Fanta Fane, assistante de recherche, Lucie-Caroline Bergeron, coordonnatrice de DIRA-Estrie, et Marie Beaulieu, professeure de l'Université de Sherbrooke, titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées.

Un pas de plus pour mieux intervenir envers les aînés

Si elles se sentaient victimes d'intimidation ou qu'elles en étaient témoins, plus de 90 % des personnes aînées se tourneraient vers un proche, un organisme ou une personne en autorité, démontre une étude menée par la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées de l'Université de Sherbrooke et DIRA-Estrie, un centre d'aide aux aînés victimes de maltraitance. Aux yeux de la professeure de l'UdeS Marie Beaulieu, ces résultats montrent l'importance de bien outiller la population face à ces enjeux.
DIRA-Estrie a approché l'UdeS après avoir constaté qu'en dépit de ces efforts de sensibilisation auprès des aînés, les demandes d'aide en ce qui concerne la maltraitance n'augmentaient pas de façon cohérente.
Or, le fait de sensibiliser les gens à une problématique les pousse davantage à dénoncer ou à demander de l'aide, met en contexte Lucie-Caroline Bergeron, coordonnatrice de DIRA-Estrie.
« On s'est demandé pourquoi il n'y avait pas de nette croissance au niveau des demandes d'aide », explique-t-elle en soulignant la volonté de l'organisme d'améliorer l'offre de service.
En 2013-2014, par exemple, le nombre de dossiers ouverts était de 68. Il a chuté à 49 en 2014-2015. En 2016-2017, il bondissait à 93.
Les plus optimistes pourraient croire que si les demandes d'aide n'augmentent pas de manière soutenue, c'est que les aînés ne vivent pas de maltraitance. Ce n'est cependant pas ce que montrent les statistiques, commente Marie Beaulieu.
Un aîné sur six
« Chaque année, au moins un aîné sur six vit de la maltraitance. C'est gros là! » s'exclame la titulaire de la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Le gouvernement du Québec est à préparer la première étude de prévalence sur la situation des Québécois.
Les résultats de l'étude sont dévoilés ce lundi, à l'occasion de la Journée internationale de la non-violence et au lendemain de la Journée internationale des aînés. L'enquête compile les résultats recueillis auprès de quelques centaines d'aînés par l'entremise de plus de 300 questionnaires. Des bénévoles aînés ont été formés pour faire passer les questionnaires et mener les entrevues.
Fait à noter, l'exercice a mené à l'ouverture de huit dossiers de demande d'aide, note Mme Bergeron. « Ces aînés n'auraient pas nécessairement contacté DIRA-Estrie. »
Plusieurs facteurs expliquent que des aînés n'iront pas chercher de l'aide en cas de maltraitance ou d'intimidation. Parmi eux, la peur de ne pas être cru ou d'être abandonné. Une demande d'aide ne mènera pas nécessairement à un processus judiciaire, nuance Mme Bergeron. Différents accompagnements peuvent être proposés selon les cas.
Les deux intervenantes plaident pour une meilleure connaissance, auprès des aînés, des notions de maltraitance et d'intimidation. La maltraitance concerne généralement des gestes de nature intentionnelle ou non qui se produisent au sein d'une relation de confiance, tandis que l'intimidation est intentionnelle (sauf exception) et survient dans tout genre de relation.
Parmi les responsables de ce projet, on retrouve aussi Céline Delorme, chargée de projet chez DIRA-Estrie, Caroline Pelletier, coordonnatrice du projet, professionnelle de recherche du Centre de recherche sur le vieillissement, et Fanta Fane, assistante de recherche. Plus la population sera informée sur ce genre de questions, plus elle sera en mesure de réagir si un aîné est victime d'intimidation ou de maltraitance, plaident les intervenantes.
Le projet, financé par le programme Québec ami des aînés, doit mener à la création d'un guide de pratiques. Il servira notamment aux organismes communautaires qui eux, pourront mieux accompagner la population.