’implantation.

Déjà en préparation à l’UdeS

À l’UdeS, on travaille déjà à son implantation, précise la professeure Geneviève Paquette, cochercheuse du projet de recherche aux côtés de Mme Daigneault.

En vue de sa mise en œuvre à l’automne 2020, des formatrices et des animatrices seront formées pour œuvrer auprès des étudiantes. « Ça se donne aux étudiantes de première année, car ce sont les étudiantes qui sont le plus à risques. » « Ça donne des résultats très concrets. C’est ce qui nous a intéressés à l’UdeS », commente Geneviève Paquette. Des discussions seront entreprises avec les associations étudiantes. Des étudiantes seront sollicitées dans le cadre du projet de recherche, puisqu’un groupe de comparaison doit être créé pour comparer avec les non-participantes au programme. « On va regarder si le programme convient aux minorités sexuelles et de genre », précise-t-elle également. Ces minorités sont particulièrement vulnérables aux violences sexuelles.

Les universités sherbrookoises ont déjà mis en place diverses mesures pour lutter contre les agressions à caractère sexuel.

Plus de 30 % des étudiants de l’UdeS et de ses employés rapportent avoir vécu de la violence sexuelle en milieu universitaire depuis leur arrivée à l’UdeS, avait montré une étude de Mme Paquette.