Depuis son apparition, le mot-clic #MeToo, #Moiaussi au Québec, a été utilisé par des milliers de femmes à travers le monde afin de dénoncer des actes de violence sexuelle dont elles ont été victimes.

Un mot-clic comme premier pas

« Quand je fais mes courses et qu’un vieux porc me propose de me ramener chez moi pour m’aider en me faisant un clin d’œil… #MeToo »

Ce tweet fait écho aux dizaines de milliers de messages lancés sur les réseaux sociaux depuis l’apparition du mouvement #MeToo, #MoiAussi au Québec, visant à dénoncer les actes de harcèlement sexuel dont ont été victimes les femmes. Celui-ci a été initié par l’actrice Alyssa Milano après que de nombreuses comédiennes eurent brisé le silence sur le comportement du producteur américain Harvey Weinstein, visé par plusieurs accusations de viol et de harcèlement sexuel.

<Les nombreux tweets — le message original lancé par Alyssa Milano comptait plus de 63 000 réponses mardi soir et une foule de déclinaisons semblables avaient été créées — dénoncent tous les pans de la violence sexuelle : « Chaque fois qu’un gars/une gang de gars te crie des choses dégueulasses quand il/ils passe(nt) à côté de toi en voiture »; « À cet inconnu qui s’est permis de mettre sa main dans ma culotte, pendant que je dormais »; « Mon père, XXX, m’a abusé sexuellement entre 9 et 12 ans. Ma mère, XXX [NDLR : les noms ont été effacés], l’a su et n’a rien fait. »

Dans certains cas, ce sont des hommes qui prennent la parole : « Juste pour vous appuyer mesdames... Sérieusement harcelé par une superviseure qui avait beaucoup d’influence sur ma carrière ».

Geneviève Paquette

Soutien social
Geneviève Paquette, professeure au département de psychoéducation de l’UdeS, spécialisée dans la question des violences sexuelles, estime que le mouvement #MoiAussi est essentiellement positif.

« Un des facteurs importants dans la victimisation sexuelle, c’est le soutien social. Les violences sexuelles subies n’expliquent pas seules les conséquences; on sait qu’elles sont influencées par le soutien social que la victime va recevoir au moment du dévoilement… C’est là que je trouve que les initiatives comme #MoiAussi peuvent être positives et trouver un écho chez certaines victimes qui seraient prêtes à faire un premier dévoilement moins confrontant sur le web qu’avec une personne en face de soi. C’est un premier pas », explique Mme Paquette qui ne se dit pas surprise par le nombre de femmes joignant leur voix au mouvement.

« Ce que je comprends du mouvement, c’est qu’il inclut le harcèlement. Bien que cette forme-là de violence sexuelle puisse nous sembler moins sévère que des attouchements ou qu’un viol, il est important de ne pas la banaliser. Seulement dans le monde universitaire, selon une étude réalisée auprès de 9000 étudiants et employés, une personne sur trois raconte en avoir vécu depuis son entrée à l’université et 10 % de ces personnes atteignent le seuil clinique associé à l’état de stress post-traumatique en lien avec les conséquences liées à ce harcèlement » indique la professeure.

#Agressionnondénoncée, #Beenrapedneverreported, #Ontecroit, #NotOk… les initiatives visant à dénoncer les violences sexuelles se sont multipliées dans les dernières années. Mais changent-elles vraiment les comportements?

« Dans le milieu universitaire, depuis qu’on a dévoilé le rapport sur la violence sexuelle subie par les étudiants et les employés, il y a eu une augmentation du nombre de demandes d’aide. Donc oui, je pense que ce genre d’initiative a un impact. Déjà, ça peut permettre à certaines personnes de reconnaître qu’elles vivent de la violence, ce qui n’est pas toujours le cas », poursuit Mme Paquette.

Selon la professeure, une plus grande sensibilisation aux rapports égalitaires entre tous est nécessaire pour enrayer les violences sexuelles.

« Le nerf de la guerre est l’éducation. Il faut absolument que les cours d’éducation sexuelle soient de retour au primaire et au secondaire et que ceux-ci ne traitent pas seulement de l’anatomie et des ITS, mais également de l’importance des rapports égalitaires entre les genres. »
Mme Paquette souhaite également que les femmes qui osent raconter leurs histoires dans la foulée du mouvement #MoiAussi reçoivent du soutien de leur entourage.

« Il ne faut pas tomber dans un long questionnaire. Il faut tomber en mode écoute. Puis, il est important de diriger ces personnes vers les bonnes ressources, comme les CALACS, pour qu’elles soient accompagnées. »