Le Dr David Fortin a été photographié alors qu’il pratiquait une neurochirurgie sur une patiente éveillée, l’an passé.
Le Dr David Fortin a été photographié alors qu’il pratiquait une neurochirurgie sur une patiente éveillée, l’an passé.

Un prix pour un article scientifique du Dr David Fortin

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Sherbrooke — Le Dr David Fortin a reçu le prix du meilleur des 19 articles scientifiques publiés dans un numéro spécial de la revue médicale Pharmaceutics.

Une récompense qui rend bien fier le neurochirurgien et neuro-oncologue sherbrookois. « Ce n’est pas nécessairement un si grand prix, mais ce qui est l’fun, c’est que ça montre que notre laboratoire est bien positionné dans le monde au niveau de la recherche sur les tumeurs cérébrales », indique le Dr Fortin qui exerce à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Dans cet article, le Dr Fortin relate le parcours de ses 18 années de recherche dans son laboratoire du Centre de recherche du CHUS et de l’Université de Sherbrooke. « Mes premiers papiers sur les tumeurs cérébrales ont été publiés en 2001, et ce papier qui a gagné un prix, en 2019. C’est en quelque sorte une biographie de ma recherche », illustre-t-il.

Si le clinicien-chercheur a réussi à faire avancer ses recherches au cours de ces 18 dernières années, c’est en se battant contre un système où les octrois de recherche sont extrêmement difficiles à obtenir dans son domaine d’expertise.

« Le financement pour la recherche sur les tumeurs cérébrales est encore et toujours difficile parce que c’est considéré comme une maladie rare, incurable et agressive », indique le Dr Fortin.

Le neuro-oncologue consacre néanmoins sa carrière à la lutte aux gliomes dans le but d’aider ceux qui souffrent de cette maladie difficile. 

Le Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Parce qu’ils sont nombreux et de plus en plus jeunes. En effet, dans la littérature, les patients qui sont atteints d’un cancer au cerveau ont un âge moyen de 55 ans. Mais dans la réalité de sa pratique clinique, le Dr Fortin constate que les patients sont de plus en plus jeunes à vivre avec ce sombre diagnostic, parfois dans la vingtaine, avec, selon lui, un âge moyen de 45 ans. La survie médiane des patients qui souffrent d’un cancer du cerveau au Canada est de 14 mois. Chaque année, 2500 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer du cerveau.

Et pourquoi le cancer du cerveau est-il si difficile à traiter? Le cerveau est l’organe le plus complexe de l’univers. « Chaque cerveau comporte 100 milliards de neurones. Il y a autant de connexions neuronales que d’étoiles dans notre galaxie », rappelle le Dr Fortin. 

Bien sûr, il est très ardu de traiter un tel ennemi dans un univers si complexe.

« La difficulté avec le cancer du cerveau, c’est qu’il s’infiltre dans toutes les connexions et qu’il y a la présence de la barrière hématoencéphalique, qui empêche que les médicaments se rendent au complet au cerveau. En ce moment, environ 20 % de la meilleure molécule que nous avons réussit à franchir la barrière hématoencéphalique », souligne le professeur de l’Université de Sherbrooke.

En octobre 2018, le Dr Fortin lançait un projet de recherche clinique novateur pour les patients qui vivent une récidive de leur cancer au cerveau après une première chirurgie, une chimiothérapie et une radiothérapie. Ce projet de recherche « roule bien », dit-il, supporté par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS et « plutôt facile à faire rouler » maintenant qu’il est bien lancé.

« Nous avons recruté environ le tiers des patients. Il est trop tôt pour s’avancer sur des résultats, mais c’est prometteur jusqu’ici », indique David Fortin.

Il aimerait aussi lancer un autre projet de recherche d’ici environ six mois en collaboration avec une neurochirurgienne de l’Université Laval à Québec. Un projet audacieux parce qu’il vise à remplacer le traitement standard qui est offert partout dans le monde aux patients qui reçoivent un diagnostic de tumeur cérébrale.

« Il faut lutter contre les préjugés, parce que partout les gens pensent que c’est très lourd et compliqué d’offrir de la chimiothérapie intra-artérielle, que c’est un traitement agressif et compliqué. Or ici au CHUS, on en fait de huit à dix par semaines depuis des années et c’est devenu complètement routinier et sécuritaire. Si on a pu organiser ça ici, à Sherbrooke, on peut l’organiser ailleurs dans le monde », insiste-t-il.

Et à travers ces projets se poursuit sa recherche constante de financement pour faire tourner son laboratoire.

« En ce moment, on est corrects pour encore un an, un an et demi, mais c’est une course continuelle pour trouver des fonds », indique-t-il.

Rappelons que David Fortin a remporté en septembre 2018 le Prix régional d’excellence — spécialiste de l’année, attribué par le Collège royal des médecins et des chirurgiens du Canada.

Le prix remporté par le Dr David Fortin