Le SPS plaidait la hausse du nombre de dossiers de crimes contre la personne, l’augmentation des crimes violents et des plaintes pour agressions sexuelles pour justifier le besoin d’un sergent-détective.

Un poste de sergent-détective qui soulève des questions

La création d’un poste de sergent-détective à la Division des enquêtes criminelles et sécurité des milieux ne fait pas l’unanimité chez les élus, qui y voient, pour certains, l’ajout de dépenses récurrentes en cours d’année. Le Service de police de Sherbrooke (SPS) crée ce poste à même le budget récurrent qui lui est déjà accordé.

Dans le sommaire décisionnel publié par la Ville, on indique qu’une somme récurrente de 348 000 $ avait été accordée au SPS pour assumer certains coûts liés au cannabis. Les impacts de la légalisation du cannabis ayant été moindres que prévu, le SPS demandait d’utiliser les sommes résiduelles pour créer un poste de sergent-détective, plaidant la hausse marquée du nombre de dossiers de crimes contre la personne et le délai moyen de fermeture de dossier qui est passé de 42 à 50 jours.

L’augmentation de crimes violents, des plaintes pour agression sexuelle et le dépôt d’une plainte concernant les conditions de travail à la CNESST ont aussi pesé dans la balance.

Aucun élu n’a contesté les besoins grandissants au SPS. C’est plutôt la création de postes à l’extérieur de l’exercice budgétaire qui titille certains conseillers. Seule Évelyne Beaudin a inscrit sa dissidence.

« Ce n’est pas à cause de la pertinence de la dépense, mais parce que nous devrions analyser les demandes au moment d’adopter le budget. Ma réflexion sur la difficulté à boucler le budget me porte à croire que c’est en raison des décisions prises en cours d’année qui nous engagent pour les années futures. Quand on vient pour créer un nouveau poste, on analyse seulement la pertinence d’ajouter ce poste. Généralement, c’est pertinent et on accepte. Tout ce qui est création de postes, à moins que ce soit une urgence, devrait se faire à l’étude budgétaire pour traiter tous les dossiers de façon équitable. »

Drapeau rouge

Annie Godbout se posait le même genre de question. « Si on nous dit que dans les 348 000 $, on utilise une portion seulement pour la création du poste, pourquoi on n’affecte pas le reste ailleurs où il y a des besoins plus criants? Si le besoin ne s’est pas concrétisé avec l’arrivée du cannabis, pourquoi on doit laisser l’ensemble de ces sommes à la police? Je suis un peu à la même place qu’Évelyne. La ressource, si elle ne coûte pas 348 000 $, est-ce qu’on peut récupérer des sommes pour les mettre ailleurs? »

Paul Gingues levait lui aussi un drapeau rouge. « Je ne doute pas des besoins du Service de police, mais on a tendance quand un poste se vide à le transformer en autre chose. Oui ça balance au sein du service, mais notre budget ne balance plus. Il faudra regarder ça de plus près. »

Chantal L’Espérance, membre du comité exécutif, rapporte que la création de postes est toujours budgétée, sauf exception.

Le directeur général, Daniel Picard, comprend qu’il peut y avoir confusion entre le moment où le budget est accordé et celui où le dossier revient au conseil pour la création officielle du poste. « Dans les faits, c’est au moment du budget qu’on vote le budget pour la création de postes. Ce qu’on fera pour éviter cette confusion, on arrivera avec un organigramme en janvier avec les dates de création de postes. Mais dans ce cas-ci, c’est de l’argent qu’on prend dans une poche pour la mettre dans l’autre. Il faut que nous ayons cette flexibilité-là. »

Danielle Berthold, présidente du comité de sécurité publique, ne comprenait pas les réticences de ses collègues. « C’est à même le budget opérationnel. Ça ne peut que faire en sorte que ce soit profitable pour la population de Sherbrooke. Ça fait plusieurs années que le SPS demande l’ajout de ressources pour diminuer le retard de traitement des dossiers et pour assurer une réponse adéquate. On ne peut pas commencer à retirer des services aux citoyens alors qu’on en aurait besoin encore plus. Je comprendrais mal qu’on retire cet argent pour le donner à un autre service. Il ne faut pas miner la santé des gens qui travaillent au SPS non plus. »