Longuement questionné par les trois commissaires lors de la soirée de mercredi, le ministère de l’Environnement a dû apporter plusieurs précisions lors de la suite des audiences.

Un poids financier énorme pour Thetford Mines

Toutes les mesures de sécurité entourant la présence de trace d’amiante dans les sols sont un frein important au développement de la Ville de Thetford Mines, estime le maire Marc-Alexandre Brousseau.

« Lorsqu’il y a des traces d’amiante, on nous oblige à excaver des sols et à les envoyer dans des sites de disposition qui sont extrêmement coûteux pour nous », explique-t-il lorsque rencontré aux audiences du BAPE.

M. Brousseau estime à un minimum de 2 millions de $ le montant que la Ville de Thetford Mines doit débourser par année pour envoyer les sols dans des centres. Il indique également que la moitié des travaux de pavage prévus en 2019 ont dû être reportés en raison des coûts élevés.

« On a eu un projet de garderie qui a été bloqué pendant je ne sais pas combien de temps parce qu’il y avait un peu de sable à travers la terre, explique-t-il. Ç’a coûté beaucoup plus cher. On a une coop funéraire qui a agrandi son bâtiment dans son stationnement et devait donc en faire un nouveau. Ils nous ont obligés à tout excaver et envoyer ça à un site ou ça coûte une fortune. Le projet a coûté 150 000 $ de plus. On s’entend tu qu’une coop funéraire, tu n’y vas pas souvent. Même si tu marches dans le stationnement une fois aux six mois, personne ne va en mourir. »

« Tout notre sol est du remblai minier »

M. Brousseau rappelle également que l’amiante se retrouve naturellement dans le sol.

« Tout notre sol est du remblai minier, ce n’est que ça qui a été utilisé pendant 125 ans et ça n’a jamais causé de problème pendant 125 ans, dit M. Brousseau. Ça fait 125 ans que nos cols bleus travaillent les deux pieds dans le sable minier et on n’a jamais eu de cas de maladies reliées à l’amiante. Quand on est dehors dans un sable qui est souvent mouillé ou qu’on peut mouiller nous-mêmes pour diminuer la dispersion des fibres, c’est possible de travailler. »

« C’est correct les règles pour les mineurs et pour la construction, nous on parle des travaux de génie civil en extérieur, ajoute-t-il. On est prêt à prendre toutes les mesures de précaution aux risques réellement rencontrés, mais ça ne doit pas être la totale comme ils nous demandent. »

M. Brousseau espère donc que le « gros bon sens » ressorte des recommandations du BAPE.

« Il n’y a aucune réflexion sur le poids financier que toutes ces folies nous exigent », résume-t-il.

+ En capsules

  • Plus de maladies à Asbestos et Thetford Mines

Selon un bilan réalisé en octobre 2018, l’incidence de maladies causées par l’amiante est neuf fois plus élevée à Asbestos que dans le reste du Québec.

« Le taux d’incidence de maladies liées à l’amiante de l’Estrie est comparable à celui du Québec qui est de 3,5 cas par 100 000 habitants par année, a indiqué Éric Lampron-Goulet, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive. Cependant, lorsqu’on regarde le réseau local d’Asbestos, ce taux est neuf fois supérieur avec 31 cas déclarés sur 100 000 personnes. »

« On peut faire la même observation autour de Thetford Mines, a ajouté le représentant du ministère de la Santé aux audiences, Yves Jalbert. La région de Chaudière-Appalaches a deux fois plus de maladies reliées à l’amiante que le Québec alors que le réseau local de santé de Thetford Mines a cinq fois plus de cas que la région de Chaudière-Appalaches. »

Ces chiffres de Thetford Mines n’englobent toutefois que les travailleurs professionnels et non la population globale.

M. Jalbert a refusé la demande d’entrevue de La Tribune vendredi pour approfondir les dangers liés à l’amiante dans la région d’Asbestos et celle de Thetford Mines.

