Le récréologue de l’Hôpital de jour du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a été replacé dans un CHSLD dans un poste de technicien en loisirs, ce qui a jeté un grand froid dans l’équipe, selon des sources syndicales.

Un poste supprimé dans la controverse au CIUSSS de l’Estrie

Le poste d’une récréologue à l’Hôpital de jour du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sera supprimé par la direction de l’établissement, ce qui crée de la confusion et de la désolation dans cette équipe.

« La récréologue a été replacée dans un CHSLD dans un poste de technicienne en loisirs parce qu’il y a des besoins en CHSLD selon l’employeur. C’est vrai qu’il y a des besoins en CHSLD. Mais il y en a aussi à l’Hôpital de jour. C’est comme déshabiller Paul pour habiller Jean », soutient Laure Letarte-Lavoie, vice-présidente de l’APTS (Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux) au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, le syndicat qui représente les 3700 techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux.

« La mission de la récréologue à l’Hôpital de jour était de donner plus d’autonomie aux gens pour qu’ils restent à domicile le plus longtemps possible. Si les gens ne maintiennent pas des activités à l’extérieur quand ils sont à domicile, le maintien à domicile est clairement compromis. La récréologue accompagne les usagers dans des organismes communautaires par exemple pour les aider à avoir une intégration positive. Il y a toute une différence dans un accompagnement comme ça et le fait de dire à un usager : voici une liste d’organismes qui pourraient vous convenir et c’est tout », se désole Emmanuel Breton, représentant national de l’APTS

Le travail de la récréologue dont le poste a été supprimé a été salué par le biais de lettres de soutien provenant d’organismes communautaires et de collègues.

« Notre collaboration avec la récréologue fait en sorte que plusieurs aînés sont encore très actifs au sein de notre organisation. À la suite de leur intégration au sein de notre organisme avec l’aide de la récréologue, très peu d’aînés nous quittent. Que dire de cette dame qui est avec nous depuis sept ans. Elle a retrouvé sa joie de vivre et son autonomie. Et ce monsieur timide et seul qui est toujours heureux de retrouver ses amis », soutient Fleurette Morin, coordonnatrice de l’organisme Rayon de soleil.

Une autre employée du CIUSSS abonde dans le même sens. « C’est une perte pour mes patients, surtout pour nos personnes aphasiques qui ont des difficultés importantes de communication. Ce sont des gens qui ont des problèmes à s’exprimer et à comprendre. Souvent, ce sont des gens qui ont tendance à s’isoler en raison de leurs difficultés de communication. C’est vraiment rassurant pour eux d’avoir quelqu’un pour les accompagner et aider à leur intégration, que ce soit au Centre de jour ou dans les ressources communautaires. De plus, la récréologue connaît bien les intervenants des ressources extérieures et les activités qui sont proposées. Elle sait si l’activité ou le groupe est adapté ou non aux capacités de notre patient. Son départ sera certainement une perte dans la qualité des services de l’Hôpital de jour », déplore une travailleuse sociale.

La récréologue suivait environ 150 personnes par année. Elle assurait aussi de l’animation à l’Hôpital de jour. Précision que l’Hôpital de jour est situé au pavillon Youville et que son mandat est d’accroître l’autonomie des personnes âgées, de favoriser le maintien à domicile et d’éviter ou de réduire leurs hospitalisations.

Le départ de la seule récréologue de l’équipe a jeté un grand froid dans l’équipe, soutient Laure Letarte-Lavoie. « Nos membres souffrent parce qu’ils ont l’impression de perdre le sens de la mission de l’Hôpital de jour. Ils sentent que leur service est dévalorisé. Et comme la récréologue ne sera pas remplacée, ils craignent aussi une surcharge de travail. Et puis surtout, ils déplorent la perte de cette expertise et de la qualité des services que la récréologue pouvait apporter à leurs patients. On est ans une situation de double souffrance », ajoute Mme Letarte-Lavoie.

Cette dénonciation de la part de l’APTS « peut sembler très ciblée », mentionne Mme Letarte-Lavoie, mais elle soulève une question plus importante : en cette période de pénurie de personnel, est-ce qu’on veut seulement voir une grande quantité de patients pour diminuer les listes d’attente ou bien si l’on veut vraiment prendre soin de la personne?

« Est-ce que je prends soin de mes patients ou si je les évalue seulement? C’est la grande question que nos membres se posent de plus en plus quand ils se font demander de produire des statistiques », ajoute la vice-présidente de l’APTS.

Les récréologues et les techniciens en loisirs représentés par l’APTS se sont présentés à la séance du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, au milieu du mois, pour dénoncer cette décision.

« Depuis quelques années, il y a une réflexion sur notre approche envers les personnes âgées. Nous allons plus vers les éducateurs spécialisés que les récréologues ou les techniciens en loisirs parce que leur profil correspond moins à notre nouvelle approche. Nous y allons davantage vers des approches individualisées parce que, quand nous déplaçons plusieurs personnes vers un même lieu, nous perdons beaucoup de temps en déplacement et il ne reste plus beaucoup de temps pour le service qui est offert », a expliqué Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui n’était toutefois pas au courant du dossier en détail.