Jean-Benoit Jubinville s'est toujours servi du sport pour enseigner les valeurs de dépassement de soi, d'engagement, de respect, d'intégrité et de travail d'équipe aux jeunes.  Aujourd'hui, il se sert de ces mêmes valeurs pour combattre le cancer.

Un plan de match pour vaincre le cancer

« Je l'ai souvent répété comme entraîneur : ce que tu apprends dans le sport s'applique dans la vie de tous les jours. Les valeurs de dépassement de soi, d'engagement, de respect, d'intégrité et de travail d'équipe, c'est bon dans n'importe quelles circonstances. Au travail, dans l'amitié, à la maison. Dans la maladie, ça s'applique encore plus. Il faut faire face à la musique. Sans déni. Se dire : ok c'est ça que j'ai, maintenant il faut faire un plan de match et l'exécuter. En gardant une attitude positive. »
Ce sont les mots de Jean-Benoit Jubinville, bien connu dans le monde de l'éducation et des sports, qui a appris au cours des derniers mois qu'il était atteint d'un cancer de la prostate. Le directeur adjoint de l'école Du Triolet et le responsable des programmes sport-études a accepté de donner une entrevue à La Tribune principalement pour remercier les gens pour leur soutien. Mais l'attention qui lui est portée le rend mal à l'aise.
« Il y a tellement de gens qui ont le cancer. Je ne suis ni le seul ni le pire, car le cancer de la prostate est le cancer qui se guérit le mieux », note celui qui répétera à quelques reprises, lors de la rencontre, qu'il n'est pas à plaindre.
Tout a commencé cet été alors que des petits symptômes sont apparus. « Habituellement, je ne suis jamais malade. Mais cet été, j'ai fait du zona et j'ai eu une grippe qui ne partait pas. À l'automne, des maux de ventre se sont ajoutés, mais rien qui m'empêchait de fonctionner », raconte M. Jubinville précisant que c'est sa conjointe, Carolynn Lawlis, qui a pris un rendez-vous chez le médecin parce qu'elle s'inquiétait.
« À partir de là, tout a déboulé. Tests physiques, test sanguin, scan de l'abdomen. Puis on m'a demandé dans un deuxième temps de refaire une prise de sang. Cette fois, sur le formulaire, une seule case était cochée, celle nommée PSA. Je ne savais pas ce que ça signifiait, mais j'ai fait une recherche. Quand tu inscris PSA sur internet, ça te mène directement au site du cancer de la prostate », note-t-il.
Une biopsie a suivi et le diagnostic est tombé, quelques semaines plus tard, le 14 février. « Pendant la période d'attente, j'étais fatigué, mais je n'avais pas d'autres symptômes physiques. Ce qui était difficile, c'est le stress relié au mot cancer. Et c'est peut-être ce stress qui cause la fatigue, je ne sais pas », explique celui qui ne se décrit pas comme une personne stressée de nature. « La veille d'un championnat, je dors bien », donne en exemple le sportif de 47 ans.
Le jour de la Saint-Valentin, sa blonde était à ses côtés pour recevoir la mauvaise nouvelle. « Caroline n'a pas manqué un rendez-vous. J'ai eu le soutien de tout le monde. Mes gars, mes amis proches, mes collègues, mon patron, les joueurs de basket que j'ai croisés lors d'un match. Veut veut pas, le fait que je parte en congé de maladie ajoute une charge de travail à tout le monde et personne ne m'a fait sentir mal. On m'a dit de partir en paix et de revenir en forme », mentionne celui qui est à l'école du Triolet depuis août.
Auparavant, il a été directeur des sports à l'Université Bishop's et directeur du CAP (Centre d'activité physique) au Cégep. Il a aussi été entraîneur des Barons du Séminaire de Sherbrooke avec qui il a remporté le Bol d'or à quatre reprises et d'entraîneur-chef des Volontaires du Cégep de Sherbrooke avec qui il a gagné cinq Bols d'Or.
M. Jubinville a subi une chirurgie, l'ablation de la prostate, le 3 avril. Il saura en mai si le cancer est complètement disparu ou s'il doit subir des traitements de radiothérapie.
« Encore une fois, j'adopte la même stratégie que dans le sport. Pour être capable d'y faire face, je me prépare mentalement à la pire éventualité. J'ai fait mes lectures recommandées par le médecin, je connais les risques. Mais je garde une attitude positive et me répète que ça va bien aller. »
Le fin pédagogue qui se sert du sport pour transmettre des valeurs aux jeunes demeure humble et terre-à-terre devant l'épreuve que la vie lui envoie.
« Aussi bizarre que ça paraisse, j'ai des amis qui sont décédés du cancer et quand ça leur est arrivé, je me demandais tellement : pourquoi eux? Et j'ai perdu beaucoup de temps à essayer de comprendre. Mais pour moi, je ne me suis jamais posé la question : pourquoi moi? Jamais. J'ai dit : c'est ça, je vais faire ce qu'il y a à faire. »
Dans le même ordre d'idée, M. Jubinville a rassuré ses deux fils, Tim et William. « Je leur ai dit qu'ils n'ont aucun contrôle sur la situation alors ils ne doivent pas s'inquiéter. Ça sert à rien. »
L'enseignant, le coach, l'ami, le père, le chum a toujours pensé que l'humain valait davantage qu'une victoire. Pas surprenant que l'amour de son entourage pèse lourd dans sa guérison.
« J'ai jamais enseigné ou coaché pour gagner des prix personnels. Mais le soutien manifesté par les gens au cours des dernières semaines, c'est le plus beau prix que je peux avoir. »
C'est même mieux que de gagner le Super Bowl, parie-t-on.