  • De nouveau échantillonneurs

Longuement questionné par les trois commissaires lors de la soirée de mercredi, le ministère de l’Environnement a dû apporter plusieurs précisions lors de la suite des audiences. La question de la fiabilité des tests de la qualité de l’air ambiant a notamment été maintes fois remise en question.

« La séance de mercredi a convaincu le ministère de s’équiper d’échantillonneurs d’air ambiant pour l’amiante, a indiqué Pierre Walsh, porte-parole. On va probablement pouvoir travailler sur les méthodes d’analyses et les développer au-delà de ce qui existe en ce moment pour l’air ambiant. »

Questionné par le commissaire, M. Walsh a avoué que le ministère de l’Environnement n’avait pas d’échantillonneurs pour évaluer la qualité de l’air.

« On a eu des échantillonneurs, mais ça date de 2004, admet-il. Je ne crois pas qu’ils étaient encore la propriété du ministère. »

  • De l’amiante dans les écoles, les universités et les cégeps

Le ministère de l’Éducation a avoué ne pas avoir de synthèse avec toutes les données sur la présence d’amiante dans les établissements d’éducation au Québec.

Le Québec compte quelque 2500 écoles primaires et environ 1500 écoles secondaires ce qui représente environ 4000 bâtiments.

Le ministère a été incapable de répondre à la question du président de la commission à savoir combien de ces écoles avaient confirmé la présence d’amiante.

« On ne dispose pas de l’information, a admis le représentant du ministère. Le lien qui a été fait avec les écoles c’est de s’assurer qu’il y a un registre. On n’a pas la compilation de façon centralisée. »

Sur les 19 campus universitaires au Québec, 17 contiennent de l’amiante.

Le représentant du ministère n’a pas été en mesure de préciser si les deux universités sans amiante l’étaient en raison au désamiantage ou parce que les infrastructures sont récentes.

Sur 48 cégeps, seulement deux ont déclaré qu’il n’y avait pas de présence d’amiante dans leurs édifices.

L’an dernier, une vingtaine de millions de dollars ont été dépensés pour des travaux de rénovation qui impliquaient un désamiantage.

Le ministère assure que l’implantation d’un nouvel outil est en cours, ce qui permettrait d’avoir plus facilement accès à la synthèse de l’ensemble des données.

Dans le domaine de la santé, sur les 35 établissements du réseau, seulement 19 avaient donné une réponse quant à la présence ou non d’amiante dans leurs bâtiments. Cette demande leur a été envoyée le 9 novembre dernier.

« Les 19 qui ont répondu ont tous un registre, signale Yves Jalbert. Ces 19 établissements disposent de 990 installations et de ces installations, 568 (57 %) contenaient une présence d’amiante. »

  • Cohésion difficile entre les ministères

Les observateurs des trois premières journées des audiences du BAPE ont pu constater que les différents ministères ne sont parfois pas sur la même longueur d’onde. La méthode de calcul de la présence de fibre d’amiante a notamment fait beaucoup jaser alors que, d’un ministère à l’autre, on arrivait à des chiffres complètement différents. 

Dans le rapport sectoriel du ministère de la Santé, on parle de 40 % de fibres d’amiante par volume alors que les chiffres du ministère de l’Environnement varient, dans quatre haldes à Asbestos, de 1,1 % à 7,4 % de présence de fibre d’amiante dans les résidus. Deux méthodes de calcul semblent donc avoir été utilisées pour parler d’une même réalité.

« La méthode de la CNESST était celle de volume par volume alors on ne s’est pas beaucoup questionné plus que ça », a expliqué Alain Boutin du ministère de l’Environnement.

« C’est évident que dans la perception du risque, ce n’est pas la même chose de parler de 1 % ou de 40 %, » a avoué pour sa part Yves Jalbert, porte-parole du MSSS.

Ces deux méthodes de calcul ont créé de la confusion chez les commissaires et dans le public.

« Ils sont mêlés comme un jeu de cartes, c’est la confusion totale », a analysé pour sa part le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau. Simon Roberge